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Bénin : baisse de 15 % à 30 % des redevances dans les marchés modernes

Le gouvernement béninois a annoncé, mercredi 1ᵉʳ juillet 2026, une baisse de 15 % à 30 % des redevances dans…

Le gouvernement béninois a annoncé, mercredi 1ᵉʳ juillet 2026, une baisse de 15 % à 30 % des redevances dans ses nouveaux marchés modernes. Derrière cette décision, décryptage d’une stratégie de l’exécutif pour sauver son pari de formalisation de l’économie face à la réalité du pouvoir d’achat.

C’est un ouf de soulagement qui a traversé les allées du marché de Gbégamey, à Cotonou. Pour les milliers de commerçants béninois — en grande majorité des femmes —, l’annonce faite par la ministre du Commerce intérieur, Shadiya Alimatou Assouman, résonne comme une victoire cruciale. En décidant de réduire les redevances mensuelles de 15 % à 30 % dans l’ensemble des marchés urbains et régionaux, l’exécutif pose un geste fort.

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Mais au-delà de la liesse populaire, cette mesure traduit un arbitrage politique et économique majeur. Pour en comprendre la portée, il faut remonter le fil d’une réforme de plus de 100 milliards de FCFA qui a bousculé le quotidien des places marchandes du pays.

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L’origine : le choc de la modernité après la gratuité

Tout commence par une ambition présidentielle monumentale : transformer le paysage commercial du Bénin en remplaçant les hangars de fortune par 35 vitrines modernes, salubres et ultra-sécurisées, gérées par l’Agence nationale de gestion des marchés (ANaGeM). Pour inciter les revendeuses à intégrer ces nouveaux joyaux architecturaux, l’État, sous l’ex-président Patrice Talon, avait initialement instauré une période transitoire de gratuité.

Cependant, l’introduction des redevances fixes a marqué la fin de l’état de grâce. Bien que largement subventionnés par les caisses publiques, ces tarifs ont représenté un véritable choc financier pour des usagers habitués à la flexibilité de l’économie informelle.

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La progression : la grogne des étals et le test politique

Au fil des mois, la réalité macroéconomique s’est heurtée à celle des étals. Certes, les infrastructures étaient rutilantes, mais le portefeuille du citoyen lambda n’avait pas augmenté. Prises en étau entre des charges fixes jugées trop lourdes et un chiffre d’affaires fluctuant, les commerçantes ont vu les impayés s’accumuler, menaçant directement le modèle de gestion de l’ANaGeM.

Le cri du cœur des revendeuses est rapidement devenu un enjeu politique majeur. Directement interpellé lors des tournées de terrain, le nouveau chef de l’État, Romuald Wadagni, a inscrit cette question au cœur des priorités du Conseil des ministres. Cette baisse, actée aujourd’hui, apparaît ainsi comme le respect d’une promesse politique essentielle : prouver que l’émergence économique peut s’ajuster au rythme de vie de la population.

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La baisse : le calcul stratégique de l’État

L’arbitrage rendu le 1ᵉʳ juillet consacre le retour au pragmatisme. À titre d’exemple, une redevance qui culminait à 18 000 FCFA par mois est désormais ramenée à 12 000 FCFA. Une économie nette de 6 000 FCFA par mois qui change radicalement la donne pour les budgets modestes.

« Cette nouvelle dépasse notre espérance. Nous remercions infiniment le Président de la République et tout son gouvernement. Nous promettons désormais d’être à jour », a réagi avec émotion dame Mihemi Dossouguin, responsable du marché de Gbégamey.

Pour l’État, réduire sa marge est un calcul stratégique à double détente : pacifier ses relations avec un électorat clé (les « Mama Benz » et les petites revendeuses), tout en s’assurant un civisme fiscal accru afin de garantir un meilleur taux de recouvrement.

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Quel gain réel pour le citoyen béninois ?

Par ailleurs, cette décision ministérielle affecte positivement trois niveaux de la société :

Pour la commerçante : de l’oxygène pour le fonds de roulement

Dans l’économie de subsistance, chaque franc préservé est immédiatement réinvesti. Économiser plusieurs milliers de francs CFA par mois permet à ces femmes — piliers financiers des ménages — d’acheter davantage de stocks, de mieux résister aux variations de la demande et de sécuriser le revenu de leurs familles.

Pour le consommateur : une barrière contre l’inflation

C’est la loi mathématique des places marchandes : lorsque les charges des commerçants explosent, le prix du piment, de la tomate ou du tissu augmente pour compenser. En desserrant l’étau sur les redevances, le gouvernement supprime un prétexte majeur à la hausse des prix. Le panier de la ménagère est indirectement protégé.

Pour l’État : réussir le pari de la formalisation

Depuis sa nomination, la ministre Shadiya Alimatou Assouman s’emploie à accomplir sa feuille de route : structurer le commerce béninois. Avec cette réduction de tarifs, elle apporte à l’État un avantage décisif. L’enjeu était d’éviter que ces infrastructures à 100 milliards de FCFA ne deviennent des coquilles vides face au commerce de rue informel. En adaptant les coûts à la réalité du terrain, le ministère réussit son pari : l’État gagne des contribuables réguliers, sécurise le recouvrement des droits de place et stabilise le circuit économique légal.

En ajustant le curseur financier, Cotonou démontre qu’en matière de développement, la plus belle des infrastructures n’a de valeur que si elle intègre, d’abord, la réalité humaine de ceux qui la font vivre.

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