Justice




Bénin : le Tribunal de commerce tranche un litige sur les virements d’étudiants à l’étranger

Une simple attestation bancaire ne vaut pas un ordre permanent de virement. C’est le principal enseignement d’une récente décision du…

Une simple attestation bancaire ne vaut pas un ordre permanent de virement. C’est le principal enseignement d’une récente décision du Tribunal de commerce de Cotonou, qui a tranché un litige opposant deux étudiants béninois installés en Europe, une société prestataire et une banque. Au-delà du différend, le jugement redéfinit les responsabilités de chaque acteur dans le financement des études à l’étranger.

Six mois sans ressources : La galère de deux étudiants béninois en Europe 

Ce qui devait être une garantie financière pour poursuivre des études en Europe s’est transformé en un véritable défi administratif labyrinthique. Deux étudiants béninois, installés respectivement à Marseille en France et en Suisse, se sont retrouvés privés pendant près de six mois des virements mensuels censés couvrir leurs dépenses de subsistance. Pourtant, leurs familles avaient constitué la provision financière requise et fait bloquer les fonds conformément aux exigences des procédures de visa.

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Estimant avoir subi un important préjudice, les deux jeunes ont saisi le Tribunal de commerce de Cotonou. Ils réclamaient 30 millions de FCFA de dommages-intérêts à la société ENERGY SARL et à ORABANK BENIN SA, qu’ils jugeaient responsables de l’interruption des paiements.

Attestation de provision vs Ordre de paiement : Le litige entre Energy SARL et Orabank 

Au cœur du dossier figurait une question juridique essentielle : une attestation bancaire certifiant l’existence de fonds bloqués suffit-elle à imposer l’exécution automatique de virements mensuels ? Pour ENERGY SARL, la réponse était oui. La société estimait que les fonds étant déjà cantonnés auprès de la banque, celle-ci devait poursuivre les transferts sans attendre de nouvelles instructions.

La banque défendait une position différente. Selon elle, les attestations produites ne constituaient qu’une preuve de disponibilité des fonds et non un mandat permanent de paiement. Le prestataire a donné des instructions ponctuelles pour les premiers virements, mais il n’a pas renouvelé ces ordres les mois suivants. Faute de nouvelles instructions, la banque ne pouvait légalement exécuter aucun transfert supplémentaire.

Le verdict du juge : La responsabilité incombe au prestataire 

Dans son jugement, le Tribunal de commerce de Cotonou a donné raison à la banque. Les juges ont considéré qu’une attestation bancaire de provision ne peut être assimilée à un ordre de virement permanent et irrévocable. Ils ont également relevé que le fait qu’ENERGY SARL ait adressé des ordres distincts pour les premiers versements démontrait qu’elle connaissait la procédure à suivre et savait que chaque paiement nécessitait une instruction spécifique.

En conséquence, le Tribunal a jugé que la société prestataire portait l’entière responsabilité de l’interruption des virements et a mis ORABANK BENIN SA hors de cause.

Le déblocage immédiat des fonds ordonné sans dommages-intérêts 

Les deux étudiants n’ont toutefois pas obtenu les 30 millions de FCFA de réparation qu’ils réclamaient. Le Tribunal a estimé qu’ils n’avaient pas démontré l’existence d’un préjudice financier distinct et précisément évaluable au-delà de l’absence temporaire des virements.

En revanche, les juges ont ordonné à la banque de procéder immédiatement au transfert des sommes encore disponibles sur la provision bloquée afin que les bénéficiaires puissent enfin disposer de l’argent destiné à leurs études. Par ailleurs, le tribunal a condamné ENERGY SARL aux dépens.

Une nouvelle jurisprudence pour sécuriser le financement des études à l’étranger 

Au-delà du cas des deux étudiants, cette décision apporte une clarification significative pour les familles béninoises qui financent des études à l’étranger.

Par ce jugement, le Tribunal rappelle qu’une attestation bancaire ne remplace pas un ordre de paiement prévu par le contrat. Il appelle également les familles et les étudiants à vérifier avec rigueur les engagements des prestataires avant d’entamer toute procédure de visa ou de financement des études à l’étranger.

Cette décision enrichit ainsi la jurisprudence béninoise en matière de services bancaires et de financement des études internationales. Elle pourrait désormais constituer une référence pour les litiges futurs portant sur les obligations respectives des banques et des intermédiaires chargés d’assurer les virements destinés aux étudiants.

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