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Journée mondiale des enseignants au Bénin : vers une revalorisation du corps professoral

À Kandi, ville septentrionale du Bénin choisie pour accueillir les festivités officielles de la 33ᵉ Journée mondiale des enseignants, l'ambiance…

À Kandi, ville septentrionale du Bénin choisie pour accueillir les festivités officielles de la 33ᵉ Journée mondiale des enseignants, l’ambiance n’est pas uniquement aux célébrations protocolaires. La commémoration du soixantième anniversaire de la Recommandation de l’UNESCO de 1966 relative à la condition du personnel enseignant sert de toile de fond à une profonde remise en question des politiques éducatives nationales. Face aux exigences d’un monde en mutation rapide, le gouvernement béninois tente d’imposer une nouvelle feuille de route dans laquelle la valorisation du corps enseignant devient le pivot stratégique du développement socio-économique du pays.

Un changement de paradigme axé sur le capital humain

Pendant des décennies, les réformes de l’enseignement en Afrique de l’Ouest ont privilégié la construction d’infrastructures physiques au détriment de la qualification des formateurs. Le Bénin opère désormais un virage doctrinal majeur. Dans une allocution solennelle adressée à la nation, le ministre de l’Enseignement secondaire, Adéyèmi Clément Kouchadé, a réaffirmé l’urgence de replacer l’enseignant au centre de l’écosystème éducatif. Cette vision repose sur un constat pragmatique : aucune innovation pédagogique ni aucun programme d’études ne peut produire de résultats tangibles sans un personnel motivé, hautement qualifié et soutenu par les pouvoirs publics.

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Ainsi, l’exécutif béninois cherche à accroître l’attractivité de la profession face à la concurrence du secteur privé. En fixant un cadre d’accompagnement plus ambitieux, les autorités espèrent attirer les talents les plus prometteurs vers les métiers de la transmission du savoir. Il ne s’agit plus seulement de combler des déficits d’effectifs, mais également de transformer l’enseignement en un levier d’ascension sociale et de performance économique.

Le redéploiement massif du personnel et l’équité de la couverture territoriale

Pour concrétiser cette ambition, le ministère de l’Enseignement secondaire déploie un contingent sans précédent de 36 340 Aspirants au métier d’enseignant (AME) sur l’ensemble du territoire national. Cette mobilisation vise à réduire drastiquement le ratio d’encadrement dans les zones rurales et périurbaines, jusqu’alors fortement pénalisées par le manque d’enseignants titulaires. Parallèlement, l’installation de comités techniques au niveau des collectivités territoriales préfigure un processus de recrutement décentralisé, sur titre, directement géré par les autorités locales.

En outre, l’État s’attaque aux lourdeurs bureaucratiques qui entravaient la progression de carrière du personnel enseignant. L’apurement méthodique des arriérés administratifs, le mandatement de 1 706 bénéficiaires régularisés ainsi que l’examen rigoureux de près de 2 000 dossiers d’intégration témoignent d’une volonté de restaurer la confiance entre les agents publics et leur tutelle. En régularisant ces situations administratives, le gouvernement sécurise la trajectoire professionnelle de milliers d’éducateurs.

La modernisation des infrastructures et le filet de sécurité sociale

L’amélioration de la qualité de l’enseignement exige des conditions matérielles décentes. Pour endiguer la surfréquentation des classes du secondaire, les services de l’État acheminent actuellement un premier lot de 12 000 tables-bancs vers les collèges d’enseignement général. Dans le même temps, l’Inspection pédagogique renforce ses mécanismes de suivi de proximité en dotant ses circonscriptions de véhicules neufs, financés avec le concours de partenaires internationaux, notamment l’UNICEF.

Sur le plan social, l’extension du Programme national d’alimentation scolaire intégré constitue la clé de voûte de cette politique d’accès universel à l’éducation. En garantissant un repas chaud quotidien à près de 1,9 million d’élèves du primaire, l’État combat directement l’abandon scolaire lié à la précarité nutritionnelle. Par ailleurs, la généralisation de la gratuité du secondaire pour les jeunes filles, y compris dans les centres spécialisés accueillant des apprenants à besoins spécifiques, supprime un frein financier majeur pour les familles vulnérables.

L’intégration de la mobilité et de la formation continue

La transformation du paysage éducatif béninois s’étend également à l’enseignement supérieur et à l’alphabétisation des adultes. Pour fluidifier les déplacements des étudiants inscrits dans les universités publiques (UAC, UP, UNA et UNSTIM), les autorités ont mis en service une flotte de 63 autobus neufs desservant 12 villes universitaires. Ce renforcement du parc de transport contribue à réduire l’isolement logistique des apprenants du supérieur.

Dans le domaine de la formation non formelle, le ministère forme 153 facilitateurs issus de 28 communes afin d’harmoniser les standards pédagogiques des centres privés d’alphabétisation. En combinant la restructuration du découpage de l’atlas pédagogique, l’octroi d’outils logistiques et la valorisation du statut des enseignants, le Bénin jette les bases d’un modèle éducatif inclusif, capable de répondre aux exigences socio-économiques des prochaines décennies.

En somme, les chiffres et les autobus ne suffiront pas, à eux seuls, à bâtir l’école du XXIᵉ siècle. La réussite de ce pari républicain reposera avant tout sur la considération accordée à celles et ceux qui incarnent la transmission du savoir. Car restaurer la dignité de l’enseignant, c’est aussi redonner à toute une nation la mesure de ses propres ambitions.

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