Bénin : l’offensive « Tolérance Zéro »pour éradiquer le travail des enfants

De 54 % en 2014 à moins de 20 % en 2022 : le Bénin affiche l’une des trajectoires les…

De 54 % en 2014 à moins de 20 % en 2022 : le Bénin affiche l’une des trajectoires les plus volontaristes de la sous-région en matière de lutte contre l’exploitation des mineurs. Mais pour le gouvernement de Patrice Talon, le plus difficile reste à faire. Car le dernier kilomètre est souvent le plus ardu. À Sèmè-Kpodji, l’exécutif a lancé, ce 3 février 2026, la deuxième phase de sa campagne nationale « Tolérance Zéro », combinant sensibilisation numérique, fermeté réglementaire et prise en charge sociale renforcée.

 

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La Maison des jeunes de Sèmè-Kpodji, ville carrefour aux portes du Nigeria, n’a pas été choisie au hasard. Dans ce pôle économique dynamique, où les tentations de l’informel sont nombreuses, la ministre du Travail et de la Fonction publique, Adidjatou Mathys, a donné le coup d’envoi de cette nouvelle offensive contre le travail des enfants.

Autour d’elle, un aréopage de ministres, de préfets et de partenaires internationaux – OIT et UNICEF en tête – est venu marteler un message désormais assumé par l’État béninois : l’exploitation des enfants n’est plus une « fatalité culturelle », mais un délit économique et social que les autorités entendent traquer jusque dans les secteurs les plus opaques.

Ministère du Travail et de la Fonction publique
© Ministère du Travail et de la Fonction publique

Le « miracle » des chiffres à l’épreuve du terrain

Sur le papier, le bilan est impressionnant. Selon l’enquête MICS 2022, le taux de prévalence du travail des enfants au Bénin est passé de 54 % en 2014 à 19,9 % aujourd’hui. Une chute spectaculaire qui place le pays parmi les meilleurs élèves d’Afrique de l’Ouest.

Pourtant, à la tribune, Adidjatou Mathys tempère tout triomphalisme. Si les chiffres globaux baissent, les pires formes de travail des enfants – mines, carrières, agriculture intensive, petits commerces transfrontaliers – continuent de résister. « Le travail des enfants compromet l’éducation, détériore la santé et hypothèque le capital humain du Bénin de demain », a rappelé la ministre. L’enjeu n’est donc plus seulement scolaire, mais structurel : démanteler des filières économiques qui prospèrent sur la vulnérabilité des familles.

 

Une coalition État–privé–numérique

La principale nouveauté de cette « saison 2 » réside dans l’élargissement de la coalition. L’État ne mise plus uniquement sur la contrainte administrative. Deux leviers stratégiques ont été pleinement intégrés :

Le secteur privé, via le Conseil national du patronat du Bénin (CNP-Bénin), s’engage à assainir les chaînes d’approvisionnement et à prévenir toute forme de recours direct ou indirect à la main-d’œuvre infantile.

Le numérique, avec la Fondation Moov Africa Bénin, représentée par Aurore Houngbedji, déploie des campagnes de sensibilisation par SMS, sur les réseaux sociaux et via des outils digitaux ciblant les communautés à risque.

Pour Ousmane Niang, représentant résident de l’UNICEF, l’urgence est désormais le renforcement de synergies entre les acteurs :

« Le secteur privé ne doit plus être, même involontairement, un refuge pour le travail des enfants. »

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© Ministère du Travail et de la Fonction publique

Inspection, contrôle et réinsertion : le triptyque de la fermeté

L’offensive 2026 ne se limitera pas aux discours. Le plan d’action prévoit une intensification des inspections du travail, notamment dans les zones frontalières, les marchés régionaux et les bassins agricoles. Mais la véritable inflexion se joue dans l’ « après-retrait ».

La ministre des Affaires sociales, Véronique Tognifodé, a insisté sur la durabilité des solutions : retirer un enfant d’un atelier ou d’un champ est une étape ; le maintenir à l’école ou dans un centre de formation en est une autre. Le renforcement de la ligne d’assistance aux enfants (138), des programmes de microfinance et de l’appui social aux familles vulnérables constituent le filet de sécurité destiné à prévenir les rechutes.

 

Le pari politique du capital humain

Au-delà de la dimension sociale, cette campagne engage la crédibilité internationale du Bénin. À l’heure où le pays cherche à attirer davantage d’investissements directs étrangers, le respect des standards sociaux devient un argument de compétitivité.

En prônant la « Tolérance Zéro », le pouvoir de Cotonou adresse un message clair à ses partenaires : le Bénin de 2026 entend se construire sur la compétence de ses adultes, et non sur le labeur précoce de ses enfants. La bataille de Sèmè-Kpodji est lancée. Reste à savoir si les mentalités évolueront au même rythme que les réformes.

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