Vingt‑quatre heures après le déluge qui a paralysé plusieurs quartiers de Cotonou le mercredi 6 mai, l’heure est aux explications. Face au désarroi des populations les pieds dans l’eau, la Société des Infrastructures Routières et de l’Aménagement du Territoire (SIRAT) est montée au créneau le jeudi 7 mai 2026.
Si les autorités rassurent sur la réactivité de leurs systèmes, cet énième épisode pluvieux nous renvoie à un miroir inconfortable : la résilience de notre capitale est l’affaire de tous, mais le temps presse. Car ce n’est pas la première fois que Cotonou ploie sous les eaux : en 2022 déjà, des pluies diluviennes avaient paralysé les mêmes quartiers, malgré les investissements annoncés.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
« Deux heures pour évacuer » : le plaidoyer technique de la SIRAT
Face aux micros, le Directeur Général de la SIRAT, Ranti Akindes, s’est voulu rassurant mais pragmatique. Selon lui, c’est l’intensité exceptionnelle et brutale de la pluie qui a temporairement saturé les réseaux.
« Nos dispositifs de drainage et la mobilisation immédiate de nos équipes techniques ont permis un retour progressif à la normale en moins de deux heures », a‑t‑il affirmé.
Sur le terrain, la société a insisté sur les mesures d’urgence déployées : surveillance accrue des points noirs, interventions rapides pour libérer les voies d’eau et curage de secours des caniveaux. De son côté, le Projet d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC) a tenu à rappeler les investissements colossaux déjà consentis pour bâtir une ville moderne et résiliente.
Mais une fois les caméras éteintes et l’eau évacuée, les questions de fond demeurent. Deux heures pour vider les artères principales, certes, mais combien de familles ont vu leurs biens endommagés dans l’intervalle ? Et surtout, combien de fois faudra‑t‑il répéter ce scénario avant que les ouvrages soient réellement calibrés pour les pluies du futur ?
Le caniveau n’est pas une poubelle : le cri du cœur des gestionnaires
Le PAPC a profité de cette tribune pour lancer un appel pressant au civisme, et l’on ne peut que lui donner raison. Combien de fois avons‑nous vu des habitants jeter des sachets et des bidons usagés dans les regards de caniveaux ? Certains, à l’approche de l’orage, courent même pour y déposer des sacs‑poubelles, espérant que le courant les emporte.
Ce geste, qui semble anodinement libérateur sur le moment, est un acte d’auto‑sabotage collectif. Lorsque nous bouchons nos propres artères d’évacuation avec du plastique, nous condamnons nos propres salons à être inondés quelques heures plus tard. La propreté de nos caniveaux est le premier rempart contre la montée des eaux. Sans discipline citoyenne, aucun milliard de FCFA investi dans le béton ne pourra nous sauver.
Face au climat, la résilience ne se décrète pas
Cependant, rejeter toute la faute sur le citoyen serait trop facile. Les inondations récurrentes de Cotonou nous forcent à poser une question cruciale : nos infrastructures actuelles, bien que modernes, sont‑elles vraiment calibrées pour les décennies à venir ?
Le doute plane. Dans un monde où le climat s’emballe, les normes de construction du passé ne suffisent plus. La résilience de notre capitale ne s’évaluera pas à la beauté des maquettes de projets d’assainissement, mais bien à leur capacité à maintenir nos enfants au sec lors des tempêtes futures.
Pour aller plus loin : un pacte entre l’État et le Citoyen
Pour que Cotonou respire, nous devons signer un nouveau contrat social :
- L’État doit continuer à anticiper, en adaptant constamment le dimensionnement des ouvrages d’art aux réalités climatiques actuelles, et non à des statistiques obsolètes.
- Le citoyen doit protéger son environnement, en adoptant une gestion responsable de ses déchets ménagers.
Chaque pluie est un test grandeur nature. À nous de décider si nous voulons continuer à subir, les yeux rivés sur le ciel, ou si nous choisissons enfin d’agir, ensemble, pour que notre capitale reste une terre d’avenir, et non un marécage de regrets.



