À six mois de la présidentielle béninoise, Renaud Agbodjo, figure montante des Démocrates, annonce son retrait de la vie politique. Ce départ fait suite à l’invalidation de la candidature de son parti, alimentant les critiques sur un processus électoral verrouillé. Dans un dernier message, il appelle à la réconciliation et interpelle Romuald Wadagni, dauphin présumé du président Talon.
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Cotonou, le 28 octobre 2025 — Dans un tournant inattendu de la campagne pour la présidentielle d’avril 2026, Renaud Agbodjo, figure montante de l’opposition béninoise et porte-drapeau du parti Les Démocrates (LD), a annoncé ce mardi son retrait définitif de la scène politique. Une décision lourde de sens, survenue au lendemain d’un revers judiciaire majeur pour sa formation, alors que le pays s’apprête à vivre un scrutin sous haute tension, marqué par des exclusions controversées.
Lors d’une conférence de presse sobre, l’ancien candidat n’a pas seulement tourné la page sur son avenir électoral. Dans un geste inattendu, il a tendu une main au camp présidentiel, s’adressant directement au ministre d’État Romuald Wadagni, considéré comme le dauphin officieux du président Patrice Talon.
Une exclusion scellée, une opposition fragilisée
Le séisme politique s’est produit dans la nuit du 27 au 28 octobre. Saisie par des recours internes au LD, la Cour constitutionnelle a confirmé l’invalidation de la candidature du parti à l’élection suprême. Ce rejet, initialement prononcé par la Commission électorale nationale autonome (CENA) pour insuffisance de parrainages — un seuil drastique de 30 000 signatures — a été entériné malgré les plaidoyers désespérés de l’opposition.
Les Démocrates, principale force contestataire du régime Talon, se retrouvent ainsi exclus du processus électoral, alimentant les critiques dans un scrutin jugé fermé à l’opposition. Cette affaire fait suite au retrait surprise du parrainage du député, Michel Sodjinou, qui a plongé son parti dans une crise profonde, privant ainsi les électeurs d’une alternative crédible dans un paysage politique déjà appauvri.
Renaud Agbodjo : un retrait discret, un message fort
Face à cette sentence inéluctable, Agbodjo, 42 ans, avocat de formation, a choisi la voie de la discrétion plutôt que celle de la confrontation.
« J’ai longuement pesé le pour et le contre, et je ressens qu’il est venu le moment de marquer une halte », a-t-il déclaré d’une voix posée.
Il invoque un besoin de recentrage personnel, loin des projecteurs et des arènes publiques. Désormais, il entend consacrer son énergie à sa famille, à son cabinet juridique et à son entourage proche. Ce retrait, qu’il qualifie de temporaire sans en préciser la durée, sonne comme un adieu provisoire à une carrière politique fulgurante, marquée par une ascension rapide au sein des Démocrates depuis 2021.
Renaud Agbodjo : un appel à la réconciliation
Mais Agbodjo n’a pas quitté la scène sans adresser un dernier message à l’avenir du pays. S’adressant aux candidats validés pour le 12 avril prochain — une liste dominée par la mouvance présidentielle — il a, par ailleurs, réservé un passage poignant au plus jeune d’entre eux, Romuald Wadagni, actuel ministre de l’Économie et des Finances.
Conscient de ses compétences, qu’il juge évidentes, l’ex-opposant lui demande de jouer un rôle clé pour l’avenir du pays :
« Si la victoire vous sourit, engagez-vous pleinement à rassembler toutes les voix autour d’une même table, pour une réconciliation authentique et profonde », a-t-il imploré, évoquant les aspirations du peuple béninois à la liberté et à l’équité sociale.
Une démocratie sous tension
Ce plaidoyer intervient dans un contexte politique tendu. Depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon en 2016, le Bénin a connu une série de réformes électorales censées assainir le processus, mais souvent accusées de renforcer l’hégémonie présidentielle. L’exclusion des Démocrates s’ajoute à celle d’autres figures de l’opposition, comme Reckya Madougou et Joël Aïvo, condamnés dans des affaires de terrorisme présumées liées à des manifestations.
Avec une participation déjà hypothéquée par ces absences, l’appel d’Agbodjo pourrait rester sans effet… ou au contraire, ouvrir la voie à un dialogue dans un pays divisé.
Un vide, une promesse
En se retirant, Renaud Agbodjo laisse un vide dans l’opposition. Mais son message d’apaisement, porté par une posture de maturité, pourrait inspirer une nouvelle génération politique. À six mois du scrutin, le Bénin se trouve à un carrefour : celui d’une élection sous contrôle ou d’un sursaut vers une démocratie plus inclusive.
Wadagni, et ses pairs, sauront-ils entendre cet écho discret ? L’Histoire, souvent impitoyable, le dira bientôt.
