L’assainissement des finances publiques au Bénin franchit un nouveau cap. Le 12 mars dernier, l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) a frappé un grand coup en annulant une procédure d’appel d’offres majeure dans la commune d’Ifangni. Plus qu’une simple annulation technique, c’est une véritable décapitation administrative : le responsable des marchés publics (PRMP) se voit banni de toute commande publique pour les cinq prochaines années.
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Une opacité sous le radar des dénonciateurs
Tout commence fin 2025. Alors que la commune d’Ifangni lance des projets ambitieux — clôtures d’écoles, complexes sportifs et hangars de marchés —, des voix s’élèvent pour dénoncer des zones d’ombre. L’ARMP reçoit alors deux alertes : un courriel anonyme évoquant des faits de favoritisme et une plainte formelle de l’établissement COP BEC.
L’entreprise lésée pointe une situation ubuesque. Malgré une demande officielle et un récépissé de retrait en main, ses agents n’ont jamais pu accéder au dossier de consultation. En clair, on leur a fermé la porte au nez alors que les documents auraient dû être publics. Face à ces indices de verrouillage de la compétition, le Conseil de régulation a décidé de joindre les deux dossiers pour faire toute la lumière sur cette affaire.
La phrase : Fadélé Bachirou au banc de touche
L’enquête de l’ARMP a confirmé les pires soupçons. Le Conseil de régulation rend un verdict sans appel dans sa décision nᵒ 2026-020/ARMP : les acteurs du marché ont piétiné les principes d’égalité d’accès et de transparence. En conséquence, l’institution annule l’intégralité de la procédure. La mairie doit désormais tout reprendre à zéro si elle souhaite voir ses chantiers sortir de terre.
Mais c’est sur le volet humain que la sanction est la plus spectaculaire. Monsieur Fadélé Bachirou, personne responsable des Marchés Publics, devient le visage de cette dérive. Jugé coupable d’entraves à la concurrence, il est exclu de toute activité liée aux marchés publics au Bénin jusqu’au 19 mars 2031. Une mise à l’écart radicale qui sonne comme un avertissement pour tous les gestionnaires de ressources locales.
L’ARMP, le gendarme qui ne dort plus
Pour justifier cette sévérité, l’institution s’appuie sur l’article 117 de la loi de septembre 2020. Ce texte permet au régulateur de s’autosaisir dès qu’une anomalie est signalée par un tiers ou découverte lors de ses contrôles. Cette affaire prouve que le décret de décembre 2020, qui renforce les pouvoirs de sanction de l’ARMP, n’est pas un simple tigre de papier.
Comme l’a rappelé le Conseil de régulation : « La transparence n’est plus une option, mais une condition de survie pour les cadres de l’administration territoriale. »
Quelle suite pour Ifangni ?
Au-delà de la sanction individuelle, ce dossier pose la question de la continuité du service public. Alors que les populations attendent des infrastructures scolaires et sportives, ce coup d’arrêt risque de retarder des projets vitaux pour la commune.
L’orientation est claire : cet épisode doit inciter les maires du Bénin à renforcer le contrôle interne de leurs unités de passation de marchés. La faute d’un seul homme a paralysé ici tout un plan de développement local. La rigueur administrative n’est plus seulement une question d’éthique, elle devient le seul garant de la réalisation des projets communaux. Le prochain appel d’offres à Ifangni sera, sans aucun doute, le plus surveillé du pays.



