Cotonou, 25 septembre 2026 — Quand les pompiers éteignent les flammes, une autre enquête commence. Depuis septembre 2026, l’Agence béninoise de Protection civile (ABPC) engage une transformation silencieuse mais stratégique : doter le pays de ses premiers spécialistes capables de reconstituer la chronologie d’un incendie, d’identifier son point de départ et de déterminer ses causes réelles.
Sous l’impulsion de son directeur général, le Contrôleur général de police Abdel Aziz Bio Djibril, et avec l’appui technique de la coopération française, l’agence a lancé un programme de formation à la Recherche des causes et circonstances d’incendie (RCCI). L’objectif : passer du simple constat de sinistre à une véritable expertise scientifique, capable d’alimenter la prévention et la réduction des risques.
Jusqu’ici, peu de services de protection civile en Afrique de l’Ouest disposaient d’unités spécialisées dans l’enquête post-incendie. La plupart des interventions s’arrêtaient à la maîtrise du feu, laissant les causes dans le flou — ce qui limitait la capacité à prévenir de nouveaux sinistres.
La RCCI change la donne. Elle forme des agents à observer une scène calcinée comme un laboratoire : repérer les traces de propagation, analyser les matériaux consumés, identifier les sources d’inflammation potentielles et reconstituer le scénario le plus probable.
Fin septembre, une mission française d’évaluation et de préfiguration a organisé, à Abomey-Calavi, une session intensive de formation de formateurs. Au programme : théorie, mais surtout mise en situation. Les participants ont travaillé sur des scènes d’incendie reconstituées, avec indices disséminés, zones de combustion partielle et faux départs de feu.
« On ne leur demande pas de devenir des experts du jour au lendemain, mais d’acquérir une méthode rigoureuse, reproductible et partageable », explique un formateur français détaché par la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD).
Pour ancrer cette compétence dans la durée, l’ABPC ne compte pas s’arrêter à une session ponctuelle. L’agence a sollicité les Forces armées béninoises (FAB) afin d’obtenir des conteneurs maritimes de 40 pieds, qui seront aménagés en simulateurs de scènes d’incendie.
Ces modules permettront de recréer différentes configurations de sinistres — feux d’habitation, d’entrepôt, de véhicule — dans un environnement sécurisé. Les agents pourront ainsi s’entraîner régulièrement, perfectionner leurs techniques d’observation et maintenir leurs compétences à jour.
Par ailleurs, la RCCI vise à nourrir une culture du retour d’expérience. Chaque incendie analysé devient une source de données : matériaux à risque, comportements de propagation, erreurs humaines récurrentes, défauts d’installation électrique, etc.
Ces informations permettront à l’ABPC d’ajuster ses campagnes de sensibilisation, de cibler les zones les plus vulnérables et de proposer des normes de sécurité plus adaptées aux réalités locales.
La session d’Abomey-Calavi s’est achevée par la remise d’attestations aux participants. Mais pour le directeur général Bio Djibril, il ne s’agit que d’un point de départ. « Ces certificats ne marquent pas la fin d’un processus, mais le début d’une nouvelle capacité au sein de l’ABPC », a-t-il souligné lors de la clôture.
À terme, l’agence prévoit de déployer ces enquêteurs dans les antennes départementales, de les associer aux enquêtes judiciaires en cas de sinistre suspect et de développer des partenariats avec les laboratoires régionaux spécialisés.
Dans un pays où les incendies urbains et ruraux causent chaque année des pertes humaines et matérielles importantes, cette montée en compétence pourrait changer la donne : comprendre pour mieux prévenir, et prévenir pour mieux protéger.
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