Cotonou, 19 janvier 2026 – Le monde observe en silence, une onde de choc traverse l’espace démocratique béninois. Le contraste est saisissant : ceux qui condamnent avec fermeté les coups d’État militaires semblent aujourd’hui frappés de cécité lorsqu’un peuple se voit dépossédé de son droit de vote par le jeu complexe des textes. Car seule une opposition imposante au cœur des institutions permet d’éviter de subir la loi du plus fort. Pourtant, le Bénin vient d’accoucher d’une réalité sans précédent : une Assemblée nationale sans opposition, symbole d’un verrouillage politique désormais total.
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Le couperet des 20 % : une exclusion mathématique
Les résultats définitifs des élections législatives et locales du 11 janvier 2026, proclamés par la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA), sont sans appel. Le parti Les Démocrates (LD), porté par l’ancien président Boni Yayi et principale force de contestation, est totalement rayé de la carte parlementaire.
La raison n’est pas un manque de popularité — le parti a recueilli 16,14 % des voix cumulées — mais l’application implacable du nouveau code électoral. Ce dernier impose désormais d’atteindre le seuil de 20 % des suffrages, non seulement au niveau national, mais aussi dans chacune des 24 circonscriptions du pays. Faute d’avoir franchi cette barre très haute, l’opposition se retrouve exclue du Parlement, laissant la place à une assemblée monocolore.
Un Parlement à deux têtes, un seul corps
Sur les cinq partis en lice, seuls les deux piliers de la majorité présidentielle ont survécu à l’épreuve des urnes. L’Union Progressiste le Renouveau (UP-R) confirme sa domination avec 41,15 % des voix, s’adjugeant 60 sièges sur 109. Le Bloc Républicain (BR), autre allié du pouvoir, rafle les 49 sièges restants avec 36,64 % des suffrages.
Désormais, aucune voix discordante ne résonnera dans l’hémicycle. Ce nouveau Parlement, dont le mandat a été porté de cinq à sept ans à la suite de la révision constitutionnelle de novembre 2025, aura les mains libres pour légiférer sans contradiction institutionnelle.
Une démocratie sous tension
Au-delà des chiffres, c’est la question de l’adhésion populaire qui inquiète. La CENA annonce un taux de participation de 36,73 %. Pour de nombreux observateurs, ce faible enthousiasme des 7,8 millions d’inscrits traduit un désenchantement face à un système perçu comme verrouillé.
L’horizon s’assombrit encore davantage pour l’opposition : écartée des municipales pour « non-conformité » et privée de la présidentielle du 12 avril 2026 pour « parrainages incomplets », elle se retrouve hors-jeu sur tous les tableaux.
Cette concentration inédite de tous les pouvoirs entre les mains de la mouvance présidentielle ne soulève plus seulement une interrogation : elle révèle une dérive inquiétante. En l’absence d’opposition parlementaire, le pluralisme politique se réduit à une façade, et le Bénin de 2026 risque de basculer vers un système verrouillé où la démocratie n’existe plus que dans les textes.



