Au Bénin, le Conseil des ministres réuni le 18 février 2026 sous la présidence de Patrice Talon a dessiné les contours d’une action publique articulée autour de trois priorités : mieux défendre les intérêts économiques de l’État, intensifier la lutte contre le paludisme et encadrer plusieurs projets structurants.
Derrière l’énumération des décisions adoptées se dessine une ligne politique claire : renforcer les outils de souveraineté juridique, améliorer la performance sanitaire et sécuriser les investissements publics.
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Une arme juridique pour mieux défendre l’État
Parmi les mesures normatives, le gouvernement a décidé de transmettre à l’Assemblée nationale un accord en vue de la ratification de la Facilité africaine de soutien juridique.
Créée à la suite des crises de la dette des années 1980 et 1990, cette structure internationale accompagne les pays africains dans les négociations complexes avec des créanciers privés et dans la gestion de contentieux commerciaux souvent coûteux. À l’époque, plusieurs États s’étaient retrouvés fragilisés face à des partenaires mieux armés sur le plan technique et juridique.
En rejoignant cette institution, le Bénin ambitionne de bénéficier d’une expertise spécialisée pour défendre plus efficacement ses intérêts dans les transactions internationales. L’adhésion offrirait également un accès privilégié à des bases de données, à des conseils stratégiques et à des panels d’experts.
Les ministres en charge de l’Économie et de la Justice ont été instruits de veiller à la bonne conduite de la procédure parlementaire. L’enjeu est de taille : sécuriser les contrats, prévenir les litiges ruineux et garantir des accords équilibrés pour les finances publiques.
Une nouvelle agence pour intensifier la lutte contre le paludisme
Autre décision majeure : la création d’une Agence nationale de lutte contre la malaria et les moustiques.
Malgré les campagnes de prévention et les distributions de moustiquaires, le paludisme demeure l’une des principales causes de consultation, d’hospitalisation et de décès, notamment chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.
L’exécutif entend doter le pays d’un instrument spécialisé, autonome et réactif pour coordonner les actions. La nouvelle agence aura pour missions :
- concevoir et évaluer des programmes de démoustication ;
- renforcer la prévention et la prise en charge de la malaria ;
- réduire le taux de mortalité lié aux maladies transmises par les moustiques ;
- encourager la recherche et l’innovation dans la lutte antivectorielle ;
- sensibiliser les populations aux comportements de prévention ;
- appuyer les communes dans la gestion des nuisances.
Les statuts ont été approuvés et les ministres concernés chargés d’assurer sa mise en œuvre rapide. Au-delà de la santé, l’impact est aussi économique : le paludisme freine la productivité et pèse sur les dépenses des ménages.
Projets structurants : tourisme, fiscalité et patrimoine routier
Le Conseil a également validé plusieurs décrets et communications touchant à l’aménagement du territoire et aux infrastructures.
Un resort balnéaire à AVLO, à Grand-Popo
À Grand-Popo, le projet de resort urbain et balnéaire d’AVLO entre dans une phase technique décisive. Positionné sur le segment du tourisme haut de gamme et orienté vers l’écotourisme, il devra faire l’objet d’une étude d’impact environnemental et social approfondie.
L’objectif affiché est double : garantir la qualité des infrastructures et préserver l’écosystème côtier. Dans une zone sensible aux effets de l’érosion et aux pressions environnementales, la prudence est de mise.
Des bureaux pour la Direction générale des impôts
Le gouvernement a par ailleurs autorisé la formalisation d’un marché pour le contrôle technique de futurs bâtiments destinés aux services fiscaux. L’audit portera notamment sur la solidité des structures, la sécurité des usagers, la conformité des installations électriques et l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite.
L’enjeu est d’assurer des infrastructures publiques conformes aux normes, dans un contexte où la modernisation de l’administration fiscale est présentée comme un levier essentiel de mobilisation des ressources internes.
Patrimoine maritime et circulation routière
Au titre des textes adoptés figurent également :
- la modification d’un article des statuts du Bureau béninois du droit d’auteur et des droits voisins ;
- le déclassement d’une portion du domaine public maritime dans le cadre de l’aménagement de la Route des pêches ;
- un décret fixant les conditions de circulation des véhicules de transport afin de mieux protéger le patrimoine routier national.
Réaménagement gouvernemental après les législatives
À la suite de leur élection comme députés de la dixième législature, deux membres du gouvernement ont exprimé leur souhait de siéger à l’Assemblée nationale, conformément aux exigences légales.
Le chef de l’État en a pris acte et a désigné des ministres intérimaires pour assurer la continuité de l’action gouvernementale.
Enfin, au titre des mesures individuelles, Aimée Justine Azon Aboudou a été nommée cheffe de cabinet de la vice-présidente de la République.
Une gouvernance axée sur la consolidation
À travers ces décisions, l’exécutif béninois affiche une volonté de consolidation : consolidation juridique pour mieux négocier à l’international, consolidation sanitaire pour réduire l’impact d’une maladie endémique, et enfin consolidation institutionnelle pour sécuriser les projets publics.
Reste désormais l’étape de la mise en œuvre. Car au-delà des annonces, c’est sur le terrain — dans les hôpitaux, les tribunaux, les chantiers et les communes — que se mesurera l’efficacité réelle de ces orientations.




