Justice




Bénin : procès de l’« infamie d’Ekpè » attendu le 15 mai

Le 15 mai prochain, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) examinera le dossier de la…

Le 15 mai prochain, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) examinera le dossier de la jeune femme torturée par le feu. Si six prévenus sont sous les verrous, le principal instigateur présumé, un homme âgé, manque toujours à l’appel.

L’épilogue judiciaire de ce que l’opinion publique béninoise appelle désormais « l’infamie d’Ekpè » commence à se dessiner. Après l’incarcération de six suspects, le 29 avril dernier, une date est désormais inscrite au calendrier de la CRIET : le 15 mai 2026. Ce jour-là, la justice devra disséquer l’horreur d’une nuit de printemps où la raison a sombré dans la cruauté la plus archaïque.

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La banalité du mal en banlieue de Porto-Novo

L’instruction a permis de lever le voile sur le profil des agresseurs présumés. Loin des réseaux criminels organisés, les prévenus présentent le visage d’une précarité ordinaire : de jeunes hommes dans la vingtaine, jardiniers, maraîchers ou ouvriers, dont le quotidien s’est mué, le temps d’une nuit, en tribunal d’inquisition.

Leurs chefs d’accusation, particulièrement lourds, reflètent la multiplicité des sévices subis par la victime : viol, coups et blessures volontaires, ainsi qu’enregistrement et diffusion d’images relatives à la commission d’une infraction. En attendant de s’expliquer à la barre, les six individus écroués purgent actuellement leur détention à la prison civile d’Abomey-Calavi, loin de l’axe Cotonou-Porto-Novo où les faits ont eu lieu.

 

Une mère de famille face à la « justice » de la rue

L’enquête apporte également un éclairage douloureux sur la victime. Âgée de 38 ans et mère de cinq enfants, cette femme — dont les proches signalent une fragilité psychologique latente — a été la cible d’une vindicte populaire déclenchée par un prétendu vol de téléphone portable. Un prétexte dérisoire pour un supplice qui a duré une partie de la nuit du 21 au 22 avril.

Suspendue, ligotée et exposée aux flammes, elle a survécu au feu, mais porte les stigmates indélébiles de cette agression. Sortie du centre de soins le 1ᵉʳ mai pour regagner son domicile, elle reste le témoin principal d’une tragédie qui a bien failli lui coûter la vie.

 

L’ombre du « patriarche » en fuite

Mais le dossier comporte encore une zone d’ombre majeure. Selon les déclarations de la victime et les premiers éléments de l’enquête, l’instigateur de cette scène de torture ne ferait pas partie des jeunes déjà arrêtés. Un septième suspect, un homme plus âgé désigné comme le donneur d’ordres, est toujours activement recherché par la Police républicaine.

Cette cavale pose une question de fond pour les autorités : comment un homme d’âge mûr a-t-il pu orchestrer une telle barbarie en mobilisant une main-d’œuvre locale pour brûler une femme sans défense ? L’absence de ce « vieux », comme le nomme la rumeur publique, laisse un goût d’inachevé aux prémices du procès.

Le 15 mai, au-delà du verdict, la CRIET aura la lourde tâche de panser une plaie nationale. Il ne s’agira pas seulement de juger des bourreaux, mais de réaffirmer qu’au Bénin, ni la suspicion de vol ni la folie des réseaux sociaux ne sauraient justifier le retour aux bûchers médiévaux.

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