L’arrestation en Afrique du Sud de l’activiste Stellio Gilles Robert Capo Chichi, alias Kemi Seba, conseiller spécial du général Abdourahamane Tiani, place la diplomatie nigérienne sous les projecteurs. Alors que Cotonou réclame son extradition, Niamey tente de protéger son « ambassadeur itinérant ».
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C’est une audience qui pourrait redessiner les rapports de force au sein d’une sous-région déjà sous haute tension. Ce lundi 20 avril, les yeux sont rivés vers un tribunal de Pretoria où comparaît Kemi Seba. L’enjeu est son éventuelle extradition vers le Bénin, son pays d’origine, qui le recherche activement depuis la tentative de coup d’État avortée du 7 décembre 2025.

Niamey joue la carte de la légitimité.
Après plusieurs jours d’un silence pesant, la diplomatie nigérienne a fini par sortir de sa réserve. Interrogé sur le sort de celui qui occupe officiellement le rang de conseiller spécial à la présidence du Niger, le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a tenu à clarifier la position de Niamey.
Selon le chef de la diplomatie nigérienne, l’interpellation du militant panafricaniste relèverait initialement d’une simple procédure de contrôle migratoire :
« Il a passé plus de temps en Afrique du Sud que son visa ne le permettait. C’est la police sud-africaine qui nous a sollicités pour authentifier son document de voyage. »
Bakary Yaou Sangaré l’assure : le passeport diplomatique présenté par l’activiste n’est en rien une contrefaçon. « Nous avons bel et bien attribué ce passeport à Capo Chichi Stellio Gilles », a-t-il martelé, balayant ainsi d’un revers de main les rumeurs d’extradition imminente qui agitent les réseaux sociaux.

L’offensive de Cotonou
Pourtant, l’agitation dans les chancelleries suggère un scénario bien plus complexe. Selon nos informations, le Bénin ne compte pas laisser passer l’occasion de mettre la main sur l’un de ses opposants les plus virulents.
Une délégation béninoise de haut niveau aurait fait le déplacement jusqu’en Afrique du Sud pour peser dans la balance judiciaire(source RFI). Elle est composée de :
- Yvon Détchénou, le Garde des Sceaux et ministre de la Justice.
- Olushegun Adjadi Bakari, le ministre des Affaires étrangères.
L’objectif de Cotonou est explicite : faire exécuter le mandat d’arrêt international émis à l’encontre de Seba pour son implication présumée dans les événements de décembre 2025. Pour le gouvernement du président Patrice Talon, le statut de « diplomate » octroyé par le régime militaire nigérien ne saurait constituer une immunité face à des accusations de déstabilisation de l’État.
Un casse-tête pour Pretoria
Pour l’Afrique du Sud de Cyril Ramaphosa, l’affaire est un véritable poison diplomatique. Doit-on privilégier les accords de coopération judiciaire avec le Bénin ou ménager le Niger, nouveau pivot de l’Alliance des États du Sahel (AES), avec qui Pretoria entretient aussi des relations cordiales sur l’axe de la « multipolarité » ?
Si l’Afrique du Sud renvoyait Kemi Seba vers Niamey, le général Tiani remporterait une victoire symbolique majeure. À l’inverse, une extradition vers le Bénin marquerait un coup d’arrêt brutal à l’influence de l’activiste et un camouflet pour le pouvoir nigérien.
L’audience de ce lundi à Pretoria sera déterminante. Entre respect des procédures migratoires et réalités de la « realpolitik » africaine, le sort de Kemi Seba ne tient plus qu’à un fil juridique.



