Politique




Bénin : triple retrait au sommet avant l’investiture de Romuald Wadagni

À l’approche de l’investiture du nouveau chef de l’État, prévue le 24 mai à Porto-Novo, trois piliers historiques du pouvoir…

À l’approche de l’investiture du nouveau chef de l’État, prévue le 24 mai à Porto-Novo, trois piliers historiques du pouvoir sortant annoncent leur retrait. Une manœuvre qui libère l’espace politique, mais accentue la pression sur la formation du prochain exécutif.

C’est Un séisme qui recompose l’architecture d’un régime sans en fissurer les fondations. À quelques semaines de la passation officielle de pouvoir au Bénin, l’appareil d’État s’apprête à acter une mutation d’envergure. Selon les révélations du média local Le Béninois Libéré, confirmées par plusieurs sources concordantes à Cotonou, trois figures tutélaires de la présidence de Patrice Talon s’apprêtent à quitter simultanément leurs fonctions : Abdoulaye Bio Tchané (Ministre d’État chargé du Plan), Pascal Irénée Koupaki (secrétaire général de la présidence) et José Tonato (Ministre du Cadre de vie).

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



Ce triple retrait volontaire, orchestré en parfaite symphonie avec le départ du président sortant, est d’abord décrypté comme l’ultime révérence de la « vieille garde ». En choisissant de lier leur destin politique à celui du chef de l’État, ces hommes clés, qui ont accompagné les réformes de l’exécutif depuis le premier gouvernement d’avril 2016, entendent donner corps au principe de l’alternance politique. Une posture de loyauté qui vise avant tout à fluidifier une transition inédite.

 

Un boulevard politique pour le dauphin

Pour le président élu Romuald Wadagni, largement vainqueur du scrutin du 12 avril dernier avec plus de 94 % des suffrages — dans un contexte marqué par l’absence des principaux partis d’opposition radicale —, ce démantèlement de l’appareil gouvernemental s’apparente à une aubaine. Jusqu’ici puissant ministre de l’Économie et des Finances, l’expert-comptable de 49 ans hérite d’une marge de manœuvre particulièrement rare sous les tropiques africains lors d’une succession au sein d’un même camp.

« En libérant ces ministères régaliens et stratégiques, les barons sortants évitent au nouveau président le piège de la cohabitation générationnelle ou de la dette politique trop lourde à porter », analyse un politologue basé à Cotonou.

Dès son investiture, le 24 mai prochain à Porto-Novo, Romuald Wadagni disposera ainsi des coudées franches pour imprimer sa propre marque, résolument tournée vers la jeunesse et la modernisation économique.

 

Entre rupture générationnelle et résistances internes

Toutefois, la composition du premier gouvernement de l’ère Wadagni s’annonce comme un exercice d’équilibriste de haute voltige. Si le départ du trio Bio Tchané-Koupaki-Tonato offre de l’oxygène au futur chef de l’État, le renouvellement de la classe dirigeante se heurte déjà à de sourdes résistances. En coulisses, plusieurs cadres et ministres de la gouvernance Talon ne cachent pas leur volonté de s’accrocher à leurs portefeuilles, arguant de la nécessité de maintenir une continuité technique et politique.

Le futur président devra donc trancher le premier grand nœud gordien de son mandat :

D’un côté, la tentation d’une rupture générationnelle nette, attendue par une jeunesse béninoise à laquelle il s’est largement adressé durant sa campagne.

De l’autre, l’impératif de préserver les grands équilibres géopolitiques régionaux (notamment entre le Nord et le Sud du pays) et de stabiliser les réformes économiques structurelles qui ont fait la réputation du Bénin ces dernières années.

À Cotonou, le compte à rebours est lancé. La fluidité apparente de cette passation de pouvoir masque à peine l’intense bataille d’influence qui se joue désormais pour l’attribution des portefeuilles ministériels de la future République.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP