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Cybercriminalité au Bénin : Le mirage mystique des « gaymen »

Un assaut spectaculaire de la police dans le quartier Dogoudo a levé le voile sur l'arsenal particulièrement insolite de trois…

Un assaut spectaculaire de la police dans le quartier Dogoudo a levé le voile sur l’arsenal particulièrement insolite de trois cybercriminels présumés, âgés de 21 à 27 ans. Entre téléphones de dernière génération et accessoires ésotériques, plongée dans les coulisses d’un coup de filet qui bouscule les codes de la cybercriminalité locale.

Mardi 14 juillet 2026, à 18 heures, le calme du quartier Dogoudo, à Allada, est soudainement rompu. Sur la base de renseignements d’une précision chirurgicale, une unité de police se déploie devant une concession. À l’intérieur se cachent trois jeunes hommes activement recherchés.

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Toutefois, sentant le piège se refermer, les occupants refusent d’ouvrir le portail. C’est le début d’un court face-à-face. Mais les forces de l’ordre ne comptent pas repartir les mains vides. Dans un geste digne d’un film d’action, les policiers escaladent le mur d’enceinte, pénètrent dans la cour et forcent l’accès à la chambre où s’étaient retranchés les suspects.

Ainsi vient de se refermer le piège sur un électricien en bâtiment de 27 ans et ses deux complices, âgés de 21 et 23 ans. Cependant, le plus surprenant restait à découvrir.

L’attirail du crime : quand le virtuel s’allie au mystique

En fouillant la pièce de fond en comble, les enquêteurs s’attendaient à trouver des ordinateurs et des téléphones. Au contraire, ils ont découvert une véritable caverne d’Ali Baba, où la technologie la plus moderne côtoie le folklore ésotérique le plus sombre.

Catégorie Objets saisis par la police
Technologie et réseau 7 téléphones Android, 1 téléphone à touches, 24 cartes SIM, 31 plaquettes de réseaux mobiles
Finance et identités Faux billets de 10 000 FCFA, 7 liasses de faux billets de 100 dollars américains, 1 carte bancaire Ecobank, 4 cartes d’identification personnelle (CIP)
Attirail ésotérique 2 « cartes Illuminati », 4 polos de la loge franc-maçonne, 4 casquettes « Fraternité Bénin 666 », 1 bible maçonnique, 1 soutane noire et ses accessoires

Le saviez-vous ? Dans l’univers des « gaymen » (cybercriminels béninois), le recours à des rituels ésotériques, souvent qualifié de « cyber-maraboutage », est fréquemment évoqué. Les auteurs de ces escroqueries cherchent ainsi à s’attirer une protection mystique, à envoûter leurs victimes à distance ou à se donner une image de puissance.

Des aveux sur place et le spectre de la CRIET

Confrontés à l’évidence face à ce trésor de guerre pour le moins suspect, les trois jeunes gens n’ont pas tenté de nier les faits. Face aux policiers, ils ont rapidement reconnu les faits de cybercriminalité et d’escroquerie qui leur sont reprochés.

Pour ces trois apprentis sorciers du Web, la récréation est définitivement terminée. Transférés dans les locaux de la Direction centrale de la lutte contre la délinquance (DCLD), ils attendent désormais leur face-à-face avec le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Par ailleurs, dans les prochains jours, cette juridiction spécialisée devra déterminer l’ampleur de leur réseau et l’usage exact qu’ils comptaient faire de leurs faux billets ainsi que de leur panoplie occulte.

Du clavier au sanctuaire : le mirage brisé du gain facile

En fait, cette affaire dépasse le cadre du banal fait divers. Elle jette une lumière crue sur une transition sociologique douloureuse au sein d’une partie de la jeunesse béninoise. Jadis perçue à tort comme un raccourci doré vers l’ascension sociale, la cybercriminalité a perdu ses faux airs de conte de fées pour révéler son vrai visage : celui d’une tragique impasse.

Pour forcer un destin qui leur échappe, ces cybercriminels ne se contentent plus de manipuler les algorithmes et les réseaux sociaux. Ils s’enfoncent désormais dans une surenchère mystique, un pacte occulte qui détruit leur vie bien avant l’intervention de la police.

  • Le piège de la double aliénation : en s’adonnant à ces rituels, ces jeunes aliènent leur esprit et hypothèquent leur avenir sur le long terme. Une prison mentale qui les poursuit jusque derrière les barreaux des pénitenciers.

  • Le grand paradoxe de l’ère moderne : C’est toute la contradiction du phénomène « gayman ». Bien que la fraude soit résolument digitale, ses fondations s’enracinent dans des dérives mystiques archaïques, conçues pour exploiter la crédulité et la détresse humaine.

En fin de compte, l’arsenal saisi à Allada prouve que la traque menée par la CRIET et la Police républicaine n’est pas qu’un défi technologique ou judiciaire. C’est un combat de société pour sauver une génération face à ses propres démons.

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