COTONOU, 10 août 2026 — Le littoral béninois recule par endroits, et avec lui disparaissent peu à peu des portions de plage, des espaces d’activité et des repères familiers aux populations riveraines. Face à cette menace, le gouvernement veut désormais éviter les réponses précipitées. Sur le terrain, le ministre du Cadre de Vie et des Transports, chargé du Développement durable, Georges Alé, défend une méthode : observer, mesurer et comprendre avant de décider.
La formule résume la démarche engagée sur le littoral Est : « la preuve avant la décision ». Elle traduit la volonté de ne pas traiter l’érosion côtière par des interventions isolées, mais à partir d’un diagnostic établi avec les compétences nationales et les données disponibles.
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La mission ministérielle effectuée sur cette portion du littoral a ainsi pris des allures de constat grandeur nature. Les techniciens ont examiné les phénomènes à l’œuvre tandis que les populations et les professionnels directement exposés aux transformations du rivage ont été associés aux échanges.
Pêcheurs et acteurs économiques du corridor pétrolier au cœur des échanges
Sur cette façade maritime, l’érosion n’est pas une abstraction réservée aux rapports d’experts. Elle se mesure dans le quotidien des pêcheurs, dans l’évolution de la corniche et dans les préoccupations des acteurs dont les activités dépendent de cet espace.
La délégation s’est notamment intéressée aux réalités vécues par les pêcheurs et aux activités liées aux infrastructures du corridor pétrolier, avec des échanges autour de WAPCO Niger-Bénin. Cette confrontation entre expertise technique et expérience du terrain doit permettre de mieux distinguer les causes, les conséquences et les interventions réellement nécessaires. Car avant de construire, il faut savoir ce que l’on cherche à protéger.
La SoBIMaF : Un outil national stratégique pour la souveraineté maritime
L’autre enseignement de cette démarche concerne les moyens dont le Bénin entend disposer pour agir sur ses espaces maritimes et fluvio-lagunaires.
Dans cette perspective, la Société béninoise d’infrastructures maritimes et fluvio-lagunaires (SoBIMaF) est appelée à occuper une place centrale. L’objectif affiché est de renforcer les capacités nationales afin que le pays puisse assurer lui-même une partie des opérations nécessaires à l’entretien et à l’aménagement de ses infrastructures.
Cette orientation répond à une préoccupation de souveraineté. Il ne s’agit plus seulement de faire appel à des compétences extérieures lorsqu’un problème apparaît, mais de constituer progressivement un outil national capable d’intervenir dans la durée.
La réflexion engagée ne s’arrête d’ailleurs pas à la seule bande côtière. Elle englobe également les lagunes, les lacs et les chenaux, autant d’espaces qui participent à l’équilibre du système hydraulique et économique du pays.
À cela doit s’ajouter la perspective d’un chantier naval, notamment pour assurer l’entretien des dragues. L’idée est de ne plus considérer chaque infrastructure séparément, mais de réunir ces différents besoins dans un dispositif cohérent. Cette approche traduit un changement de méthode : plutôt que de multiplier les interventions ponctuelles, le Bénin cherche à installer une capacité durable de gestion de ses espaces maritimes et fluvio-lagunaires.
Sur le littoral Est, le combat contre l’érosion commence donc par une étape moins spectaculaire que les grands travaux : établir les faits. Mesurer le recul du trait de côte, écouter ceux qui vivent avec la mer et confronter les données avant de trancher. La mer, elle, ne suspend pas son mouvement. Au Bénin, les autorités veulent désormais que la décision publique avance au même rythme que la connaissance du phénomène.