Au Bénin, le paysage audiovisuel public vient de connaître un bouleversement discret mais politiquement lourd de sens. À la tête de la Société de Radio et Télévision du Bénin, un nouveau dirigeant par intérim a été installé, mettant fin aux fonctions d’Angela Aquereburu. Une décision qui intervient dans un calendrier particulièrement sensible, à quelques encablures des échéances électorales.
Officiellement, il s’agit d’une réorganisation administrative visant à assurer la continuité du service public audiovisuel. Mais dans les milieux médiatiques et politiques, le timing interroge. Car ce changement de direction intervient précisément au moment où la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, la HAAC, et la SRTB ont entamé l’enregistrement des émissions de campagne des différents candidats.
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Une transition qui pose question
Hier encore, Angela Aquereburu Rabatel préparait les studios pour les enregistrements. Aujourd’hui, sa mise à l’écart et la nomination d’Ogoutchina Koundé à la direction générale par intérim marquent un tournant dans l’audiovisuel public. Dans le même temps, la télévision nationale change de cap avec Serge Ayaka désigné directeur intérimaire.
Mission affichée : poursuivre la modernisation, maintenir la cohésion interne et garantir la continuité des programmes. Mais cette transition survient à un moment stratégique, alors que la télévision publique occupe une place centrale dans la communication politique.
Audiovisuel public et enjeux électoraux
Dans de nombreux pays africains, le contrôle de l’audiovisuel public devient un enjeu majeur à l’approche des élections. Le Bénin, souvent cité comme modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, n’échappe pas à cette réalité : la télévision nationale demeure le média le plus influent en période électorale, notamment dans les zones rurales.
Le remplacement d’Angela Aquereburu à ce moment précis nourrit les interrogations. Est-ce une simple décision administrative ou un repositionnement stratégique en vue de la campagne électorale ? Officiellement, aucune explication politique n’a été donnée. Mais dans les rédactions comme dans les états-majors, le sujet alimente déjà les débats et révèle la sensibilité du lien entre médias publics et pouvoir politique.
Un test pour la crédibilité du service public
La véritable question désormais ne porte plus seulement sur le changement de dirigeants, mais sur la crédibilité du service public audiovisuel en période électorale. Neutralité éditoriale, équité de traitement des candidats et transparence dans la diffusion des programmes de campagne seront scrutées de près.
Au-delà des nominations, c’est la confiance du public dans les médias d’État qui se joue. Dans un contexte électoral, la télévision publique cesse d’être un simple média : elle devient un instrument stratégique de communication nationale.
La transition en cours à la SRTB n’est donc pas uniquement administrative. Elle est politique, médiatique et symbolique. Ses conséquences pourraient dépasser largement les murs des studios pour influencer le paysage démocratique tout entier.
En somme, si l’écran devient un instrument de pouvoir, qui garantit encore que la voix des citoyens ne sera pas noyée dans le récit des institutions ? Car contrôler l’écran, c’est contrôler le récit. Et à l’approche des élections, chaque image vaut un vote.



