Disparu un soir d’août 2010, le cadre du ministère des Finances Pierre Urbain Dangnivo continue de hanter l’appareil judiciaire béninois. Or, après plus d’un an de silence pesant, le procès de cette affaire d’État reprend ce vendredi 26 juin 2026 au tribunal de première instance de Cotonou.
C’est une ombre qui plane sur la République du Bénin depuis seize ans, et surtout un nom qui, à lui seul, ravive les passions politiques et les traumatismes judiciaires. Ce vendredi 26 juin 2026, les portes du tribunal de première instance de Cotonou s’ouvriront à nouveau sur le dossier Pierre Urbain Dangnivo. Selon des sources proches du dossier, le procès reprend enfin, après une suspension prolongée qui s’apparentait, pour les proches de la victime, à un énième déni de vérité.
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La dernière fois que la justice s’était penchée sur cette affaire, c’était le 25 avril 2025. À ce moment-là, le tribunal a renvoyé l’audience au 13 mai de la même année… avant de sombrer dans un interminable statu quo. Ainsi, un contretemps de quatorze mois s’ajoute à une longue liste de rendez-vous manqués avec l’Histoire.
Les visages du doute
Pour comprendre le vertige que provoque ce procès, il faut remonter à mars 2025, lors de l’ouverture de la session criminelle. Dans le box des accusés, deux hommes concentrent tous les regards : Codjo Alofa et Donatien Amoussou. Présentés comme les présumés assassins de ce cadre respecté du ministère des Finances, ils ont choisi une ligne de défense qui a fait vaciller l’accusation : la négation pure et simple des faits.
Mais surtout, Codjo Alofa a jeté un pavé dans la mare judiciaire en affirmant avoir endossé le rôle du tueur contre une promesse d’argent. En conséquence, cet aveu de corruption, s’il est avéré, déplace le curseur du simple fait divers vers le complot politique orchestré au plus haut sommet.
« J’ai accepté de porter le chapeau pour de l’argent », a lâché Alofa à la barre en mars 2025.
Pendant huit jours d’audiences électriques, le tribunal a vu défiler une radiographie de l’État béninois : médecins légistes, experts de la téléphonie mobile (MTN), mais aussi de hauts responsables de la sécurité de l’ère Boni Yayi. Les enquêteurs ont sommé le colonel Séverin Koumassegbo, ancien patron de la sécurité rapprochée de l’ex-président, et Enock Laourou, ancien chef des services de renseignements, de s’expliquer. Cependant, le mystère reste entier.
17 août 2010 : le jour où tout a basculé
Pour les Béninois, la date est gravée dans le marbre. Le 17 août 2010, Pierre Urbain Dangnivo, haut fonctionnaire aux positions parfois perçues comme dérangeantes, s’évapore dans la nature. Depuis lors, seize ans de fouilles, de rumeurs, d’expertises ADN contestées et de mobilisations syndicales n’ont jamais permis de retrouver son corps de manière incontestable, ni d’apaiser la douleur de sa famille.
Ce procès, qui avait déjà connu de premiers balbutiements bien avant sa reprise avortée de 2025, est bien plus qu’une affaire de meurtre. En réalité, c’est le thermomètre de la justice béninoise, un test de transparence pour les institutions.
Ce vendredi, à Cotonou, il ne s’agira pas seulement de juger deux hommes dans un box, mais bien de tenter, enfin, de lever le voile sur seize années de secrets d’État. Tout un peuple attend l’audience, suspendu à une question : la vérité a‑t‑elle un prix au Bénin ?



