Justice




CRIET : le commissaire Bignon Kindjanhoundé face à la justice

Poursuivi pour des faits lourds, le commissaire Bignon Delcoz Kindjanhoundé s’est présenté devant la justice béninoise, revendiquant un acte citoyen…

Poursuivi pour des faits lourds, le commissaire Bignon Delcoz Kindjanhoundé s’est présenté devant la justice béninoise, revendiquant un acte citoyen là où l’accusation voit une dérive grave.

 

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Le lundi 9 février 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a ouvert l’examen d’un dossier sensible mêlant sécurité, expression publique et responsabilité institutionnelle. À la barre : le commissaire de police Bignon Delcoz Kindjanhoundé, poursuivi notamment pour incitation à la haine et à la rébellion, ainsi que pour détention illégale d’armes à feu.

Les faits reprochés trouvent leur origine dans la diffusion d’une vidéo devenue virale au lendemain de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025. Dans cette séquence, l’officier de police, en tenue, s’adressait directement à la population béninoise. Une initiative qui, selon l’accusation, outrepasse le cadre légal et institutionnel assigné aux forces de sécurité.

Une défense fondée sur l’engagement citoyen

Face aux juges, le commissaire a plaidé non coupable. Il a expliqué avoir voulu lancer un appel à ce qu’il qualifie de « révolution démocratique », affirmant s’être exprimé non en tant que policier, mais comme simple citoyen préoccupé par l’avenir du pays.

Le président de la formation de jugement l’a alors interpellé sur la pertinence d’un tel message délivré par un homme en uniforme, dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu. Une question directe, à laquelle le prévenu a répondu sans détour, estimant son initiative légitime.

 

Le poids du terrain et des pertes humaines

Pour étayer sa démarche, Bignon Delcoz Kindjanhoundé a invoqué son expérience opérationnelle dans le nord du Bénin. Déployé fin 2023 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il affirme avoir été marqué par la mort de plusieurs soldats. Sa prise de parole publique serait, selon lui, motivée par le respect de « l’âme des morts » et par le sentiment d’une parole institutionnelle restée sans écho.

Il soutient avoir, en amont, adressé plusieurs notes hiérarchiques afin d’exprimer ses préoccupations, sans obtenir de réponse. Une absence de retour qui, selon sa version, l’aurait conduit à s’exprimer publiquement.

 

Un dossier aux implications institutionnelles

À l’issue de cette première audience, le président de céans a invité le prévenu à réserver la suite de ses explications pour la prochaine comparution. Le dossier, à la croisée du droit pénal, de la discipline administrative et de la liberté d’expression, s’annonce complexe.

Au-delà du cas individuel, cette affaire interroge les limites de la parole publique des agents en uniforme dans un État confronté à des défis sécuritaires majeurs. Elle met également en lumière les tensions entre devoir de réserve, engagement personnel et responsabilité institutionnelle, dans un contexte politique encore marqué par les secousses de décembre 2025.

La prochaine audience sera déterminante pour la suite de la procédure et pour l’éclairage judiciaire de cette affaire à forte portée symbolique.

La CRIET, souvent critiquée pour son rôle central dans les dossiers sensibles, se retrouve une fois de plus sous les projecteurs. Sa décision sera scrutée non seulement pour son fondement juridique, mais aussi pour son impact politique et institutionnel.

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