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La réplique de l’Eglise catholique à la réaction du Président Yayi Boni

Par Monseigneur Antoine Ganyé - 14/08/2014

D’un ton incisif et comminatoire, cette lettre est une leçon du maître à son élève. Lire l’intégralité de la correspondance.

 


© Droits réservés
Mgr Antoine Ganyé, Archevêque de Cotonou Président de la Conférence épiscopale du Bénin

On attendait la réplique de l’église catholique à la correspondance envoyée par le président Yayi Boni à Monseigneur Antoine Ganyé, suite au message de la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb) sur la situation sociopolitique nationale. C’est désormais chose effective. La cinglante réponse de la Ceb est sur la table du président de la République depuis le 28 août 2013.
A
Son Excellence Dr Thomas Yayi Boni
Président de la République
Chef de l’Etat, Chef du gouvernement
Objet : En réponse à votre courrier daté du 16 août 2013 adressé à la Ceb
Excellence, Monsieur le Président de la République,

Avec ma haute considération, j’accuse bonne réception de votre lettre du 16 août 2013 sur le récent Message de la Conférence épiscopale et vous exprime ma profonde reconnaissance pour l’intérêt que vous y avez porté, confirmant ainsi l’accueil et la répercussion larges qu’il a suscités. Vous avez fortement souhaité que des clarifications soient apportées à certaines de vos interrogations. Par respect pour votre haute autorité et attentifs aux points sensibles que vous évoquez, les évêques et administrateurs apostoliques ont accepté de revenir, à titre exceptionnel, sur ce Message, pour en préciser l’objet et l’esprit, tout comme leurs préoccupations majeures.Je me permets de vous rappeler que notre démarche est un cri du cœur face à la clameur de tout un peuple en souffrance, des « compatriotes qui croupissent dans la misère », selon votre propre expression.

 

L’objet et l’esprit du Message
C’est pour relayer leur drame et en vue du bien-être de tous que nous avons lancé aux « Filles et Fils bien-aimés de Dieu, Citoyennes et Citoyens de bonne volonté » un appel pressant à sortir du marasme politique et économique et une restauration de la confiance. « Le dialogue construit la paix », déclarait le 21 août dernier le Pape François qui recevait en audience des jeunes japonais ; et il précisait que le vrai danger du dialogue et donc de la paix, c’est de se mettre en colère, de se fermer…. L’objet et l’esprit de ce Message ne visent rien d’autre qu’à inviter à une mobilisation nationale pour un sursaut patriotique face à ce que, Monsieur le Président, vous dénoncez dans votre lettre : les « maux dont souffre notre pays et qui se traduisent par la mal gouvernance, le refus d’acceptation de l’autre, l’absence de patriotisme et la prégnance de l’individualisme sur l’intérêt général. » (p. 2). Je vous remercie sincèrement d’avoir compris à ce niveau notre préoccupation, marquant votre accord de principe avec nous en reconnaissant que toute modernisation, de surcroît toute révision, « ne peut se faire sans consensus ». C’est dans le même sens que vous notez avec satisfaction : « Vous avez à juste titre parlé de la crise de confiance et je suis parfaitement d’accord avec vous » (pp. 3.4). Malheureusement, ces observations et attentes communément admises sont assombries par de graves et regrettables malentendus.

 

Regrettables malentendus
Excellence, Monsieur le Président de la République,

Je ne peux vous cacher que les membres de la Conférence épiscopale ont été surpris par l’interprétation et les conclusions que vous présentez personnellement de certains passages de leur Message, et qui se trouvent manifestement aux antipodes de leur intention réelle, de leurs pratiques habituelles, de la mission spécifique de l’Eglise. Saint Paul a écrit : « Nous sommes sans pouvoir contre la vérité, nous n’avons de puissance que pour la vérité » (2 Co 13,8). La vérité, c’est d’abord que ce Message ne vous interpelle pas directement, Monsieur le Président, et ne s’en prend nullement à votre personne ; d’autant qu’avant sa parution le 15 août 2013, j’ai pris soin de vous écrire le 9 août un courrier privé. Quant à ce Message, il est adressé, à nos Communautés chrétiennes et proposé à l’ensemble des croyants et citoyens de notre Pays, aux acteurs politiques et animateurs de la Société civile. La vérité, c’est qu’aucun élément de notre Message n’a été écrit « sur la base d’informations non fondées » (p. 5 de votre lettre). Et puis, a-t-on vraiment besoin d’informations scientifiques pour observer ce qui se passe ? Notre Eglise catholique dispose de démembrements en diocèses, en paroisses, en stations secondaires, etc. qui constituent autant de sources d’informations qui lui sont propres. De plus, comme nous l’avons souligné : « avant de parler, nous avons pris le temps d’observer, d’écouter les uns et les autres, en silence, dans la prière et la méditation".

 

La vérité, c’est que le qualificatif « douteux » des empoisonnements et complots qui vous a particulièrement peiné, Monsieur le Président, ne fait que traduire une certaine opinion publique sur ce dossier, et qui, avec les contestations d’arrestations et d’incarcérations, porte précisément atteinte à l’image extérieure de notre Pays. Et vous avez raison, Monsieur le Président, d’écrire : « Oui ! Je suis conscient de cette humiliation dans laquelle reste plongées aujourd’hui l’image de notre pays et la mienne. » En effet, la décision par le Tribunal de première instance d’un non-lieu pour les deux affaires, confirmée au moins partiellement par la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel a jeté le doute dans certains esprits. Comme dirait Cicéron, célèbre orateur et avocat romain du 1er siècle av J.C., il y a là de quoi rendre quelqu’un hésitant et incertain [alicujus animum dubium facere.] Ainsi, lorsqu’il est dit que tel fait, événement, avis ou verdict est douteux, cela signifie en rigueur de terme qu’il est flou, pas sûr, et que du coup, l’on balance entre le vrai et le faux, l’on est indécis, l’on hésite. En aucun cas, le doute n’autorise à affirmer avec certitude le vrai ou le faux.

