Le Bénin n’en finit plus de transformer ses fourneaux en arènes de combat. Après le triomphe de la cheffe Keith Sonon en décembre dernier, c’est au tour d’un jeune prodige de 25 ans, Delphin Agbetogan, de tenter l’impossible : un marathon culinaire de 25 jours. Une offensive gastronomique qui place Cotonou au centre de la scène mondiale.
À Cotonou, la cuisine n’est plus seulement une affaire de goût, c’est désormais une question de prestige national. Quelques semaines seulement après que Patrice Talon s’est affiché au Palais des Congrès pour soutenir « l’Amazone en cheffe », Keith Sonon — qui a tenu le pays en haleine pendant quinze jours —, un nouveau prétendant surgit.
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Son nom : Delphin Agbetogan. Son surnom : le « Guépard des fourneaux ». Et son ambition : pulvériser les compteurs en tenant la barre pendant 25 jours consécutifs, du 16 février au 12 mars 2026.
L’ascension fulgurante d’un « technocuistot »
À seulement 25 ans, le parcours d’Agbetogan ressemble à un plan de vol sans turbulences. Formé au centre Cordiam de Calavi, ce pur produit de l’école béninoise a très vite compris que la passion ne suffisait pas sans la technique. Son passage en Turquie et son expérience comme chef cuisinier au prestigieux SOLUX Hôtel lui ont permis de forger une signature hybride : une rigueur toute stambouliote appliquée aux produits du terroir béninois.
Mais au-delà du talent, c’est le symbole qui frappe. En se lançant dans cette aventure au Majestic Cinéma (ex-Canal Olympia) de Wologuédé, Agbetogan devient le premier homme africain à briguer le record Guinness du marathon culinaire. Dans un domaine où les records de longévité étaient jusqu’ici la chasse gardée de cheffes ultra-médiatisées, le jeune chef entend prouver que la nouvelle garde masculine africaine a les épaules assez larges pour supporter la pression.
25 jours pour l’histoire
Le défi est colossal. Tenir près de 600 heures devant les fourneaux exige une préparation d’athlète de haut niveau : discipline de fer, précision chirurgicale dans le dressage et gestion rigoureuse du sommeil. L’événement, qui se veut populaire et accessible, sera scruté à la fois par les inspecteurs du Guinness World Records et par une opinion publique béninoise devenue particulièrement exigeante en matière de performances culinaires.
Le choix du lieu n’est pas anodin. En s’installant au cœur de Wologuédé, le « Guépard » quitte le cadre feutré du Palais des Congrès pour une immersion totale dans la ferveur urbaine de Cotonou. Une manière aussi de transformer l’exploit technique en fête patriotique et gastronomique.
Un enjeu de soft power pour le Bénin
Pour le gouvernement de Patrice Talon, qui mise sur le rayonnement culturel et touristique du pays, ces marathons sont du pain bénit. Par ailleurs, ils incarnent cette « exception béninoise » que le régime tente de promouvoir : un mélange de résilience, de talent et de modernité.
Si Delphin Agbetogan réussit son pari le 12 mars prochain, il ne fera pas que battre un record de temps. Il confirmera que le Bénin est devenu, en l’espace de quelques mois, le laboratoire de la performance gastronomique sur le continent. En somme, le « Guépard » est prêt à bondir, et Cotonou retient déjà son souffle.



