Cotonou : deux démissions et un audit de 500 millions secouent la mairie

COTONOU, 14 octobre 2026 — La mairie de Cotonou traverse une période de turbulences. En l’espace de quinze jours, deux…

COTONOU, 14 octobre 2026 — La mairie de Cotonou traverse une période de turbulences. En l’espace de quinze jours, deux cadres techniques ont quitté leurs fonctions. Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) révèle un manque à gagner de près de 500 millions de francs CFA. Ces événements alimentent les interrogations dans l’opinion et au sein du conseil communal.

Deux départs en quinze jours

Le 30 septembre 2026, Anges Paterne Amoussouga, secrétaire exécutif de la mairie, a déposé sa lettre de démission au cabinet du maire Luc Gnacadja. Il invoque des « raisons de convenance personnelle » et la nécessité de préserver sa santé et son équilibre mental. Il continue toutefois de liquider les affaires courantes jusqu’à la passation de charges prévue le 30 octobre. Le 8 octobre, Manet Gazard, responsable des marchés publics, a remis à son tour sa démission au secrétaire exécutif. Sa prise d’effet est fixée au 2 novembre. Le maire a annoncé ce second départ le 13 octobre, lors de la quatrième session extraordinaire du conseil communal. Ces départs surviennent quelques mois après l’installation du nouvel édile. Ils nourrissent les spéculations.

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L’IGF épingle la gestion des recettes

En mai 2026, Luc Gnacadja a saisi l’IGF. Il voulait vérifier la chaîne de mobilisation des recettes non fiscales de la mairie, de 2021 à avril 2026. Le rapport, transmis le 22 septembre 2026, dresse un constat sévère. Entre 2021 et 2025, ces recettes ont reculé de près d’un quart. L’IGF pointe l’absence de recensement et de cartographie. Elle déplore l’inexistence d’un manuel de procédures. Des autorisations d’occupation du domaine public ont été délivrées sans superficie, sans durée, parfois avec des redevances minorées.

Des espaces publics ont été exploités par des opérateurs sans contrat formel. Le manque à gagner atteint près de 500 millions de francs CFA. À cela s’ajoutent la lenteur des procédures de commande publique et le dysfonctionnement des mécanismes de sanction et d’alerte. La tournée du conseil communal dans les treize arrondissements, du 5 au 10 octobre, a confirmé le malaise. Les populations ont interrogé la délégation sur le blocage des projets et l’abandon des travaux. Elles sont restées sans réponse.

« Changer d’échelle » bouscule les habitudes

Dès sa prise de fonction, Luc Gnacadja a affiché une ambition : transformer durablement Cotonou. Il a baptisé son projet de société « Changer d’échelle ». Le 26 mai 2026, il a remis des lettres de mission à ses collaborateurs clés. Objectif : clarifier les responsabilités et formaliser des objectifs mesurables. Il voulait instaurer une gestion rigoureuse, fondée sur la performance et le résultat.

Les anciennes pratiques devaient disparaître. Ce changement de cap éprouve certains cadres. Selon des investigations menées auprès de certains responsables au sein de la mairie, les démissions découlent de cette nouvelle dynamique. Le maire n’a limogé personne depuis son entrée en fonction. Il a préféré saisir l’IGF plutôt que la Brigade économique et financière. Ses partisans y voient la preuve d’une gestion transparente. Ses détracteurs dénoncent une purge déguisée. Le débat divise la majorité, l’opposition et la société civile.

Les quartiers réclament des comptes

La population ne se contente plus de communiqués. Elle veut savoir pourquoi les chantiers s’arrêtent. Elle exige des explications sur la gestion des recettes. Le peuple attend des routes, des marchés assainis et des services fonctionnels. La décentralisation, elle, avance avec peine. Les collectivités locales doivent conjuguer autonomie et redevabilité. Cotonou en offre une illustration contrastée.

Le maire promet une gestion rigoureuse. Il doit maintenant livrer des résultats. Sans dialogue social et sans preuves tangibles, la confiance ne se gagnera pas. Les conseillers et les habitants attendent des actes. La mairie doit répondre aux questions. Le débat public est lancé. Il oppose ceux qui soutiennent la réforme et ceux qui craignent un affaiblissement de l’administration. Une chose est sûre : les Cotonouviens jugeront sur les faits.

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