Cotonou accueille un forum sur l’IA et l’avenir du travail en Afrique
Des représentants gouvernementaux, d’entreprises, de syndicats et d’institutions internationales se sont réunis, ce vendredi 16 octobre 2026 à Cotonou, pour…
Des représentants gouvernementaux, d’entreprises, de syndicats et d’institutions internationales se sont réunis, ce vendredi 16 octobre 2026 à Cotonou, pour examiner une question qui redessine déjà les économies africaines : comment permettre aux technologies numériques, à l’intelligence artificielle et à l’automatisation de créer de la valeur sans laisser les travailleurs au bord du chemin.
Le Forum régional multipartite sur « Les technologies et l’avenir du travail en Afrique » s’est tenu au Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa. Le Conseil national du patronat du Bénin (CNP-Bénin) et l’Organisation internationale des employeurs (OIE) l’ont coorganisé, avec le soutien financier de l’Union européenne et sous le haut patronage du président béninois Romuald Wadagni.
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Un continent face à une accélération
La rencontre intervient alors que l’Afrique de l’Ouest et du Centre cherchent à transformer le numérique en moteur de croissance, d’intégration régionale et d’emplois décents. En novembre 2025, des ministres de l’économie numérique de la sous-région avaient déjà adopté à Cotonou une déclaration engageant les États à accélérer la transformation numérique et l’intelligence artificielle.
Ce texte régional fixe des ambitions précises : développer la connectivité, renforcer les compétences numériques, soutenir l’entrepreneuriat, créer des emplois dans l’économie numérique et bâtir, d’ici 2030, un marché numérique africain unique fondé sur la confiance, l’innovation et une intelligence artificielle éthique.
Le forum de ce vendredi prolonge cette dynamique, mais il déplace le débat vers un acteur souvent absent des grandes conférences technologiques : le travailleur. Les organisateurs ont réuni des pouvoirs publics, des employeurs, des organisations syndicales, la société civile et des institutions internationales afin d’identifier des réponses concrètes aux mutations en cours.
Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse la simple adoption d’outils numériques. Le continent doit déterminer comment l’automatisation modifiera les métiers agricoles, industriels, commerciaux et administratifs ; comment les jeunes accéderont aux compétences demandées ; et comment les entreprises pourront investir sans creuser davantage les inégalités.
L’IA, entre opportunité et vigilance
Les échanges ont porté sur l’intelligence artificielle, la transformation numérique, l’emploi des jeunes et l’adaptation des compétences aux métiers de demain. Les participants ont également abordé les cadres réglementaires nécessaires pour encadrer l’usage des technologies dans les entreprises africaines. Le président du Conseil économique et social (CES) du Bénin, Abdoulaye Bio Tchané, a défendu une transition technologique inclusive. Selon lui, l’innovation doit concilier compétitivité économique, protection des travailleurs et progrès social.
Cette position traduit une tension centrale du moment : les technologies peuvent accroître la productivité, réduire les coûts et ouvrir de nouveaux marchés, mais elles peuvent aussi fragiliser des emplois peu qualifiés, intensifier le travail ou concentrer les gains entre quelques acteurs. Les organisateurs du forum ont donc cherché à dépasser le simple constat pour formuler des pistes d’action.
La Déclaration de Cotonou, en cours d’élaboration à l’issue des travaux, devra orienter la réflexion sur l’avenir des entreprises et des travailleurs face aux nouvelles technologies. Elle pourrait ainsi servir de référence commune pour les gouvernements, les partenaires sociaux et les investisseurs de la région.
L’un des temps forts du forum, le panel 2, a examiné le thème « Du cadre à l’usage : ce que les technologies changent dans les entreprises africaines ». Anselme Amoussou, secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale internationale-Afrique (CSI-Afrique), y a représenté les travailleurs du continent.
Il a siégé aux côtés de représentants des services publics de l’emploi, du secteur privé, des agences du numérique et des écosystèmes d’innovation. Son intervention a mis en avant les attentes et les inquiétudes des travailleuses et travailleurs confrontés à la transformation technologique de leurs entreprises.
