Cotonou, 22 juin 2026 — L’affaire est d’autant plus sensible qu’elle touche au cœur de l’appareil sécuritaire béninois en pleine période de vigilance antiterroriste. L’arrestation et le placement en détention provisoire, le jeudi 18 juin 2026, d’un militaire appartenant au corps d’élite des commandos du camp de Dassa-Zoumè lèvent le voile sur une porosité inquiétante entre les arsenaux militaires et les réseaux civils clandestins dans les départements du Zou et des Collines.
La filière du BTP : anatomie d’un trafic insoupçonné
L’enquête met en lumière un schéma de distribution particulièrement opportuniste. Loin des circuits mafieux internationaux traditionnels, le réseau se serait appuyé sur des relations de proximité pour monnayer du matériel de guerre :
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Le commando de Dassa-Zoumè aurait extrait des munitions du stock militaire pour les céder à un proche à Bohicon ;
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Ce dernier aurait ensuite fait basculer la marchandise vers le circuit civil en approvisionnant un chauffeur de camion d’une entreprise de BTP ;
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Le conducteur aurait profité de sa mobilité géographique pour écouler les cartouches auprès d’acheteurs finaux dont l’identité reste à établir.
L’effet domino se serait produit lorsque les services de renseignement ont interpellé un premier militaire à Bohicon, présenté comme l’un des pivots de la transaction. Les interrogatoires menés par la Police républicaine auraient rapidement permis de remonter la filière jusqu’au domicile du commando suspect, où les agents ont saisi plusieurs dizaines de cartouches de différents calibres. Le suspect est désormais détenu à la prison civile de Savalou.
Le paradoxe sécuritaire : l’urgence du contrôle interne
Cette affaire met en lumière une contradiction majeure pour l’État béninois. Au moment où le gouvernement investit massivement pour sécuriser ses frontières face à la menace des groupes armés extrémistes, la fuite présumée de munitions issues d’un arsenal d’État vers le circuit civil pose une question fondamentale : comment renforcer la sécurité du pays si les forces de défense et de sécurité ne parviennent pas à garantir l’inviolabilité de leurs propres stocks ?
La traçabilité des armes et des munitions apparaît ainsi comme un enjeu de sécurité nationale. Si le ministère de la Défense et les autorités judiciaires observent, pour l’heure, un silence total, certains experts redoutent que cette affaire ne constitue pas un cas isolé. Les investigations devront impérativement déterminer si ce réseau alimentait le grand banditisme local ou si ces munitions prenaient la direction des zones de conflit du Nord. À Cotonou, les regards se tournent désormais vers la hiérarchie militaire, appelée à s’expliquer sur les éventuelles failles dans la gestion et la sécurisation de ses armureries.



