Il avait pour mission de neutraliser la cybercriminalité ; il a fini par la monnayer. Lundi 15 juin 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) a condamné un agent du commissariat d’Akassato à soixante mois de prison ferme pour avoir libéré, contre 500 000 FCFA, un présumé escroc en ligne interpellé en février. Par ailleurs, une collègue, accusée d’avoir touché sa part du butin, a été relaxée au bénéfice du doute.
Bénin, 16 juin 2026 — C’était une patrouille comme tant d’autres. En février 2026, des agents du commissariat de police d’Akassato interpellent quatre personnes, parmi lesquelles un présumé cybercriminel que ses pairs surnomment « gayman ». Une fois conduit dans les locaux du commissariat, l’homme comprend vite que sa liberté a un prix. Il propose 500 000 FCFA. L’un des policiers chargés du dossier accepte alors.
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Un partage de butin à l’insu du commissaire principal d’Akassato
La somme circule ensuite entre plusieurs agents impliqués dans l’affaire, en dehors de toute voie officielle et, surtout, à l’insu du commissaire principal du poste. Le stratagème ne tient cependant pas longtemps : en effet, la supercherie est éventée, et les policiers concernés sont déférés devant la juridiction spécialisée dans la répression des infractions économiques.
Deux versions au prétoire : L’excuse de la tontine face aux juges de la Criet
À l’audience, les deux versions divergent nettement. Le policier identifié comme le principal artisan de la libération monnayée reconnaît les faits. En revanche, sa collègue, elle, plaide non coupable : elle affirme avoir reçu 50 000 FCFA de la main de son collègue, persuadée qu’il s’agissait d’une cotisation de tontine, une pratique courante entre agents du commissariat.
De fait, les relevés téléphoniques versés au dossier accréditent sa version. Rien n’indique qu’elle connaissait l’origine frauduleuse des fonds, qu’elle a restitués dès qu’elle a compris la manœuvre. Le ministère public en tient compte : ainsi, dans ses réquisitions, il demande sa relaxe, et réclame contre son collègue flic cinq ans de prison, dont trois ferme.
Un verdict plus sévère que les réquisitions : La Criet frappe fort
La Criet choisit une ligne plus dure que celle tracée par le parquet. C’est pourquoi elle a condamné le policier principal à 60 mois de prison ferme, sans sursis, assortis d’une amende de 5 millions de FCFA pour abus de fonction. Les juges ont relaxé sa collègue au bénéfice du doute, conformément aux réquisitions du ministère public.
En outre, la Criet reconnaît également coupables deux civils, poursuivis dans le même dossier pour détention et usage de chanvre indien. Chacun écope de 24 mois de prison ferme et d’une amende de 1 million de FCFA. L’ensemble des condamnés dispose désormais de 15 jours pour interjeter appel. En définitive, l’affaire rappelle que la lutte contre la cybercriminalité, érigée en priorité par les autorités béninoises, expose aussi ses propres exécutants à la tentation qu’ils sont censés combattre.



