Ce mercredi 2 avril 2025, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) du Bénin a fait retentir un coup de semonce dans l’univers médiatique national. Par une série de décisions fermes, l’institution a mis en demeure plusieurs chaînes de télévision et stations de radiodiffusion sonore, les sommant de se plier aux engagements gravés dans leurs conventions respectives. Cette injonction, portée par la décision n°25-016/HAAC, s’accompagne d’une menace sans équivoque : le spectre du retrait pur et simple des fréquences pour les récalcitrants.
Une liste sous surveillance
Les organes visés par cette admonestation forment un éventail varié du paysage audiovisuel béninois. Parmi les télévisions, CANAL 2 STAR, IMANLÈ TV AFRICA et TUNDE AGRIC TV se voient rappelées à l’ordre, tandis que les radios ALLIANCE FM, ARZEKE FM et URBAN FM figurent également dans le viseur de la HAAC. Ces entités ont signé des engagements les contraignant à respecter un cahier des charges précis, mais elles semblent avoir bafoué ses exigences, malgré l’absence de détails dans la décision publique. Dans un geste parallèle, la Radio Matéri, station encore en gestation, a été singularisée par une mise en demeure spécifique : son promoteur est enjoint d’achever sans délai les travaux d’installation de ses équipements, sous peine de voir son projet réduit à néant.
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La HAAC : une sanction en suspens
L’article 2 de la décision n°25-016/HAAC ne laisse place à aucune ambiguïté. En cas de persistance dans l’irrespect des obligations, les promoteurs s’exposent à une sanction radicale : le retrait de leurs fréquences, une mesure que la HAAC peut appliquer « sans autre forme de procès et à tout moment », conformément à l’article 49 de la Loi n° 2022-13 du 5 juillet 2022. Ce texte organique, pilier juridique de l’autorité de régulation, confère à celle-ci un pouvoir discrétionnaire redoutable, capable de faire taire les ondes d’un simple trait de plume. Cette épée de Damoclès, suspendue au-dessus des têtes des contrevenants, traduit une volonté inflexible de faire respecter les règles dans un secteur dans lequel la discipline est jugée essentielle à l’ordre public et à la qualité de l’information.
Un contexte de régulation musclée
Par ailleurs, cette offensive de la HAAC s’inscrit dans une dynamique plus large de mise au pas des médias béninois. Quelques heures plus tôt, le même jour, l’institution avait célébré la signature de conventions avec treize organes de presse, un acte présenté comme une consécration de leur légitimité. Ce contraste entre reconnaissance et réprimande illustre la double mission de la HAAC : encourager les acteurs conformes tout en serrant la vis à ceux qui dévient. Depuis des années, l’autorité navigue dans des eaux agitées, entre accusations de censure et défense de son rôle de gardienne de l’éthique médiatique. Des précédents, comme la suspension de Bénin Web TV en mars 2025 pour des reportages jugés critiques, ou encore la fermeture de médias proches de l’opposition en 2016, témoignent d’une régulation parfois perçue comme un bras armé du pouvoir.
La HAAC: une équation à plusieurs inconnues
Face à cette mise en demeure, les regards se tournent désormais vers les promoteurs concernés. Parviendront-ils à redresser la barre avant l’échéance fatidique, ou assistera-t-on à une purge des fréquences, remodelant le paysage audiovisuel béninois ? La Radio Matéri, en particulier, incarne un défi symbolique : son retard dans l’installation pourrait refléter des difficultés logistiques ou financières, autant de maux qui gangrènent nombre de projets médiatiques dans le pays. Quant à la HAAC, sa fermeté soulève une question lancinante : jusqu’où ira-t-elle pour imposer sa vision d’un secteur assaini, et à quel prix pour la pluralité des voix ? Dans ce bras de fer, l’épilogue reste une page blanche, où s’écriront peut-être les contours d’un média béninois à la croisée des chemins.