Justice




Procès Steve Wotto devant la Criet : Entre amertume, mysticisme et psychiatrie

Cotonou, le 23 juin 2026 — Dans le huis clos solennel de la Cour de répression des infractions économiques et du…

Cotonou, le 23 juin 2026Dans le huis clos solennel de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), les rideaux se sont levés ce lundi 22 juin sur une audience singulière, oscillant nerveusement entre joute politique, dévotion spirituelle et expertise médicale. À la barre, Steve Wotto, un prévenu dont les vidéos virales sur les réseaux sociaux ont fini par rattraper le destin.

Poursuivi pour ses virulentes sorties numériques ciblant l’ancien président Patrice Talon ainsi que son successeur, l’actuel chef de l’État Romuald Wadagni, l’homme a choisi d’assumer. Du moins, en partie.

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« Sous le coup de l’amertume »

Dès l’ouverture des débats, le président de céans a cherché à confronter le prévenu à la matérialité et à la teneur de ses propos. « Oui, j’ai fait des vidéos », concède d’emblée Steve Wotto, d’un ton qui se veut assuré. Relancé par le magistrat sur la nature exacte des attaques visant les deux figures de l’exécutif, l’homme ne cille pas : « Oui, j’ai tenu des propos. J’ai dit beaucoup de choses de Talon ».

C’est alors que le dialogue s’est teinté d’une fine ironie judiciaire. À la question du juge lui demandant s’il avait, au moins une fois, « dit de bonnes choses » de l’ancien président, Steve Wotto a tranché, catégorique :

« Je ne saurais qualifier mes propos. J’ai fait ces vidéos sous le coup de l’amertume ».

Pour justifier la virulence de ses diatribes, le prévenu a ensuite opéré un glissement inattendu du terrain politique vers le champ métaphysique. Se définissant devant la Cour comme un « homme spirituel », il a affirmé avoir agi non pas de son propre chef, mais sous la dictée invisible et l’influence des « mânes des ancêtres ».

Éclat de colère à la barre

Si le début de l’interrogatoire s’est déroulé dans un calme relatif, l’ambiance a brusquement tourné à l’orage lorsque le juge et le ministère public ont abordé les conditions de son interpellation, suggérant que le prévenu se cachait pour échapper à la justice.

Touché dans son honneur, Steve Wotto est entré dans une colère noire, haussant brutalement le ton face aux magistrats :

« Je n’ai jamais été arrêté ! Je me suis rendu moi-même au commissariat de police de Bohicon quand j’ai appris que j’étais recherché. « On ne m’a pas arrêté, je me suis rendu. »

Le discernement au cœur des débats

Face à ce profil imprévisible, la défense a rapidement tenté de déplacer le curseur vers le terrain de la responsabilité pénale. Évoquant des « propos incohérents », l’avocat de Steve Wotto a révélé à la Cour l’existence d’antécédents psychiatriques lourds, mentionnant notamment un traitement suivi par son client au centre psychiatrique de Jacquot. Pour appuyer sa démarche, le conseil a réclamé la comparution du père du prévenu afin d’éclairer la Cour sur la santé mentale de ce dernier, ainsi qu’une expertise psychiatrique formelle.

Une ligne de défense immédiatement contestée… par le prévenu lui-même. Debout à la barre, l’homme s’est insurgé contre la stratégie de son propre avocat : « Je ne suis pas fou », a-t-il martelé.

Devant la complexité du profil de l’accusé et la nécessité d’évaluer son discernement au moment des faits, le ministère public a sollicité un report. Le juge a finalement renvoyé le dossier au lundi 20 juillet 2026, le temps pour la justice d’examiner la demande d’expertise psychiatrique. Une pause de quatre semaines qui s’annonce cruciale pour déterminer si Steve Wotto relève de la sanction pénale ou des soins médicaux.

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