Cotonou, 3 avril 2025 – Sous le voile opaque de la nuit du mercredi 2 avril, un événement aux contours encore flous a secoué les fondations de la Nouvelle Force Nationale (NFN), un parti d’opposition au Bénin. Wilfrid Apollinaire Avognon, figure de proue de cette formation politique, a vu sa liberté brutalement entravée lors d’une interpellation survenue à son domicile. En effet, cette opération, menée dans l’ombre, soulève un tourbillon de questions et ravive les tensions dans un pays où la scène politique oscille entre aspirations démocratiques et crispations autoritaristes.
Wilfrid Apollinaire Avognon: une arrestation dans l’opacité
L’horloge avait à peine franchi le seuil de minuit lorsque des hommes en uniforme, dont l’identité précise demeure voilée, ont investi la résidence du président de la NFN. Selon les premiers témoignages émanant de son entourage, l’intervention s’est déroulée avec une célérité déconcertante, laissant peu de place à la clarté. Sanata Elisabeth Lahami, vice-présidente du parti, a été la première à briser le silence, usant des réseaux sociaux pour alerter les militants et l’opinion publique. « Nous venons d’apprendre, par le canal familial, que le président de notre parti, M. Apollinaire Wilfrid Avognon, a été enlevé cette nuit à son domicile », a-t-elle écrit, son message empreint d’une gravité qui trahit l’ampleur de l’émoi.
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Si les circonstances exactes de cette descente nocturne restent nimbées de mystère, des sources dignes de foi convergent pour indiquer que le leader politique est actuellement retenu dans les locaux de la Brigade économique et financière (BEF) à Cotonou. Cette institution, chargée de traquer les infractions économiques et les malversations, devient ainsi le théâtre d’une affaire dont les ramifications pourraient dépasser le simple cadre judiciaire.
Wilfrid Apollinaire Avognon : un homme, une voix, un combat
Wilfrid Apollinaire Avognon n’est pas un inconnu dans l’arène politique béninoise. À la tête de la Nouvelle Force Nationale, il s’est érigé en porte-étendard d’une jeunesse désabusée, appelant à un renouveau des pratiques politiques dans un pays où les vieux réflexes du pouvoir semblent parfois figés dans le temps. Depuis la création du parti en 2019, il n’a eu de cesse de prôner une gouvernance plus transparente, une justice indépendante et une économie au service des citoyens. Ses prises de position, souvent incisives, ont fait de lui une voix dissonante dans un paysage dominé par le régime du président Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016.
Récemment, Avognon s’était distingué par des critiques acerbes sur la gestion du système de santé, notamment via des publications sur TikTok où il dénonçait les carences des maternités publiques. Était-ce là le prélude à son interpellation ? Les motifs officiels de son arrestation demeurent, pour l’heure, celés dans un mutisme officiel, alimentant les spéculations sur une possible répression ciblée d’une opposition jugée trop remuante.
Un écho dans un climat tendu
Cette interpellation ne surgit pas dans un vide politique. Le Bénin, jadis salué comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, traverse une période de turbulences où les arrestations d’opposants se sont multipliées. Depuis les élections législatives de 2019, marquées par des violences et un boycott massif, jusqu’à la présidentielle de 2021, où des figures comme Reckya Madougou et Joël Aïvo ont été écartées puis emprisonnées, le régime Talon est accusé par ses détracteurs de museler toute dissidence. La BEF, souvent sollicitée dans ces affaires, s’est vue reprocher d’agir comme un bras armé du pouvoir, une allégation que les autorités réfutent avec constance.
L’arrestation d’Avognon s’inscrit-elle dans cette trame ? Les indices, bien que ténus, pointent vers une possible escalade. Quelques heures avant l’opération, le Trésor public béninois concluait une levée de fonds de 20,09 milliards FCFA sur le marché régional, un succès financier qui contrastait avec les critiques récurrentes d’Avognon sur la gestion économique du pays. Hasard ou coïncidence, cette juxtaposition d’événements nourrit les soupçons d’une volonté de faire taire une voix devenue trop encombrante.
Une onde de choc au sein de la NFN
Au siège de la Nouvelle Force Nationale, l’atmosphère est lourde. Les militants, encore sous le choc, oscillent entre indignation et détermination. Sanata Elisabeth Lahami, désormais en première ligne, a promis de tenir les sympathisants informés dès que des éclaircissements émergeront. « Nous exigeons des explications et nous ne plierons pas face à l’intimidation », a-t-elle déclaré à un groupe de journalistes présents ce matin. Cette fermeté traduit l’espoir d’un parti qui, malgré sa taille modeste, ambitionne de redessiner les contours de la politique béninoise.
Dans les rues de Cotonou, l’écho de l’événement commence à se propager. Des passants, interrogés à la volée, expriment un mélange de résignation et de colère. « Encore un opposant qu’on veut faire taire », murmure un commerçant du marché Dantokpa, tandis qu’un étudiant, plus véhément, lance : « Si on ne peut plus parler, que nous reste-t-il ? »
Une porte béante sur l’inconnu
À l’heure où ces lignes s’écrivent, Wilfrid Apollinaire Avognon demeure entre les murs de la BEF, son sort suspendu à des décisions encore insondables. Sera-t-il présenté à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), comme d’autres avant lui ? Les charges, si elles existent, relèveront-elles d’un dossier économique ou d’une accusation plus politique ?
En définitive, nul ne peut encore trancher. Ce qui est certain, c’est que cette nuit du 2 avril a ouvert une brèche dans la quiétude apparente du Bénin, une brèche par laquelle s’engouffrent les espoirs, les craintes et les incertitudes d’un peuple en quête de réponses. Reste à savoir si cette épreuve éteindra une flamme ou, au contraire, attisera un feu que nul ne pourra plus contenir.