À Porto-Novo, Iréné Aclombessi a pris ce mardi la tête de la Direction des services législatifs de l’Assemblée nationale. Son prédécesseur, Josué Chabi Kpandé, rejoint de son côté le tout jeune Sénat : un simple mouvement de personnel qui éclaire, en creux, la reconfiguration à l’œuvre depuis l’entrée du Bénin dans le bicamérisme.
Une salle de réunion du siège de l’Assemblée nationale, quelques cadres du cabinet, une poignée de main et une photo de famille : rien, dans la forme, ne distingue cette cérémonie de passation de charges des dizaines d’autres qui rythment chaque année la vie de l’administration parlementaire béninoise. Sur le fond, pourtant, ce changement à la tête de la Direction des services législatifs (DSL) intervient à un moment particulier pour l’institution : sept semaines à peine après l’installation du Sénat, le 30 juillet, qui a fait du Bénin un pays à Parlement bicaméral pour la première fois de son histoire récente.
La DSL n’a rien d’un service périphérique. C’est elle qui instruit, sécurise et met en forme juridique les textes que les députés adoptent, avant qu’ils ne deviennent lois de la République. C’est également sur son expertise que s’appuie le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale. Or, depuis cet été, cette mission s’exerce dans un cadre transformé : la seconde chambre créée par la révision constitutionnelle du 15 novembre 2025 — promulguée le 17 décembre suivant — dispose désormais du pouvoir de demander une seconde lecture de la plupart des textes votés par les députés. Les projets et propositions de loi circulent donc davantage entre les deux chambres, et chaque imprécision juridique pèse plus lourd qu’auparavant.
C’est dans ce contexte que le secrétaire général administratif de l’Assemblée, Christel-Fourier Donkpégan, a ouvert la cérémonie. Il a présenté ce changement de direction comme un mouvement ordinaire de la vie institutionnelle, tout en insistant sur le rôle charnière de la DSL dans l’accomplissement des missions législatives.
“Une direction qui reste le socle technique sur lequel repose tout le travail parlementaire”—Christel-Fourier Donkpégan, secrétaire général administratif
Josué Chabi Kpandé quitte ainsi un poste qu’il occupait depuis trois ans, après un parcours entamé à la cellule juridique de l’Assemblée. Visiblement ému, il a retracé ce cheminement devant ses collègues, remerciant les autorités institutionnelles — au premier rang desquelles le président de l’Assemblée, le professeur Joseph Djogbénou — ainsi que l’ensemble de l’équipe qui l’a accompagné. Il a salué la solidité du profil de son successeur et filé une image sportive pour décrire la transition : celle d’une passe transmise au bon moment, entre deux joueurs qui se connaissent depuis longtemps, confiant que l’expertise du service continuerait de rayonner sous sa nouvelle direction.
Sa destination n’a rien d’anodin. Le Sénat béninois, composé de vingt-cinq membres, cherche encore à consolider son appareil administratif quelques semaines seulement après son installation : son règlement intérieur n’a été validé par la Cour constitutionnelle que le 3 août, et son bureau — désormais présidé par l’ancien chef de l’État Patrice Talon — n’a été élu que le 6 août. Voir un cadre expérimenté de la DSL rejoindre la chambre haute illustre la manière dont celle-ci puise, pour se structurer, dans le vivier de compétences déjà formé à l’Assemblée nationale.
Structuration du Sénat béninois : le transfert de compétences de l’Assemblée
En prenant ses fonctions, Iréné Aclombessi a d’abord adressé sa reconnaissance au président Djogbénou pour la confiance placée en lui. Il a situé son mandat sous le signe de l’humilité et de la rigueur procédurale, rappelant que cette confiance institutionnelle appelle avant tout des résultats. Il a ensuite détaillé trois priorités : renforcer la sécurité juridique des textes produits par l’Assemblée, accélérer l’instruction des dossiers en commission, et amorcer la dématérialisation des procédures parlementaires.
“La confiance institutionnelle est d’abord une obligation de résultat et d’exemplarité”—Dr Iréné Aclombessi, directeur des services législatifs
Prenant la parole au nom du président de l’Assemblée, retenu ce jour-là, le directeur de cabinet Abou Torou a resitué l’événement dans une perspective plus large, décrivant le changement comme une donnée permanente de l’action publique plutôt qu’une rupture à redouter. Un message qui n’est pas sans écho : depuis son élection à la tête du Parlement le 8 février dernier, Joseph Djogbénou a lui-même fait de la continuité de l’administration parlementaire, malgré le renouvellement des équipes dirigeantes, l’un des axes centraux de son discours. Torou a invité le personnel administratif à apporter à Iréné Aclombessi la loyauté et le soutien technique nécessaires à la réussite de sa mission.
“Le changement demeure la constante universelle qui anime l’action publique”—Abou Torou, directeur de cabinet du président de l’Assemblée
La poignée de main entre les deux directeurs et la photo de famille qui a suivi ont mis un point final protocolaire à la cérémonie. Mais l’essentiel se jouera dans les mois qui viennent : c’est à la fluidité avec laquelle les textes de loi circuleront désormais entre l’Assemblée nationale et un Sénat encore en rodage que se mesurera, concrètement, la réussite de cette passation.
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