Justice




Bénin : Pourquoi la CRIET communique-t-elle si vite sur l’extradition de Kemi Seba ?

Quelques heures seulement après la comparution de l’activiste panafricaniste à Pretoria, le procureur spécial de la Cour de Répression des…

Quelques heures seulement après la comparution de l’activiste panafricaniste à Pretoria, le procureur spécial de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme a rompu un long mutisme. Une célérité qui souligne l’enjeu politique du dossier, alors que d’autres affaires sensibles restent plongées dans l’ombre.

 

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À Cotonou, le contraste est saisissant. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), d’ordinaire si économe de ses mots, a fait preuve d’une rare réactivité. Le lundi 20 avril, dans la foulée de l’audience de Kémi Séba (Stellio Gilles Robert Capo Chichi) devant un tribunal de Pretoria, le parquet spécial a publié un communiqué détaillant les griefs accumulés contre l’activiste.

 

Blanchiment de capitaux, apologie de crime et incitation à la haine : l’arsenal juridique déployé par le Bénin est lourd. En officialisant les démarches d’extradition et les mandats d’arrêt émis dès 2025, la CRIET tente de ramener l’affaire sur un terrain strictement procédural. Mais cette soudaine transparence, dans un dossier aux résonances internationales, suscite autant de questions qu’elle n’apporte de précisions.

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La CRIET : une communication à géométrie variable

Ce qui interpelle l’opinion publique béninoise, c’est moins le fond du dossier que la vitesse de sa mise en lumière. Pourquoi une telle efficacité médiatique quand d’autres dossiers — comme celui impliquant l’ancien ministre Candide Azannaï ou certains opposants en exil — demeurent enveloppés dans un silence persistant ? Pour de nombreux observateurs, cette communication « sélective » risque de fragiliser la perception d’impartialité de la justice.

Cette asymétrie de traitement alimente le grief, récurrent chez les détracteurs du pouvoir, d’une justice qui « choisit ses moments ». En cadrant le récit judiciaire dès l’arrestation en Afrique du Sud, les autorités béninoises cherchent manifestement à prévenir toute victimisation excessive de l’activiste, dont le passeport diplomatique nigérien et les liens avec Moscou ajoutent une dimension géopolitique à l’imbroglio.

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Le verrou de l’asile politique

Cependant, l’offensive de Cotonou se heurte à une réalité juridique sud-africaine complexe. L’un des avocats de Kémi Séba a annoncé lundi que son client avait déposé une demande d’asile politique à Pretoria. En vertu du droit international et du principe de non-refoulement, cette démarche suspend de fait toute tentative d’extradition tant que les autorités administratives sud-africaines n’auront pas tranché.

Par ailleurs, si Pretoria poursuit l’activiste pour « séjour illégal » et des irrégularités migratoires — il aurait dépassé la durée de validité de son visa de deux mois —, la justice sud-africaine semble prendre son temps. Elle a renvoyé l’examen d’une possible libération sous caution au 29 avril, afin de vérifier l’authenticité de ses documents et les soupçons de blanchiment qui pèsent sur lui.

Entre une procédure d’extradition qui pourrait s’enliser et une communication judiciaire béninoise au zèle inhabituel, l’affaire Kémi Séba dépasse désormais le simple cadre du fait divers pour devenir un test de crédibilité pour les institutions des deux pays.

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