Tandis que des milliards de francs CFA s’évaporent dans les jeux de lumière et les cachets d’artistes internationaux, des citoyens se battent seuls pour arracher une vie à la mort. Entre le faste du « We LovEya », les projecteurs du « Vodun Days » et l’agonie silencieuse d’Attoh Trinité Francette, jeune fille en attente d’une greffe, le contraste est plus que choquant .
Ce contraste prend un visage concret : celui de l’activiste Habib Ahandessi, qui se bat pour réunir les fonds nécessaires à la survie de cette jeune fille, pendant que le pays s’apprête à dépenser des milliards dans des festivals géants. Entre urgence vitale et ferveur festive, le Bénin est-il en train de perdre sa boussole morale ?
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D’un côté, le silence pesant d’une chambre d’hôpital. De l’autre, le vacarme des enceintes de festival. Au Bénin, deux réalités s’entrechoquent violemment dans un paradoxe que beaucoup jugent désormais insoutenable. Au cœur de cette fracture : le combat pour la vie de Francette, une jeune Béninoise dont les reins s’éteignent, et l’opulence des célébrations nationales.

La course contre la mort d’Habib Ahandessi
Depuis des mois, Habib Ahandessi ne compte plus ses heures. Pour lui, chaque seconde a le goût du soufre. Son objectif est clair, presque mathématique, mais d’une complexité effrayante : réunir les fonds manquants pour une opération vitale. Le coût de la greffe s’élève à 20 millions de francs CFA. Jusqu’à présent, la famille a déjà réuni 5 millions. Il reste donc 15 millions à trouver — le prix pour que Attoh Trinité Francette ne soit plus qu’un souvenir.
Soirée après soirée, appel après appel, l’activiste mobilise, supplie, espère. Mais la solidarité s’essouffle. Au bout de cet effort titanesque, le compteur affiche à peine six millions. Six millions seulement, alors que l’existence de Francette s’effiloche chaque jour un peu plus. Dans cette course contre la montre, le manque de moyens agit comme une condamnation à petit feu.
99 % de compatibilité : l’espoir suspendu à un chèque
À 30 ans, Francette lutte avec un courage exemplaire contre une insuffisance rénale diagnostiquée il y a peine quatre mois. Dans ce combat, le destin lui a offert une lueur d’espoir rare : son frère jumeau, Attoh Franck, s’est proposé comme donneur. Les tests médicaux révèlent une compatibilité exceptionnelle de 99 %.
Tout est prêt techniquement. Le donneur est là, l’espoir est immense, mais le bloc opératoire reste fermé faute de moyens. C’est tout l’avenir d’une jeune femme et de son enfant de 7 ans qui reste suspendu à une question d’argent.
Des milliards pour « faire oublier »
Pendant que ces six millions peinent à être complétés, d’autres sommes, vertigineuses celles-là, circulent avec aisance. Sous le même ciel, l’État et les organisateurs privés ont aligné les zéros pour le festival « We LovEya ». Des milliards de francs CFA s’évaporent en cachets d’artistes internationaux et en logistique de pointe pour une jeunesse à qui l’on propose de danser pour oublier.
Et la série ne s’arrête pas là. Les projecteurs s’allumeront bientôt pour le « Vodun Days », où des sommes colossales sont à nouveau mobilisées pour transformer une tradition autrefois sacrée en un spectacle mondialisé et bruyant.

La fracture morale : Quelle priorité pour la nation ?
C’est ici que la question devient brutale, presque indécente : Quelle est la priorité réelle du Bénin ?
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La vie d’une jeune fille vaut-elle moins qu’un festival ?
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Les spots des concerts ou la lumière des blocs opératoires ?
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Applaudir sous les projecteurs ou soutenir une jeunesse en détresse respiratoire ?
Le contraste est insoutenable. D’une part, un homme seul se bat pour arracher une vie à la mort ; de l’autre, des institutions dépensent sans compter pour des festivités éphémères. La joie de quelques-uns s’étale sans pudeur, tandis que la souffrance des plus vulnérables se noie dans l’indifférence générale.
Un pays qui célèbre la fête mais oublie la vie
Ce paradoxe révèle une profonde fracture dans le contrat social béninois. Un pays qui investit massivement dans le bruit des concerts semble laisser le silence s’installer autour des cris d’alerte humanitaires.
Le diagnostic est sévère : le Bénin ne manque pas d’argent. Il semble manquer de courage dans ses choix et de clarté dans ses priorités. L’urgence vitale est reléguée au second plan, sacrifiée sur l’autel du divertissement. Le pays s’illumine pour célébrer, mais laisse s’éteindre une existence. Tant que les projecteurs des stades brilleront plus fort que les appels au secours des malades, la dignité humaine restera reléguée au second plan, sacrifiée sur l’autel du spectacle.




