Justice




Affaire de la torture à Ekpè : Six suspects écroués par la CRIET

Au Bénin, l’onde de choc de la « suppliciée d’Ekpè » porte ses premiers fruits judiciaires. En effet, l’indignation soulevée…

Au Bénin, l’onde de choc de la « suppliciée d’Ekpè » porte ses premiers fruits judiciaires. En effet, l’indignation soulevée par une vidéo montrant une femme torturée par le feu a trouvé un premier écho devant les tribunaux. Le 29 avril, la juridiction spéciale de Porto-Novo a ordonné le placement en détention de six individus.

 

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Le Bénin ne détournera pas le regard. Six jours après l’apparition sur les réseaux sociaux d’images d’une cruauté insoutenable, la justice a scellé le premier acte d’une procédure suivie de près par la présidence et les organisations de défense des droits humains. mercredi 29 avril, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a placé sous mandat de dépôt six suspects impliqués dans l’agression d’une jeune femme à Ekpè, une localité située sur l’axe Cotonou–Porto-Novo.

 

La viralité comme pièce à conviction

Tout commence le 23 avril. Une séquence vidéo, filmée à l’aide d’un téléphone portable, sature les boucles WhatsApp et les fils Facebook du pays. On y voit une jeune femme vulnérable, soumise à un supplice d’un autre âge : la torture par le feu. La scène, d’une violence froide, provoque rapidement un haut-le-cœur national.

Certes, les réseaux sociaux servent souvent de déversoir aux rumeurs, mais ici, ils ont agi comme un accélérateur de justice. Sous la pression d’une opinion publique chauffée à blanc, la Police républicaine a fait preuve d’une célérité exemplaire. En moins d’une semaine, les forces de l’ordre ont identifié, traqué puis interpellé les auteurs présumés et leurs complices dans les faubourgs de la municipalité de Sèmè-Podji.

 

Le passage devant la CRIET : un signal fort

Le choix de présenter ces prévenus devant la CRIET n’est pas anodin. Cette juridiction d’exception, souvent associée à la lutte contre la corruption ou le terrorisme, est ici saisie pour marquer la gravité exceptionnelle des faits. En qualifiant, du moins provisoirement, ces actes comme relevant de sa compétence, le parquet spécial signifie que la barbarie gratuite et l’atteinte à l’intégrité humaine constituent une menace directe à l’ordre social.

Sur les bancs de l’audience, les juges n’ont pas encore détaillé le profil des six détenus, mais leur placement immédiat sous mandat de dépôt montre que les preuves matérielles — dont la fameuse vidéo — pèsent lourdement dans le dossier.

 

Une société face à ses démons

Au-delà de l’épilogue judiciaire en cours, cette affaire d’Ekpè repose la question de la justice privée et de la condition des femmes dans les zones périurbaines. Comment, en 2026, un tel déchaînement de violence a-t-il pu être non seulement perpétré, mais aussi documenté avec une telle impunité apparente ?

Alors que la victime est toujours sous surveillance médicale, le pays attend désormais un procès qui devra servir d’exemple. Pour le gouvernement béninois, l’enjeu est double : punir la barbarie et réaffirmer que, sur l’ensemble du territoire, la force doit rester à la loi, et non au feu.

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