Pour la CSI-Afrique, le numérique et l’intelligence artificielle ne produiront une prospérité partagée que si les travailleurs participent aux décisions technologiques. L’organisation syndicale appelle à faire progresser simultanément le dialogue social, la formation professionnelle et la protection des droits du travail.
Ce message rejoint une préoccupation largement partagée dans les économies émergentes : l’innovation ne doit pas se réduire à l’installation d’équipements ou au déploiement d’applications. Elle suppose aussi de former les salariés, d’adapter les contrats, de prévenir les discriminations algorithmiques et de garantir des conditions de travail dignes.
Former avant que la fracture ne s’installe
Le défi des compétences occupe une place déterminante dans cette transition. La déclaration régionale adoptée en 2025 appelle les États à doter les jeunes, les femmes et les personnes handicapées de compétences numériques et entrepreneuriales, avec l’objectif qu’au moins 70 % des jeunes diplômés atteignent un niveau élémentaire de littératie numérique d’ici 2030.
Cet objectif implique des réformes profondes : modernisation des systèmes éducatifs, formation continue dans les entreprises, reconnaissance des acquis professionnels et accès élargi à Internet. Sans ces investissements, l’intelligence artificielle risque d’élargir l’écart entre les travailleurs connectés et formés, et ceux qui restent exclus des chaînes de valeur numériques.
Les entreprises africaines font face à une équation comparable. Elles doivent intégrer des outils numériques pour rester compétitives, tout en développant les capacités internes de leurs équipes. Les services publics de l’emploi, les agences du numérique et les incubateurs présents au forum ont donc été invités à réfléchir à des mécanismes d’accompagnement adaptés aux réalités locales.
Un enjeu de gouvernance et de financement
La transformation numérique exige également des cadres institutionnels solides. La déclaration régionale de 2025 prévoit la création d’un mécanisme de financement destiné à mobiliser les investissements, l’assistance technique et les appuis politiques nécessaires à la mise en œuvre des engagements pris par les États. Ce mécanisme devra notamment soutenir les infrastructures partagées, telles que les réseaux en fibre optique et les centres de données, tout en encourageant le développement des talents locaux et l’adoption d’une intelligence artificielle responsable.
Pour les gouvernements, la question n’est plus seulement d’attirer les investissements technologiques. Elle consiste aussi à définir des règles claires sur la protection des données, la fiscalité numérique, la concurrence, la cybersécurité et les droits des travailleurs. Ces normes conditionnent la confiance des citoyens, des entreprises et des investisseurs.
Cotonou, laboratoire d’un consensus africain
Le choix de Cotonou n’est pas anodin. La capitale béninoise avait déjà accueilli, en novembre 2025, le Sommet régional sur la transformation numérique en Afrique de l’Ouest et du Centre, organisé avec la Banque mondiale et sous l’impulsion du gouvernement béninois. En accueillant à nouveau un forum consacré aux technologies et au travail, le Bénin cherche à s’imposer comme une plateforme de dialogue régional sur l’économie numérique. Le pays entend relier les ambitions technologiques aux préoccupations sociales, notamment l’emploi des jeunes et la protection des travailleurs.
Le forum réunit précisément les acteurs dont la coordination déterminera l’issue de cette transition : l’État, qui fixe les règles ; les entreprises, qui investissent et transforment leurs modèles ; les syndicats, qui défendent les intérêts des salariés ; et les institutions internationales, qui apportent financements, expertise et cadres de coopération.
Vers une Déclaration de Cotonou
À l’issue des travaux, les participants devaient contribuer à l’élaboration de la Déclaration de Cotonou. Ce document devra traduire les échanges en orientations concrètes pour préparer les entreprises et les travailleurs aux mutations technologiques. Trois priorités ressortent des discussions : adapter les compétences aux métiers émergents, renforcer le dialogue social dans les entreprises et construire des cadres réglementaires capables d’encadrer l’intelligence artificielle sans freiner l’innovation.
Le défi reste immense. Mais le forum de Cotonou a posé une équation claire : l’Afrique ne pourra tirer pleinement profit du numérique que si la technologie sert le travail, et non l’inverse. La Déclaration de Cotonou devra désormais transformer cette ambition en engagements mesurables.
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