Fini le costume trois-pièces anthracite et la froideur des tableaux Excel. À quelques jours du scrutin présidentiel du 12 avril 2026, l’homme qui a tenu les cordons de la bourse béninoise pendant une décennie opère une mue spectaculaire. De Kandi à Ouidah, le « gestionnaire austère » s’efface pour laisser place à un candidat décontracté, chaleureux et expansif, qui manie l’humour et la proximité avec une aisance qui déroute jusqu’à ses plus proches conseillers.

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Le « financier de l’année » tombe la veste
Pendant dix ans, l’image de Romuald Wadagni s’est confondue avec celle des institutions de Bretton Woods. Distingué à plusieurs reprises comme meilleur ministre des Finances d’Afrique par Financial Afrik, il incarnait la rigueur, absorbé par ses dossiers et plongé dans les chiffres.
« Trop occupé à sécuriser l’argent des Béninois », a-t-il lancé sur un ton de boutade, comme pour expliquer son absence des bains de foule.
Ce sérieux, parfois perçu comme de la réserve, était compensé par des résultats éloquents à la tête du ministère de l’Économie. Mais cette posture semble avoir volé en éclats dès les premières foulées de la campagne.

Sur les tréteaux, un tribun populaire
Sur les estrades de Porto-Novo et dans l’Atlantique, le candidat surprend par son verbe haut et son sens de la répartie. À Ouidah, sa cité natale, il est allé jusqu’à se définir comme un « homme de scène », capable de communier avec la foule au-delà des dossiers techniques.
Ce nouveau visage, que lui-même présente comme sa « vraie nature », transforme chaque rencontre en une performance où le sérieux des enjeux n’exclut plus la chaleur humaine. Le Wadagni expansif et accessible n’a rien à voir avec le ministre fringant en costume : preuve qu’un homme public peut aussi se libérer de l’image figée qui lui collait à la peau.

L’atout de la « force tranquille »
Ce pivot n’est pas qu’une question de style. En s’affichant jovial et chambreur, Wadagni cherche à humaniser le bilan de la Rupture. Il ne s’agit plus seulement de parler de croissance du PIB, mais de convaincre les populations de Pahou ou de Kpomassè que les fruits de cette croissance sont à leur portée.
Accompagné de sa colistière Mariam Chabi Talata, il joue la carte de l’unité nationale. Sa capacité à se fondre dans la foule sans protocole témoigne d’une volonté de casser l’image d’une élite déconnectée. L’enjeu est de taille : transformer l’estime des marchés financiers en une adhésion populaire massive dans les urnes.
Une métamorphose qui bouscule l’opposition
Face à cette offensive de charme, le duo de l’opposition FCBE, conduit par Paul Hounkpè, tente de ramener le débat sur le terrain social. Mais la « Wadagni-mania » qui s’empare des rassemblements complique la tâche des détracteurs.
Comment attaquer un homme que l’on disait coincé et qui se révèle être un redoutable tribun de terrain ? Pris au jeu de la campagne, Wadagni semble s’épanouir dans l’exercice, prenant ainsi de court les analystes qui misaient sur sa timidité.
Le risque du grand écart ?
Cette mutation soudaine pose une question centrale : peut-on rester le garant de la rigueur budgétaire tout en embrassant les codes du populisme tempéré ? Si le « Wadagni expansif » séduit les foules, il devra aussi veiller à ne pas éclipser le « Wadagni gestionnaire » qui rassure les investisseurs.
L’orientation est désormais vers le 12 avril : au-delà de la performance scénique, le véritable test sera la capacité de ce nouveau personnage à maintenir la cohésion nationale après le vote. Le Bénin s’apprête à choisir non plus un ministre, mais un chef d’État. Reste à savoir si le “Wadagni chaleureux” saura, une fois l’euphorie des meetings retombée, concilier la chaleur des foules avec la rigueur de la gestion étatique.