 

Mais non ! La Conférence épiscopale ne peut croire que l’on déduise de son Message, qui a déploré une telle « humiliation de l’image de notre Pays », qu’elle veut s’impliquer dans un dossier entre les mains de la Justice, pour se substituer à elle et l’influencer ; et que ses déclarations sont de nature à diviser plutôt qu’à rassembler… (cf. p. 7 de votre lettre). Comment imputer de telles intentions à une Église dont l’un des Prélats, Son Excellence Monseigneur Isidore de Souza, a présidé en toute objectivité et désintéressement total les travaux de l’historique Conférence Nationale des Forces Vives de février 1990 ? Cette Église, depuis l’avènement de notre Renouveau démocratique, a publié près d’une trentaine de Lettres pastorales et Messages, pour aider à former la conscience citoyenne, à construire l’unité nationale, à rechercher la paix. Aussi se tourne-t-on constamment vers les Responsables du Clergé, pour solliciter leur médiation et leur déclaration en temps de crise. Et c’est bien cela la mission de l’Eglise catholique comme l’a précisé Benoît XVI dans l’Exhortation Apostolique post-synodale ‘Africae munus’ (n° 23) : « L’Église contribue à l’éducation des populations et à l’éveil de leur conscience et de leur responsabilité civiques… Un grand nombre de pays reconnaissent l’Église comme un artisan de paix, un agent de réconciliation, et un héraut de la justice… La mission de l’Église n’est pas d’ordre politique… Elle éduque les hommes à rechercher la vérité suprême face à ce qu’ils sont et à leurs interrogations pour trouver des solutions justes à leurs problèmes".

 

Ardents souhaits
Monsieur le Président,

Le Bénin est la terre que le Seigneur, le Dieu Tout-puissant, notre Créateur, a donnée à nos ancêtres, à nos parents, à nous-mêmes. C’est notre patrie, le « bien commun de tous les citoyens » (Jean-Paul II). Oui, « nous sommes filles et fils du Bénin. Son avenir, c’est le nôtre. Son honneur, c’est le nôtre. Si nous l’aimons, c’est nous-mêmes que nous aimons. Si nous le dénigrons par nos actes et nos paroles, c’est nous-mêmes que nous avilissons… ». S’il en est ainsi, l’on ne pourra parler un jour de « responsabilité collective » dans ce qui nous arrive de bien ou de mal que dans la mesure où tous, nous serons vraiment mobilisés et associés à l’édification de notre Nation, chacun, chacune, à son niveau, selon ses mandats et ses attributions spécifiques.

 

A ce propos, Monsieur le Président, les membres de la Conférence Episcopale ne cessent d’implorer le Seigneur d’accorder la grâce de l’écoute à tous les Responsables de notre Pays. Ils vous proposent d’entreprendre, avec votre Gouvernement, la recherche de structures et de mécanismes crédibles de concertation entre les acteurs politiques et sociaux de toutes tendances, pour le dialogue, facteur de confiance réciproque, condition de cohésion nationale, gage de paix. En ce sens, et comme notre Eglise le conseille, « le respect et l’amour doivent aussi s’étendre à ceux qui pensent ou agissent autrement que nous en matière sociale, politique ou religieuse. D’ailleurs, plus nous nous efforçons de pénétrer de l’intérieur, avec bienveillance et amour, leurs manières de voir, plus le dialogue avec eux deviendra aisé…Sur ce chemin, la grâce que Dieu offre à l’homme est nécessaire pour l’aider à surmonter les échecs, pour l’arracher à la spirale du mensonge et de la violence, pour le soutenir et l’inciter à retisser, avec une disponibilité retrouvée, le réseau des relations vraies et sincères avec ses semblables ». Que la grâce du Dieu Tout-puissant vous soutienne, Monsieur le Président, dans votre difficile mission de service de notre Peuple. Je vous renouvelle pour cela, au nom de toute la Conférence Episcopale, l’assurance de mes prières. En attendant de vous revoir, je vous exprime, Monsieur le Président de la République, mes sentiments déférents de haute considération.

 

Mgr Antoine Ganyé
Dispositif de l’arrêt de la Cour d’Appel de Cotonou en date du 11 Août 2014
La Cour, Vu les articles 214, 215, 219 et 235 du code de procédure pénale, Donne acte à Monsieur Boni YAYI et ses conseils de leur désistement d’appel et de constitution de partie civile ; Constate que le ministère public a requis l’abandon des poursuites ; Dit que l’abandon des poursuites est un désistement d’appel ; Dit en conséquence que l’ordonnance rendue par le juge d’instruction ressort son plein et entier effet ; Ordonne le dépôt du dossier au greffe ; Met les frais à la charge de la victime.
Archevêque de Cotonou
Président de la Conférence épiscopale du Bénin

 
MOTS CLES :  Réplique   Eglise   Catholique   Réaction   Président   Yayi 

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