Justice




Bénin : procès Kansou à la CRIET, un test pour la liberté d’expression numérique

À CRIET, le silence de la salle d’audience tranche avec l’intensité des débats. Ce mardi 17 mars 2026, le procès…

À CRIET, le silence de la salle d’audience tranche avec l’intensité des débats. Ce mardi 17 mars 2026, le procès de Julien Kandé Kansou, membre de la cellule de communication du parti Les Démocrates, a franchi une étape décisive. Le ministère public a requis deux ans de prison ferme et une amende de 10 millions de FCFA. En toile de fond : une question sensible, celle des limites de la parole politique à l’ère numérique.

Une affaire au croisement du politique et du numérique

Derrière les qualifications juridiques — harcèlement par voie électronique et incitation à la rébellion — se dessine un dossier éminemment politique. Selon l’accusation, les propos de l’intéressé s’inscriraient dans une dynamique de contestation susceptible de troubler l’ordre public.

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



Au cœur du dossier, des critiques adressées à un membre du gouvernement, notamment autour d’un projet de taxation de la connexion Internet. Des prises de position qui, pour le parquet, dépasseraient le cadre du simple commentaire pour relever d’une infraction pénale.

 

Le ministère public durcit le ton.

Dès l’ouverture de l’audience, le ton est donné. Le ministère public demande à la Cour de retenir le prévenu dans les liens de la prévention. Pour l’accusation, les faits reprochés ne souffrent d’aucune ambiguïté : ils constitueraient une utilisation abusive des outils numériques à des fins de pression et de mobilisation.

Dans une argumentation structurée, le parquet insiste sur la nécessité de réguler les dérives en ligne, dans un contexte où les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la formation de l’opinion publique.

 

La défense invoque le débat démocratique.

Face à ces réquisitions, la riposte des avocats ne se fait pas attendre. Me Barnabé Gbago et Me Augustin Aballo plaident la relaxe pure et simple.

Selon eux, leur client n’a fait qu’exercer un droit fondamental : celui de critiquer l’action gouvernementale. Ils s’appuient notamment sur les textes encadrant le statut de l’opposition au Bénin, qui garantissent la liberté d’expression dans le cadre du débat public.

Pour la défense, transformer une opinion politique en infraction pénale reviendrait à fragiliser l’équilibre démocratique.

 

Une parole personnelle qui humanise le dossier

Prenant brièvement la parole, Julien Kandé Kansou rappelle avoir déjà passé neuf mois en détention. Un élément qui, au-delà des considérations juridiques, introduit une dimension humaine dans une affaire hautement politisée.

Dans une salle attentive, il évoque l’éloignement familial et le poids du temps, donnant au procès une résonance plus intime.

 

Un verdict très attendu

Le délibéré est fixé au 28 avril 2026. D’ici là, l’affaire continuera d’alimenter les discussions, bien au-delà des murs du tribunal.

Car ce procès dépasse le seul cas de Julien Kandé Kansou. Il pose une question plus large : jusqu’où peut aller la critique politique dans l’espace numérique sans basculer dans l’illégalité ?

Dans un pays où le débat public se redessine à l’ère digitale, la décision de la CRIET pourrait bien faire jurisprudence.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP