Politique




Rejet des listes électorales : le Bénin face à une crise politique latente

À l’approche des élections communales de 2026, la Commission électorale béninoise a rejeté les listes du principal parti d’opposition, Les…

À l’approche des élections communales de 2026, la Commission électorale béninoise a rejeté les listes du principal parti d’opposition, Les Démocrates, pour des motifs administratifs. Une décision qui ravive les tensions politiques, interroge la neutralité des institutions et pourrait fragiliser la confiance démocratique dans le pays.

 

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Cotonou, 12 novembre 2025 – À quelques mois des élections communales de 2026, le Bénin frôle l’implosion politique. La Commission électorale nationale autonome (CENA) a invalidé les listes de candidatures du parti Les Démocrates, formation clé de l’opposition, pour des motifs d’incomplétude administrative. Ce revers, dénoncé comme une manœuvre d’exclusion, n’épargne pas la mouvance présidentielle : MOELE-Bénin, allié du régime, a également été recalé. Au-delà de cas isolés, ces décisions interrogent la neutralité des institutions et le risque d’une compétition biaisée.

 

Un rejet administratif qui sonne comme un verdict politique

 

Le 10 novembre, la CENA a publié la liste des partis éligibles, écartant Les Démocrates malgré un dossier volumineux : plus de 29 000 pièces pour couvrir les 546 arrondissements. L’instance électorale pointe 120 documents manquants sur 473 requis, un écart jugé rédhibitoire. Pourtant, les leaders de l’opposition, emmenés par l’ex-président Boni Yayi, dénoncent des obstacles bureaucratiques délibérés : retards dans la délivrance des quitus fiscaux, certificats de nationalité manquants, et intimidations ciblées contre leurs mandataires.

Ce double rejet, bien que politiquement contrasté, révèle des failles structurelles dans le processus de validation. MOELE-Bénin, pourtant proche du pouvoir, a vu sa liste rejetée pour un simple défaut de classement. Ces exclusions croisées soulignent des dysfonctionnements systémiques, mais nourrissent aussi les soupçons d’un « rouleau compresseur » anti-opposition.

 

L’opposition en ordre de bataille : recours et appel à l’audit

 

Lors d’une conférence de presse musclée à Cotonou le 11 novembre, Les Démocrates, par la voix de leur porte-parole Guy Mitokpè, ont rejeté la décision de la CENA. Ils affirment avoir couvert l’ensemble des postes électoraux et exigent un audit indépendant de tous les dossiers. « C’est du deux poids, deux mesures », tonne Mitokpè, évoquant ainsi un favoritisme flagrant envers certains concurrents.

Le parti, fort de son ancrage national, entend mobiliser toutes les voies légales — recours devant la Cour constitutionnelle, pétitions populaires — pour inverser la tendance. Il espère aussi porter le débat au niveau international, alors que l’Union africaine suit de près les réformes électorales en cours au Bénin.

 

Impacts sur la démocratie locale : un scrutin 2026 sous haute surveillance

 

Ces exclusions pourraient modifier le paysage communal, privant les électeurs de choix diversifiés dans des centaines d’arrondissements. Pour les analystes, c’est un signal d’alarme : après les tensions législatives de 2021, le Bénin peine à restaurer la confiance dans ses processus électoraux. Une opposition muselée pourrait aussi accroître l’abstention ou, pire, provoquer des contestations post-scrutin.

La CENA, sous pression, devra prouver son impartialité. Des observateurs comme l’International IDEA appellent à des audits transparents pour apaiser les tensions. En attendant, Les Démocrates transforment ce camouflet en cri de ralliement, boostant leur visibilité sur les réseaux sociaux.

 

Rejet des listes électorales : vers une médiation ou une escalade ? L’enjeu pour 2026

 

Avec encore quelques mois devant elle, la classe politique béninoise a le temps de corriger le tir. Mais si les recours échouent, les communales pourraient virer au bras de fer, testant la résilience démocratique du pays. Le Bénin, souvent cité comme modèle de stabilité en Afrique de l’Ouest, ne peut se permettre un scrutin entaché de soupçons ou de boycott.

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