Au cœur de l’Atacora rural, une révolution silencieuse coule désormais des robinets. Longtemps prisonnière des maladies hydriques et de la pénible corvée d’eau, la commune de Toucountouna tourne définitivement la page des eaux insalubres. Grâce à une offensive hydraulique d’envergure, l’eau potable n’y est plus un luxe, mais le moteur d’une nouvelle dignité humaine.
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La fin d’une époque de souffrance
Il y a encore peu de temps, le quotidien à Peperkou ou à Kouarfa rimait avec de longues marches vers des sources non protégées. « Nous buvions l’eau des marigots », se souvient avec émotion un chef de village. Les conséquences étaient lourdes : diarrhées, dépenses de santé exorbitantes et un temps infini perdu par les femmes et les enfants sur les sentiers de la soif.
Aujourd’hui, le paysage a changé. Près de 600 bornes-fontaines et plus de 740 branchements particuliers irriguent désormais la commune. Sous l’impulsion de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (ANAEPMR), des infrastructures modernes ont remplacé les installations vétustes, garantissant ainsi une eau traitée et disponible à prix social.
Une prouesse technique au service du citoyen
L’épine dorsale de ce changement est le Système d’Adduction d’Eau Potable multi-villages (SAEPmV) de Kouba. Ce complexe technique impressionnant dessert le pôle Kouba–Kouarfa–Peperkou–Wabou. Pour sécuriser la distribution, rien n’a été laissé au hasard :
- Production : deux forages neufs et une électropompe puissante.
- Sécurité énergétique : un branchement au réseau SBEE appuyé par un groupe électrogène de 50 kVA pour parer à toute coupure.
- Qualité : une unité de chloration avec pompes doseuses pour une eau saine à 100 %.
- Stockage : un imposant château d’eau de 100 m³, culminant à 15 mètres de hauteur.
Cette eau de qualité est vendue au tarif abordable de 15 francs CFA le bidon de 25 litres, un coût jugé juste par les usagers pour entretenir ce service vital.
Plus qu’une boisson, un levier de développement
Les impacts de cette métamorphose dépassent largement la simple santé publique. En réduisant le temps de la corvée d’eau, Toucountouna libère des bras pour les activités génératrices de revenus et permet aux enfants de rejoindre les bancs de l’école plutôt que les puits.
L’économie locale en profite également. La gestion du réseau a favorisé la création d’emplois qualifiés : des électromécaniciens, des hydrauliciens et des fontainiers animent désormais ce secteur stratégique. Ce succès repose sur un partenariat public-privé efficace : l’État assure le pilotage et le contrôle, tandis qu’un opérateur privé veille à la maintenance quotidienne du service.
Le défi de l’adoption définitive
Pourtant, le combat n’est pas totalement fini. À Kouba, les fontainières soulignent un dernier obstacle : l’habitude. Certaines familles utilisent encore, par réflexe, des sources gratuites mais polluées. « Il faut renforcer la sensibilisation via les crieurs publics et les réseaux sociaux », plaide une actrice de terrain pour ancrer l’abandon définitif des eaux insalubres.
À Toucountouna, la victoire sur l’insalubrité est totale. C’est la preuve éclatante qu’une politique publique rigoureuse peut également transformer un désert sanitaire en une oasis de progrès, rendant à l’Atacora rural sa santé et sa fierté.



