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Rentrée scolaire au Bénin : Le grand défi des cahiers à 2,8 milliards

COTONOU, 31 juillet 2026 — Dans quelques semaines, des millions de cahiers devront quitter les imprimeries pour rejoindre les salles…

COTONOU, 31 juillet 2026 — Dans quelques semaines, des millions de cahiers devront quitter les imprimeries pour rejoindre les salles de classe. Pour le gouvernement béninois, l’enjeu ne consiste plus seulement à préparer une rentrée à temps. Il s’agit aussi de faire en sorte que chaque enfant de CI et de CP commence l’année avec les mêmes outils pour apprendre à lire, écrire et compter.

À un peu plus d’un mois de la rentrée scolaire, l’État engage ainsi 2,8 milliards de francs CFA pour produire les cahiers d’activités de français et de mathématiques ainsi que les livrets de lecture initiale destinés aux élèves du Cours d’Initiation et du Cours Préparatoire.

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Derrière cette commande se dessine une ambition plus large : consolider, dès les premières années du primaire, les apprentissages qui conditionnent toute la suite du parcours scolaire.

Le calendrier se resserre

La course contre la montre est désormais lancée. L’arrêté interministériel n°017/MEMP/MES/MESRS-FT du 28 juillet 2026 fixe au lundi 14 septembre l’ouverture de l’année scolaire 2026-2027. Une semaine de pré-rentrée, du 7 au 11 septembre, permettra aux établissements de préparer l’accueil des élèves. Mais avant que les premiers cours ne commencent, une autre opération doit être menée à bien : fabriquer, acheminer et distribuer les supports pédagogiques.

Le ministère des Enseignements maternel et primaire a déjà engagé la contractualisation de l’édition et de l’impression. Quatre prestataires participeront à cette production : LAHA Éditions, Point Haut, l’Imprimerie Papeterie Continentale du Bénin (IPC-B) et l’Imprimerie Commerce Général (ICG).

Cette organisation répond à une préoccupation précise. Lors des précédentes rentrées, les retards d’acheminement avaient parfois perturbé le démarrage effectif des enseignements dans certains établissements publics et privés. Cette fois, les autorités veulent donc gagner la bataille du calendrier avant même que les élèves ne retrouvent leurs bancs.

2,8 milliards après les alertes sur les apprentissages

L’effort financier prend une autre dimension lorsqu’on le replace dans l’histoire récente de la politique éducative béninoise.

La réforme curriculaire engagée après l’évaluation PASEC de 2014 avait mis en évidence les difficultés du Bénin en français et en mathématiques. Le diagnostic avait alors contribué à accélérer la réflexion sur les méthodes d’apprentissage et les outils utilisés dans les premières classes du primaire. Quelques années plus tard, l’État augmente fortement son engagement.

Lors de la première phase de la réforme, la révision des manuels destinés au CI et au CP avait bénéficié d’un financement de 1,537 milliard de FCFA de la Banque mondiale dans le cadre du Projet Éducation de base. Cette enveloppe avait notamment permis l’impression de près de 2,86 millions d’exemplaires de cahiers d’activités pour l’année scolaire 2022-2023.

Pour 2026-2027, la facture atteint désormais 2,8 milliards de FCFA, cette fois entièrement supportée par le budget national. La différence est loin d’être anodine. Le financement public traduit une volonté d’inscrire la production des supports pédagogiques dans la durée et de donner aux apprentissages fondamentaux une place centrale dans la stratégie éducative.

Même cahier, même socle d’apprentissage

Mais le dossier ne relève pas uniquement de la commande publique. Il touche à une question plus profonde : comment garantir un niveau minimal d’homogénéité pédagogique dans les classes ?

Des travaux d’évaluation menés par l’Institut national pour la formation et la recherche en éducation ont relevé des différences importantes dans les pratiques pédagogiques au CI et au CP. Une minorité des enseignants observés adoptaient une approche véritablement centrée sur l’apprentissage de l’élève.

Dans ce contexte, le cahier d’activités devient davantage qu’un simple support. Il sert de fil conducteur. En proposant des contenus structurés et harmonisés, l’État cherche à réduire les écarts entre les pratiques de classe et à offrir aux élèves un socle commun, indépendamment de leur école ou du profil de leur enseignant. L’objectif est donc double : renforcer la qualité des apprentissages et limiter les inégalités qui peuvent apparaître dès les premières années de scolarité.

Le dernier kilomètre décidera du résultat

Pourtant, une inconnue demeure. Elle ne se trouve ni dans les salles de réunion ni dans les contrats d’impression, mais sur les routes qui relient les imprimeries aux écoles. Car produire des millions de supports ne garantit pas leur présence dans les cartables.

Le véritable test commencera lorsque les cartons quitteront les imprimeries. Les cahiers devront parvenir aux circonscriptions scolaires, puis aux établissements, y compris dans les zones les plus éloignées. Le moindre retard dans cette chaîne logistique pourrait réduire l’effet recherché par l’investissement public.

C’est précisément pour éviter ce scénario que l’anticipation figurait parmi les 15 recommandations issues du séminaire national de préparation de la rentrée organisé les 20 et 21 juillet à Cotonou. À moins de deux mois de l’ouverture des classes, le compte à rebours est donc engagé. Le Bénin a sécurisé le financement, choisi les prestataires et fixé son calendrier.

Il reste maintenant l’épreuve la plus concrète : faire en sorte que le 14 septembre, dans chaque classe de CI et de CP, le cahier attendu soit effectivement posé sur le banc de l’élève. Car, derrière les 2,8 milliards de FCFA, le véritable investissement ne se mesure pas au nombre de cahiers imprimés. Il se mesurera à ce que les enfants auront réellement appris à la fin de l’année.

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