Dans une déclaration nocturne, Boni Yayi, ancien président du Bénin et chef de file des Démocrates, rejette fermement la réforme constitutionnelle visant à instaurer une chambre sénatoriale. À l’approche de la fin de la législature, il dénonce une dérive autoritaire et appelle ses partisans à bloquer le projet au Parlement, plaidant pour un référendum populaire.
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Cotonou, 4 novembre 2025 – L’ancien président béninois Boni Yayi, figure emblématique de l’opposition et chef de file des Démocrates (LD), a franchi un cap décisif dans son bras de fer avec le pouvoir. En effet, dans une déclaration diffusée dans la nuit hier, il a rejeté sans détour la réforme constitutionnelle en cours, qui prévoit la création d’une chambre haute, et a juré de ne jamais y siéger.
Ce coup d’éclat intervient alors que le texte progresse rapidement au Parlement, ravivant les tensions à l’approche de la fin de la 9ᵉ législature.
« Je refuse catégoriquement d’intégrer cette assemblée, que ce soit comme membre automatique ou en simple spectateur bienveillant », a martelé Yayi, dénonçant une « entorse grave à nos fondements démocratiques » menée dans un climat d’isolement et de verrouillage du débat pluraliste.
Boni Yayi juge la réforme dangereuse et personnalisée
Pour l’ex-chef d’État, cette révision ne consolide pas les institutions : elle les fragilise. En plus, elle bouleverserait les équilibres entre les pouvoirs et ouvrirait la voie à des dérives autoritaires. Yayi fustige une « structure fantôme », taillée sur mesure pour flatter un ego solitaire, déconnectée des urgences nationales.
« Cette révision bouleverse l’essence même de notre système politique, menaçant les conquêtes arrachées de haute lutte par les Béninois », alerte-t-il, évoquant un risque de glissement autoritaire.
Boni Yayi : Appel à la mobilisation et au référendum
Dans un appel vibrant, Yayi exhorte les 22 députés encore fidèles à son mouvement à opposer un « veto stratégique » lors des débats finaux. Il plaide aussi pour un référendum populaire, seul garant selon lui de la souveraineté citoyenne.
« Unissons-nous pour sauvegarder notre République, notre liberté et notre solidarité nationale, contre toute distorsion qui hypothèque notre cohabitation pacifique et l’horizon de nos enfants. »
Une réforme en marche… et sous tension
La proposition de loi, introduite le 31 octobre à l’ouverture de la session automnale, a franchi un jalon décisif : elle a été validée à l’unanimité par la commission des Lois le 3 novembre. Portée par Aké Natondé (UP-R) et Assan Seïbou (BR), elle est présentée comme un outil de pacification, visant à instaurer un Sénat chargé d’harmoniser les visions politiques et de stimuler le débat d’idées.
Par ailleurs, ce Sénat regrouperait d’anciens chefs d’État, ex-présidents d’institutions et hauts responsables militaires. Sa mission : veiller à la pérennité des institutions, à l’harmonie sociale et à la sauvegarde des droits fondamentaux.
Mais, dans un pays où la précarité reste criante, les opposants dénoncent une réforme élitiste, déconnectée des réalités populaires.
« À quoi bon multiplier les palais pour des sages oisifs quand le pain manque sur les tables ? », s’interroge-t-on dans les rangs contestataires.
Vers une plénière décisive
Reste à savoir si l’anathème lancé par Yayi, dans un contexte d’opposition affaiblie depuis 2019, parviendra à cristalliser une résistance parlementaire ou à imposer un plébiscite national. La plénière à venir s’annonce comme une arène décisive, à l’heure où le Bénin oscille entre aspirations réformatrices et spectres d’un passé contesté.
Les Démocrates, fragilisés par des défections récentes, misent sur ce sursaut pour reconquérir un espace vital avant l’échéance de 2026.
