Cotonou, 23 octobre 2025 – Le 17 octobre dernier, au terme d’une bataille judiciaire acharnée opposant l’ancien président Thomas Boni Yayi et sa formation politique Les Démocrates (LD) au député Michel François Oloutoyé Sodjinou, la Cour d’Appel de Cotonou a mis un point final. Dans un arrêt sans équivoque, la juridiction a confirmé la décision du tribunal de première instance, enjoignant Yayi et ses alliés à restituer le formulaire nominatif de parrainage au parlementaire.
Ce rebondissement marque un second revers pour l’ex-chef de l’État et son mouvement, qui espéraient inverser la tendance après un premier jugement défavorable rendu six jours plus tôt. Au cœur du litige : un formulaire de soutien politique que Sodjinou accuse les dirigeants de LD d’avoir retenu abusivement, entravant ainsi son parcours électoral. Saisi en urgence, le juge des référés avait déjà tranché en faveur du député, annulant le document litigieux et ordonnant la délivrance d’un nouvel exemplaire pour lever tout obstacle.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Parrainage : une contestation balayée par la Cour d’Appel
Face à cette première décision, datée du 13 octobre, Les Démocrates n’avaient pas désarmé. Leur président, Boni Yayi, et ses colistiers ont aussitôt déposé un recours, arguant d’une incompétence manifeste du magistrat. Selon eux, l’affaire ne relevait ni de la justice civile ordinaire, ni de la procédure accélérée des référés. Ils ont soutenu que le fait de confier le formulaire au parti constituait un acte volontaire, irrévocable – une sorte de don politique, impossible à reprendre.
Mais la Cour d’Appel n’a pas retenu cette interprétation. Dans son délibéré, elle a balayé les objections d’un revers de plume, réaffirmant la compétence du juge des référés dans les situations d’urgence, dès lors que les enjeux ne prêtent pas à controverse majeure. « Il ne s’agissait pas ici de remettre en cause la validité intrinsèque du parrainage », ont précisé les magistrats, « mais bien de corriger une détention injustifiée d’un document administratif nominatif ». Une nuance décisive qui fait basculer le dossier d’une querelle politique vers une question de droit pur : celle de la protection contre les blocages arbitraires.
L’arrêt n°014/CH-PD-REF/2025 entérine ainsi l’ordonnance 254/AUD-PD/2025 du tribunal de base, scellant la victoire judiciaire du député Sodjinou. Ce dernier, qui avait dénoncé publiquement les manœuvres de rétention comme une entrave à sa liberté d’action, sort renforcé de cette épreuve.
Des fissures dans l’opposition : symptôme d’un malaise plus profond ?
Au-delà du sort d’un simple formulaire, cette affaire révèle les tensions internes qui traversent Les Démocrates, formation née des cendres de l’opposition post-Yayi et censée incarner l’alternative au pouvoir en place. La rétention alléguée du document soulève des interrogations sur la gouvernance du parti : jusqu’où les instances dirigeantes peuvent-elles contrôler les ambitions individuelles de leurs membres ? Dans un contexte préélectoral où les parrainages sont stratégiques, la question n’est pas anodine.
Boni Yayi, figure tutélaire de l’opposition béninoise depuis son départ du palais en 2016, voit son autorité judiciaire ébranlée pour la seconde fois en une semaine. Les Démocrates, qui se veulent rempart contre les dérives du régime Talon, devront-ils revoir leur stratégie pour éviter que ces déboires internes ne ternissent leur image ? Sodjinou, lui, peut désormais avancer, formulaire en main, vers ses objectifs politiques.
Parrainage : une justice rapide
La célérité de la Cour d’Appel dans ce dossier illustre la capacité du système judiciaire béninois à trancher les contentieux sensibles sans s’enliser. Un atout précieux à l’approche d’échéances électorales qui s’annoncent disputées. Elle rappelle aussi que, derrière les joutes partisanes, le droit administratif veille à ce que les outils démocratiques – comme les parrainages – ne deviennent pas les otages de luttes de pouvoir.
Cependant, cet épisode judiciaire ne referme pas le dossier. Bien au contraire : Les Démocrates ont saisi la Cour constitutionnelle, qui doit rendre son verdict ce jour-même. À Cotonou, tous les regards convergent vers cette instance suprême, dont la décision pourrait redessiner les contours d’une élection plus inclusive. En toile de fond, c’est l’équilibre démocratique qui se joue. Les Démocrates retiennent leur souffle. Le Bénin, lui, reste en alerte.
