Justice




Bénin : Candide Azannaï devant la justice après six mois de détention

Le président du parti « Restaurer l’Espoir », Candide Azannaï, poursuivi pour « complot contre la sûreté de l’État »…

Le président du parti « Restaurer l’Espoir », Candide Azannaï, poursuivi pour « complot contre la sûreté de l’État » et « provocation à la rébellion », est entendu pour la première fois sur le fond du dossier par la CRIET.

Cotonou, 18 juin 2026 — Ce jeudi 18 juin 2026 marque une étape cruciale dans le dossier judiciaire qui a conduit l’une des figures les plus controversées de l’opposition béninoise en détention provisoire. Candide Azannaï, ancien ministre de la Défense et président du parti « Restaurer l’Espoir », comparaît devant la commission d’instruction de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



CRIET : une audition sur le fond attendue depuis six mois à Cotonou

L’opposant, accompagné de son avocat, Me Rodrigue Davankan, répond pour la première fois aux questions des magistrats sur le fond du dossier. Le cortège pénitentiaire a transféré ce matin le détenu au siège de la CRIET, situé dans le quartier administratif de Cotonou.

Les magistrats avaient placé Candide Azannaï en détention provisoire le samedi 20 décembre 2025, peu après 1 heure du matin, à l’issue d’auditions qui s’étaient prolongées tard dans la nuit. Ainsi, la décision judiciaire avait ordonné son placement sous mandat de dépôt et l’ouverture d’une instruction pour mener des investigations complémentaires.

Complot contre la sûreté de l’État : des charges lourdes contre Candide Azannaï

Le parquet spécial de la CRIET poursuit le leader de « Restaurer l’Espoir » pour des faits présumés de « provocation à la rébellion » et de « complot contre la sûreté de l’État ». Ces lourdes accusations font écho à la tentative de coup d’État déjouée du 7 décembre 2025, qui avait ébranlé les institutions de la République. Candide Azannaï est ainsi devenu la première personnalité politique d’envergure nationale placée sous mandat de dépôt dans le cadre des enquêtes ouvertes à la suite de cette affaire.

De la Défense à la rupture : un divorce politique tumultueux avec Patrice Talon

Pour comprendre la portée de ce face-à-face avec la justice, il faut revenir sur la rupture politique radicale entre Candide Azannaï et le président Patrice Talon. En effet, proche de ce dernier lors de son accession au pouvoir en 2016 et nommé ministre de la Défense nationale au début du mandat, Candide Azannaï avait quitté le gouvernement de manière fracassante et inattendue en avril 2017.

Par ailleurs, ce départ découlait de profondes divergences sur les réformes politiques et les méthodes de gouvernance. Depuis sa démission, l’ancien ministre s’est imposé comme l’un des critiques les plus virulents du régime, dénonçant régulièrement la gouvernance du président Patrice Talon et se présentant comme l’un des principaux porte-voix de la « résistance » politique.

Restaurer l’Espoir : une opposition radicale et le boycott des scrutins

Au cours de ces dernières années, Candide Azannaï s’est illustré par de longues interventions médiatiques et par le boycott systématique de plusieurs scrutins nationaux, notamment les élections législatives et communales, qu’il qualifiait d’« exclusives ». À travers des déclarations souvent incisives, le président de « Restaurer l’Espoir » a dénoncé une régression démocratique et réclamé une refonte intégrale du système électoral. Cette posture de rupture totale a pris une tournure exclusivement judiciaire en décembre 2025.

Instruction judiciaire : quelle suite pour la procédure devant le juge ?

La procédure se poursuivra activement devant le juge d’instruction, a indiqué son avocat. Me Rodrigue Davankan se garde d’établir un lien direct entre son client et les instigateurs de la tentative de coup d’État, même si l’ordonnance de la CRIET fait expressément référence aux faits de déstabilisation du 7 décembre. Cette première comparution devrait permettre de préciser les charges retenues contre cette figure majeure de la vie politique béninoise.

L’audition de ce jeudi intervient dans un climat politique désormais apaisé au Bénin, où les tensions se sont dissipées depuis que, lors des dernières élections, l’ensemble des partis s’est rallié à la mouvance présidentielle. Depuis l’avènement de Romuald Wadagni, le pays ne connaît plus d’opposition crédible, laissant le pouvoir évoluer sans véritable contre‑poids politique.

Par ailleurs, les conditions de détention de Candide Azannaï suscitent déjà de vives réactions parmi ses proches et ses soutiens, qui fustigent une incarcération politique. Après six mois passés derrière les barreaux, l’avenir judiciaire de l’ancien ministre demeure incertain, tandis que son affaire continue de cristalliser les passions dans le pays.

Cet article sera complété après l’audience de ce jeudi.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP