À Cotonou, la 18ᵉ Conférence africaine sur la recherche en informatique et en mathématiques appliquées (CARI 2026) place la recherche scientifique au cœur des ambitions de développement du continent. Ouverte le jeudi 22 octobre, cette rencontre réunit des chercheurs, des universitaires et des experts autour d’un défi majeur : convertir les avancées scientifiques en solutions concrètes pour les populations africaines.
L’Afrique peut-elle tirer pleinement profit de la révolution numérique sans renforcer ses capacités scientifiques et technologiques ? C’est l’une des questions centrales de la 18ᵉ édition de la CARI, officiellement lancée à Cotonou par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Dr Sèdami Medegan Fagla.
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Pendant quatre jours, les participants examineront les possibilités offertes par les mathématiques appliquées et l’informatique pour répondre aux besoins du continent. Organisée par l’Institut de formation et de recherche en informatique (IFRI), avec l’appui institutionnel du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, la conférence s’articule autour du thème : « Mathématiques et informatique appliquées : des solutions innovantes pour construire l’Afrique de demain ».
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence du ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéou, ainsi que de représentants du monde universitaire et scientifique venus d’Afrique et d’autres régions du monde.
Au-delà des présentations académiques, les organisateurs entendent encourager une recherche davantage tournée vers les réalités économiques et sociales africaines. Les connaissances produites dans les universités et les laboratoires peuvent contribuer à améliorer les services publics, accompagner la transformation des administrations et soutenir l’innovation dans différents secteurs d’activité. Encore faut-il créer les conditions nécessaires à leur application sur le terrain.
Le ministre Janvier Yahouédéou a insisté sur cette articulation entre production scientifique et développement. Selon lui, la capacité de l’Afrique à générer des connaissances ne suffira pas, à elle seule, à transformer durablement les sociétés. Les gouvernements et les institutions devront également favoriser leur utilisation pour résoudre les difficultés rencontrées par les citoyens.
Il a ainsi appelé à rapprocher les chercheurs des collectivités territoriales, dont les responsabilités couvrent plusieurs domaines essentiels à la vie quotidienne. Cette coopération pourrait permettre aux acteurs locaux de mieux mobiliser l’expertise scientifique pour concevoir des réponses adaptées aux besoins des populations.
Le responsable gouvernemental souhaite que la conférence dépasse le cadre des échanges universitaires et débouche sur de nouvelles collaborations entre les institutions de recherche et les collectivités africaines. Une orientation qui souligne l’importance des partenariats pour faire émerger des projets capables de produire des résultats tangibles.
Pour la ministre Sèdami Medegan Fagla, l’Afrique ne doit pas se limiter à suivre les mutations technologiques mondiales. Elle doit aussi participer à leur conception et contribuer à définir les usages qui façonneront son avenir. Cette ambition exige, selon elle, des investissements dans la formation, la recherche et la sécurisation des infrastructures numériques.
Le premier chantier concerne le développement des compétences scientifiques et techniques. Le renforcement de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle et des filières scientifiques doit permettre aux jeunes de mieux se préparer aux métiers de demain. La ministre a notamment souligné la place des mathématiques dans cette stratégie, compte tenu de leur rôle dans les progrès de l’informatique et de l’intelligence artificielle.
À l’appui de cette ambition, elle a évoqué les Olympiades nationales d’intelligence artificielle organisées en juin 2026. Cette initiative a mobilisé 150 jeunes, dont huit ont représenté le Bénin à Astana. Pour les autorités, ce type d’expérience contribue à repérer les talents, à stimuler les vocations scientifiques et à préparer une nouvelle génération de spécialistes.
Le deuxième axe porte sur les moyens accordés aux laboratoires, aux écoles doctorales et aux publications scientifiques. Le renforcement de ces structures doit favoriser la production de travaux de qualité et accroître la visibilité de la recherche béninoise et africaine à l’échelle internationale.
La troisième priorité concerne la sécurité des systèmes numériques. La protection des données et le renforcement de la cybersécurité occupent une place croissante dans les stratégies de développement, alors que les administrations, les entreprises et les citoyens dépendent de plus en plus des outils numériques.
Pour le Bénin, comme pour les autres pays africains, la capacité à sécuriser les infrastructures et à protéger les informations constitue un élément essentiel de la souveraineté numérique. L’objectif consiste aussi à accompagner l’innovation tout en réduisant les risques liés aux vulnérabilités technologiques.
Les travaux de la CARI 2026 donneront aux chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et experts l’occasion de confronter leurs résultats et d’explorer de nouvelles pistes dans les domaines de l’informatique et des mathématiques appliquées. Les panels scientifiques et les sessions d’échanges devront favoriser la circulation des connaissances et l’émergence de collaborations.
En ouvrant officiellement la conférence, Sèdami Medegan Fagla a exprimé l’espoir que les discussions débouchent sur des découvertes, des partenariats durables et des solutions conçues en Afrique pour répondre aux défis du continent. Le rendez-vous de Cotonou pose ainsi une question déterminante : comment transformer le potentiel scientifique africain en progrès mesurables pour les sociétés ? Les collaborations qui naîtront de ces assises contribueront à apporter des éléments de réponse.