Joseph Djogbénou, juriste à la tête de l’Assemblée nationale

L’accession de Joseph Fifamè Djogbénou à la présidence de l’Assemblée nationale, le 8 février 2026, consacre un itinéraire singulier au…

L’accession de Joseph Fifamè Djogbénou à la présidence de l’Assemblée nationale, le 8 février 2026, consacre un itinéraire singulier au sommet de l’État béninois. Juriste de formation, ancien ministre, ex-président de la Cour constitutionnelle et chef de parti, il incarne une figure centrale de l’architecture institutionnelle mise en place depuis une décennie au Bénin.

Au-delà d’un simple parcours individuel, sa nomination au perchoir interroge le rapport entre droit, pouvoir politique et gouvernance parlementaire dans un régime marqué par une forte rationalisation institutionnelle.

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Un juriste façonné par l’excellence académique

Joseph Fifamè Djogbénou, né le 20 mars 1969 à Abomey, dans le sud du Bénin, appartient à cette génération de juristes béninois formés dans la tradition de l’exigence universitaire. Docteur en droit, agrégé du CAMES en 2009, ancien avocat au barreau, il a longtemps évolué dans les cercles académiques et judiciaires avant d’entrer pleinement en politique.

Cette culture juridique imprègne durablement son approche de l’action publique. Chez Djogbénou, le pouvoir s’exerce d’abord comme un ordre normatif, structuré par les textes, les procédures et les institutions. Une vision qui le distingue de profils politiques plus classiques, issus du militantisme partisan ou de l’administration territoriale.

De la société civile à l’État : une politisation progressive

Avant son entrée au gouvernement, Djogbénou s’est illustré dans la société civile, notamment à travers des organisations œuvrant pour les droits humains et la consolidation de l’État de droit. Cette phase a contribué à forger son image d’intellectuel engagé, à l’aise dans le débat public et les controverses juridiques.

Son passage au ministère de la Justice, à partir de 2016, marque un premier basculement. Il devient alors l’un des visages des réformes judiciaires engagées par le pouvoir exécutif. Une période qui installe durablement Djogbénou dans le cercle restreint des décideurs, tout en suscitant critiques et soutiens, notamment sur la transformation des institutions judiciaires.

La Cour constitutionnelle, cœur du pouvoir institutionnel

La présidence de la Cour constitutionnelle (2018-2022) constitue sans doute l’étape la plus déterminante de son parcours. À ce poste, Joseph Djogbénou se retrouve au centre de décisions majeures touchant à la vie politique, électorale et institutionnelle du pays.

Pour ses partisans, il y incarne un gardien rigoureux de l’ordre constitutionnel. Pour ses détracteurs, il symbolise une Cour perçue comme étroitement alignée sur l’exécutif. Cette polarisation contribue à renforcer sa notoriété nationale et à asseoir son statut d’acteur clé du régime.

Son départ volontaire de la Cour constitutionnelle en 2022 marque une rupture assumée : Djogbénou choisit alors la voie politique directe.

Le chef de parti et la consolidation de la majorité

À la tête de l’Union Progressiste le Renouveau (UPR), Joseph Fifamè Djogbénou devient l’un des architectes de la majorité parlementaire. Son profil technicien contraste avec la figure traditionnelle du leader charismatique, mais correspond à une logique de parti-institution, discipliné et structuré autour de la gouvernance.

Son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, à l’unanimité (109 voix sur 109), reflète cette maîtrise des équilibres internes et confirme sa position de pivot entre l’exécutif, le Parlement et les partis de la majorité.

Une présidence parlementaire sous le signe de la continuité

Dès ses premières prises de parole, Joseph Djogbénou a insisté sur un principe clé : la continuité de l’État. Un message qui traduit moins une absence d’ambition qu’une volonté de stabilité institutionnelle, dans un contexte où le Parlement est souvent perçu comme une chambre d’accompagnement des réformes gouvernementales.

Son défi principal sera de donner une consistance politique à l’Assemblée nationale, sans rompre avec la logique de discipline majoritaire qui caractérise le paysage politique béninois actuel.

Un homme-système au cœur du jeu institutionnel

Joseph Fifamè Djogbénou n’est ni un tribun ni un outsider. Il est le produit et l’un des artisans du système institutionnel béninois contemporain. Sa présidence de l’Assemblée nationale s’inscrit dans une trajectoire où le droit, la politique et l’État se confondent étroitement.

Reste à savoir si, au-delà de la rigueur et de la continuité qu’il revendique, il saura imprimer à la représentation nationale une capacité accrue de débat, de contrôle et de production normative autonome. C’est là que se jouera, sans doute, l’empreinte durable de son passage au perchoir.

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