Plus de 9 900 candidats ont ouvert, ce mercredi 30 septembre 2026, la session écrite des examens nationaux de Licence, un rituel désormais incontournable qui scelle la fin du cycle universitaire dans les établissements privés du Bénin. Au CEG Sainte Rita de Cotonou, choisi comme centre de lancement officiel, les premières épreuves ont mobilisé des filières aussi variées que le journalisme, l’audiovisuel, l’agronomie ou le génie de l’eau, avant que le mouvement ne s’étende, jour après jour, aux 78 spécialités concernées et aux autres centres d’examen disséminés sur le territoire.
La session, qui court jusqu’au 16 octobre 2026, place le système d’enseignement supérieur privé sous tension pendant plus de deux semaines. Selon les données officielles, 9 967 candidats sont inscrits à cette édition 2026, répartis dans 78 filières, un volume qui impose une logistique rodée et une surveillance rigoureuse pour garantir l’équité entre les établissements et les promotions.
À Sainte Rita, 284 candidats ont composé dès la première journée, représentant plusieurs écoles privées d’enseignement supérieur (EPES) de la capitale économique. Les épreuves pratiques, elles, ont débuté plus tôt, dès avril 2026, afin d’alléger la charge de la phase écrite et de mieux étaler l’évaluation des compétences dans le temps.
Derrière l’apparence technique d’un calendrier d’examens se joue un enjeu politique et économique majeur : la crédibilité des diplômes délivrés par le secteur privé, souvent pointé du doigt pour la qualité inégale de ses formations.
En représentant la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Sylvie Vitondin De Chacus, directrice de cabinet, a rassuré candidats et responsables d’établissements :
« Toutes les dispositions sont prises pour un bon démarrage », a-t-elle déclaré, tout en soulignant l’implication directe du ministère et l’accompagnement du Collectif des établissements privés d’enseignement supérieur.
Cette présence au plus haut niveau traduit la volonté de l’État de faire de ces examens nationaux un levier de régulation du secteur, depuis leur instauration en 2017. Pour les autorités, il ne s’agit plus seulement de valider des acquis, mais de s’assurer que le « parchemin » obtenu à l’issue de la Licence corresponde réellement à un niveau de compétences reconnu et exploitable par les employeurs.
Du côté des établissements privés, ces examens sont à la fois une contrainte et une opportunité. Césaire Agossa, président de l’ASEC (Association des établissements privés d’enseignement supérieur pour l’éthique et la qualité), a réaffirmé l’engagement de son organisation à « accompagner la dynamique des examens nationaux », signe d’une acceptation croissante de ce cadre imposé par l’État.
Alexis Agbessi, secrétaire général de l’UNEPES-Bénin, a pour sa part rappelé que ces épreuves offrent aux étudiants la possibilité d’obtenir un diplôme « crédible », susceptible de constituer une base solide pour leur insertion professionnelle. Derrière ces formules convenues se lit une réalité plus crue : sans cette validation externe, nombreux sont les recruteurs qui continuent de regarder avec méfiance les diplômes issus du privé, préférant souvent ceux des universités publiques ou des filières internationales.
Le choix des premières filières à composer à Sainte Rita n’a rien d’anodin. Journalisme, journalisme audiovisuel et métiers de l’audiovisuel figurent parmi les spécialités les plus visibles, dans un pays où la multiplication des radios, télévisions et plateformes numériques a explosé l’offre de formation, sans toujours garantir la qualité des enseignements.
De même, l’agronomie et le génie de l’eau renvoient à des secteurs stratégiques pour le développement du Bénin, où la demande en techniciens et cadres intermédiaires bien formés ne cesse de croître. Faire démarrer les épreuves par ces filières, c’est aussi envoyer un signal : les examens nationaux ne concernent pas que les disciplines « classiques », mais aussi celles qui doivent nourrir les politiques publiques en matière de sécurité alimentaire, de gestion des ressources ou de communication.
Sur le papier, le dispositif semble rodé. La Direction des examens et concours a communiqué, plusieurs jours à l’avance, les dates et les centres retenus via une note de service signée par son directeur, Vidjannagni V. Gbénou. Par ailleurs, les autorités ont publié en ligne les listes de candidats par établissement et par filière, ce qui a permis aux étudiants de vérifier leur inscription et leur centre d’affectation.
Pourtant, derrière cette apparente maîtrise, plusieurs questions demeurent. Comment s’assurer que les sujets soient réellement harmonisés d’un centre à l’autre ? Comment garantir que les corrections ne varient pas selon les correcteurs et les écoles ? Et surtout, comment transformer cette validation formelle en un véritable gage de qualité, reconnu par les employeurs et les partenaires internationaux ?
Pour l’heure, candidats, enseignants et responsables d’établissements avancent jour après jour, entre stress et espoir, vers la fin de cette session. Dans les salles d’examen de Sainte Rita et des autres centres, ce ne sont pas seulement des copies qui s’accumulent, mais les premiers jalons d’une réforme silencieuse du supérieur privé béninois, où chaque diplôme validé devient un test de crédibilité pour tout un système.
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