COTONOU, 30 septembre 2026 — Que peut apporter un petit pays d’Afrique de l’Ouest à un débat qui réunit des institutions venues de tout l’espace francophone ? C’est le pari que relève Abdoulaye Bio Tchané, président du Conseil économique et social (CES) du Bénin, en prenant la parole cette semaine à Bucarest devant l’Assemblée générale de l’Union des Conseils économiques et sociaux et institutions similaires des États et gouvernements membres de la Francophonie (UCESIF).
Du 28 au 30 septembre, la capitale roumaine accueille un rendez-vous institutionnel qui dépasse largement le cadre bilatéral. Bio Tchané y conduit une délégation du CES béninois et s’exprime devant un parterre de responsables venus d’Afrique et d’Europe, réunis autour du thème retenu pour le prochain Sommet de la Francophonie au Cambodge : la paix comme moteur du développement durable. Son arrivée sur le tarmac de Bucarest donne le ton de cette visite à forte dimension diplomatique, puisqu’il y est accueilli par le consul honoraire du Bénin en Roumanie, Serge S. Rameau, aux côtés d’une délégation du Conseil économique et social roumain.
Devant l’assemblée, le président béninois ne se contente pas d’un discours de courtoisie. Il défend une thèse précise : les Conseils économiques et sociaux de l’espace francophone gagneraient à dialoguer davantage entre eux, plutôt que de travailler chacun de leur côté face à des défis sociaux et économiques largement partagés. Il présente l’expérience du Bénin en matière de concertation sociale comme une contribution possible à ce chantier collectif, et affiche la volonté de la huitième mandature qu’il dirige de tisser des liens plus étroits avec les institutions homologues, sur le continent africain comme au sein de la Francophonie.
Cette intervention ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de positionnement international, où le CES béninois cherche à exister au-delà de ses frontières et à peser dans les réseaux institutionnels francophones.
Des voix roumaines convoquent l’histoire pour parler d’avenir
Par ailleurs, la cérémonie d’ouverture offre un autre éclairage sur l’événement. Sterică Fudulea, président du Conseil économique et social roumain, choisit de remonter aux figures qui incarnent les liens entre son pays et le monde francophone — Ionescu, Cioran, Eliade, Enescu, Brâncuși — avant d’appeler à défendre la paix et la démocratie face aux tensions actuelles. Eugène Aka Aouélé, président de l’UCESIF, recentre ensuite le débat sur l’enjeu qui doit structurer les travaux : faire de la paix un véritable levier de développement durable, dans la perspective du sommet cambodgien à venir.
Plusieurs personnalités du Parlement roumain assistent à cette ouverture, signe que l’événement dépasse le seul cercle des institutions consultatives pour toucher à la diplomatie parlementaire.
Un agenda qui mêle gouvernance institutionnelle et diplomatie de terrain
Au-delà des discours, l’Assemblée générale avance sur un travail plus technique : les délégations examinent et valident les rapports financier et d’activité de l’UCESIF pour 2025, tout en validant le calendrier des mois à venir. Les participants enchaînent ensuite avec une visite du Palais du Parlement et une séance plénière au sein de l’institution roumaine — une manière de conjuguer réflexion de fond et immersion institutionnelle.
Le Forum du dialogue social francophone prend le relais dès mardi au Victoria Palace, avec deux sessions consacrées au rôle des acteurs du dialogue social dans la diplomatie économique, puis dans la diplomatie socioculturelle. Les travaux se clôturent mercredi au siège du CES roumain, lors d’une réunion solennelle réunissant l’ensemble des délégations francophones.
Cette présence à Bucarest s’inscrit dans une logique que la huitième mandature du CES béninois assume ouvertement : construire, discours après discours et rencontre après rencontre, une présence durable dans les instances francophones. En portant la parole du Bénin sur un sujet aussi consensuel que la paix, Bio Tchané cherche moins à convaincre qu’à ancrer son institution dans un réseau où se dessinent, discrètement, les futures coopérations Sud-Nord et Sud-Sud de l’espace francophone.
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