PORTO-NOVO (Bénin), 24 février 2026 — Pour Soumaïla Sounon Boké, le cauchemar judiciaire se prolonge. Ce mardi 24 février 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a douché les espoirs de l’ancien parlementaire de l’opposition, confirmant son maintien en détention pour un message posté sur les réseaux sociaux.
L’image est forte et symbolise la chute brutale d’un homme de pouvoir. Devant la barre, dépouillé de son écharpe tricolore et revêtu de l’uniforme réglementaire des prisonniers, l’ex-député du parti Les Démocrates est resté impassible. En quelques minutes, la juge a tranché : pas de liberté provisoire. Par ailleurs, le dossier est renvoyé au 24 mars prochain, prolongeant une incarcération qui dure depuis le 23 décembre 2025.
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« C’est la fête » : les trois mots qui ont tout fait basculer
Tout commence le 7 décembre 2025. Alors qu’une rumeur de coup d’État s’empare de Cotonou et plonge le pays dans l’incertitude, Sounon Boké publie un court message dans un groupe WhatsApp privé : « C’est la fête ».
Pour les autorités béninoises, ces propositions ne sont pas anodines. Ainsi, le ministère public y voit une célébration de la déstabilisation des institutions. L’ancien élu est aujourd’hui poursuivi pour deux chefs d’accusation graves :
- Apologie de crime contre la sûreté de l’État ;
- Incitation à la rébellion.
La défense plaide le malentendu, l’accusation reste de marbre.
Pourtant, Soumaïla Sounon Boké maintient une version radicalement différente. Lors de ses auditions précédentes, il a également rejeté toute connotation politique, affirmant que ses propositions faisaient référence à de simples rétrouvailles amicales prévues ce jour-là. « Je me vois mal louer un coup de force », s’était-il défendu en janvier dernier.
Ses avocats ont vainement tenté de convaincre la cour ce mardi. Ils ont mis en avant son statut d’élu et son engagement formel à se présenter à chaque convocation. Mais face à l’opposition ferme du ministère public, le juge a balayé les arguments de la défense sans délibération apparente, laissant planer l’ombre d’une justice inflexible sur les dossiers de sûreté de l’État.
Un procès test pour la liberté numérique
L’affaire Boké dépasse le cadre d’un simple fait divers judiciaire. Elle pose aussi la question brûlante de la surveillance des réseaux sociaux et de l’interprétation des échanges privés par la justice béninoise. À l’approche du 24 mars, les observateurs des droits de l’homme scruteront de près l’issue de ce procès, alors que la frontière entre opinion privée et menace publique semble de plus en plus poreuse au Bénin.
Soumaïla Sounon Boké a désormais regagné sa cellule de la prison de Missérété, où il attendra, pendant encore un mois, de savoir si ses trois mots sur WhatsApp scelleront définitivement son destin politique.



