Cotonou, 3 avril 2025 – En ce jour inaugural du mois d’avril, le Trésor public du Bénin a donné le coup d’envoi de ses ambitions financières pour le deuxième trimestre en orchestrant une levée de fonds sur le marché régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). En effet, cette première opération d’adjudication de l’année 2025, minutieusement préparée, a permis de recueillir 20,09 milliards de FCFA, dépassant de justesse l’objectif initial fixé à 20 milliards de FCFA. Une entrée en matière qui, loin de se contenter d’un simple succès arithmétique, révèle une stratégie empreinte de prudence et d’exigence face à une demande foisonnante des investisseurs.
Levée de fonds régionale : une opération en deux actes savamment orchestrée
Conformément au calendrier prévisionnel dévoilé le 25 mars 2025 par le ministère des Finances, cette levée s’est articulée autour de deux instruments distincts : les Bons Assimilables du Trésor (BAT) d’une maturité de 364 jours et les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) déclinées en trois échéances – trois, cinq et sept ans. L’objectif : mobiliser des ressources pour soutenir les besoins budgétaires de l’État tout en sondant l’appétit des acteurs financiers régionaux.
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L’engouement des investisseurs a dépassé toutes les attentes. Les soumissions ont atteint un montant global de 80,29 milliards FCFA, soit un volume quadruplé par rapport à celui escompté. Pourtant, dans un élan de rigueur, le Trésor béninois n’a retenu que 20,09 milliards FCFA, renvoyant 60,19 milliards FCFA aux soumissionnaires écartés. Cette sélectivité illustre une volonté de privilégier la qualité des engagements sur la quantité, une posture qui pourrait bien façonner les prochaines opérations.
Les BAT à un an : une demande éclatante, une retenue mesurée
Les Bons Assimilables du Trésor à 364 jours ont capté une attention particulière. Sur une mise initiale de 15 milliards FCFA, les investisseurs ont proposé 53,98 milliards FCFA, témoignant d’un vif intérêt pour cet instrument à court terme. Cependant, le Trésor n’a consenti à retenir que 3 milliards FCFA, fixant un rendement moyen pondéré à 6,61 %. Ce choix, à première vue paradoxal face à une telle ferveur, traduit une gestion prudente, peut-être dictée par une anticipation des besoins de trésorerie à court terme ou une méfiance envers des taux jugés insuffisamment avantageux.
Les OAT : une palette de maturités aux fortunes contrastées
Du côté des Obligations Assimilables du Trésor, les résultats dessinent un tableau nuancé. L’échéance à trois ans a brillé par son attractivité, mobilisant 11,40 milliards FCFA sur un total de soumissions s’élevant à 20,61 milliards FCFA, avec un rendement moyen pondéré de 6,55 %. Une performance solide qui reflète la confiance des investisseurs dans la stabilité à moyen terme de l’économie béninoise.
À l’inverse, l’OAT à cinq ans a suscité une tiédeur inattendue. Seuls 442 millions FCFA ont été proposés, intégralement retenus à un taux de 7,05 %. Cette frilosité pourrait trahir une hésitation face aux incertitudes économiques sur cette durée intermédiaire. Enfin, l’échéance à sept ans a retrouvé un élan plus affirmé, avec 5,25 milliards FCFA de soumissions intégralement acceptées, assorties d’un rendement de 7,28 %, signe d’un regain d’optimisme pour les perspectives à plus long terme.
fonds régionale : une confiance régionale affirmée
Cette opération a réuni un éventail d’investisseurs issus de l’espace UEMOA, avec des participations notables du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Sénégal et du Togo. Cette diversité géographique souligne l’aura dont jouissent les titres béninois sur le marché régional, perçus comme un placement sûr dans un contexte où la stabilité financière reste un bien précieux. L’absence de certains membres de l’Union, comme la Guinée-Bissau ou le Mali, pourrait toutefois inviter à une réflexion sur les dynamiques d’intégration économique au sein de la zone.
Un prélude ambitieux pour le trimestre
Cette levée de fonds n’est que la première étape d’un programme trimestriel ambitieux visant à mobiliser 65 milliards FCFA d’ici à juin 2025. La prochaine adjudication, prévue pour le 22 mai, se concentrera exclusivement sur des OAT pour un montant de 20 milliards FCFA. Ce choix d’instruments à plus longue maturité pourrait ainsi signaler une intention de financer des projets structurants, à l’heure où le Bénin cherche à consolider sa croissance économique.
Une porte entrouverte sur l’avenir
EN SOMME, si cette opération marque un succès indéniable, elle laisse planer une interrogation subtile : jusqu’où le Trésor béninois pourra-t-il conjuguer prudence et ambition dans un marché régional aux appétits fluctuants ?