Le jeudi 21 mai, la salle 423 a vibré au rythme d’un adieu qui en dit bien plus qu’un simple départ administratif : il scellait dix ans d’une trajectoire politique et technique qui a profondément remodelé la planification du Bénin. Autour d’un CODIR extraordinaire, agents et cadres se sont rassemblés pour saluer Abdoulaye Bio Tchané, l’homme qui a tenu, d’une main ferme et réfléchie, la barre du ministère chargé du Développement et de la coordination de l’action gouvernementale.

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Entre émotion collective et reconnaissance institutionnelle
Dès l’ouverture, l’atmosphère a alterné entre émotion contenue et fierté collective. Ainsi, les témoignages ont livré l’image d’un dirigeant exigeant mais respecté, d’un leader stratégique dont les décisions ont souvent débordé les murs du ministère pour influencer l’orientation nationale. Parmi les souvenirs évoqués figurent notamment la mise en chantier d’une vision à long terme, l’institutionnalisation d’outils de planification, ainsi que des réformes destinées à rendre l’action publique plus prévisible et plus inclusive.

Sur le plan concret, la décennie sous la houlette de Bio Tchané se mesure à travers des textes et des dispositifs visant à structurer l’État. Parmi les initiatives phares citées par les participants figurent une feuille de route ambitieuse projetant le pays à l’horizon 2060, l’adoption d’un cadre légal pour encadrer la planification et l’évaluation des politiques publiques, ainsi que la promotion de l’inclusion financière au rang de priorité nationale.
Ces réalisations, ont rappelé plusieurs intervenants, ne sont pas de simples lignes sur un rapport ; elles ont modifié la façon dont projets et budgets sont pensés et suivis.

Un management marqué par l’exigence et la transmission
Par ailleurs, la prise de parole de la Secrétaire générale a frappé par sa chaleur : loin des formules de circonstance, elle a décrit un responsable attentif aux équipes, un « promoteur d’excellence » qui n’hésitait pas à encourager les initiatives locales et à valoriser les compétences, en particulier féminines. Le Directeur de Cabinet a, pour sa part, souligné son rôle de mentor et de père de famille politique, appelant à préserver les liens tissés pendant ces années et à maintenir le dialogue instauré avec la haute direction.
Face à ces témoignages, l’intéressé n’a pas choisi la nostalgie stérile. Au contraire, Abdoulaye Bio Tchané a remercié les équipes, reconnu les efforts accomplis et encouragé la relève : message aux jeunes cadres, invitation à la rigueur, à la discipline professionnelle et à l’engagement au service du pays. Son discours, sobre et ferme, a rappelé que les acquis demeurent fragiles dès lors que l’on abandonne la méthode et l’exigence qui les ont portés.

L’enjeu de l’héritage institutionnel
Pour le public, l’enjeu dépasse désormais la simple passation : il s’agit de savoir si les instruments introduits pourront survivre au départ de leur principal artisan. En effet, les réformes institutionnelles — lois, stratégies et mécanismes d’évaluation — ont été conçues pour perdurer, mais leur succès dépendra désormais de la continuité politique et de la capacité des équipes à conserver la même discipline opérationnelle.
En quittant la direction du ministère, Bio Tchané laisse une empreinte visible dans les structures de l’État et dans la mémoire professionnelle de ceux qui ont travaillé à ses côtés. Si la page se tourne, le défi reste clair : transformer ces acquis en routine institutionnelle afin que la vision et les outils instaurés servent durablement la trajectoire du Bénin. Le jeudi, la salle 423 n’a pas seulement dit au revoir à un ministre ; elle a surtout mesuré l’écart entre une décennie de construction et l’avenir qui commence maintenant.




