Lutte contre la corruption : Vlavonou distingué par la GOPAC

Cotonou, 19 janvier 2026 – Le Président de l’Assemblée nationale du Bénin, Louis Gbèhounou Vlavonou, a reçu ce lundi une distinction honorifique décernée par l’Organisation mondiale des parlementaires contre la corruption (GOPAC), en reconnaissance de son engagement et de ses contributions remarquables dans la lutte contre la corruption.

La cérémonie s’est déroulée dans la matinée, en marge de la traditionnelle montée des couleurs, un rituel devenu emblématique depuis le début de la 8ᵉ législature, en présence du personnel civil et militaire de l’institution parlementaire.

Assemblée Nationale du Bénin
© Assemblée Nationale du Bénin

Une reconnaissance internationale renouvelée

Cette distinction de la GOPAC intervient après une première reconnaissance accordée au Président Vlavonou par le Réseau des parlementaires africains pour la lutte contre la corruption (APNAC). Le trophée lui a été officiellement remis par Fabrice Fofonsi, Directeur exécutif de l’APNAC, saluant ainsi un leadership parlementaire engagé en faveur de la transparence et de la bonne gouvernance.

 

Assemblée Nationale du Bénin
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Un hommage dédié au Président Patrice Talon et à l’ensemble du Parlement

Prenant la parole, Louis Gbèhounou Vlavonou a exprimé sa gratitude avec humilité.
« Si cette distinction me touche personnellement, je la perçois avant tout comme la reconnaissance d’un effort collectif », a-t-il déclaré.

Il a tenu à dédier ce trophée au Président Patrice Talon, qu’il a qualifié de champion de la lutte contre la corruption au Bénin, tout en soulignant que cette reconnaissance appartient également à l’ensemble des députés et des fonctionnaires parlementaires.

Pour lui, le cadre symbolique de la cérémonie n’était pas anodin :
« Recevoir ce trophée lors de la montée des couleurs est un symbole fort. Ce drapeau qui flotte au-dessus de nous nous rappelle notre devoir sacré de servir la Nation avec une éthique irréprochable », a-t-il affirmé.

Assemblée Nationale du Bénin
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Un combat collectif pour la bonne gouvernance

Le Président de l’Assemblée nationale a rappelé que la lutte contre la corruption ne saurait être une fin en soi ni un simple discours.
Il a insisté sur le fait que ce prix constitue avant tout une exhortation à aller plus loin, à renforcer les actions engagées et à faire de l’intégrité le socle de l’action parlementaire.

Selon lui, la lutte pour l’intégrité est un combat quotidien, fondé sur des valeurs de probité, de responsabilité et d’exemplarité, que chaque acteur public doit promouvoir au service des citoyens et de l’Afrique tout entière.

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Des réformes saluées au-delà des frontières

La cérémonie a également été marquée par l’intervention de Prémael Ogboni, Directeur du Département du protocole et de la coopération de l’Assemblée nationale. Il a souligné que ces distinctions successives traduisent une reconnaissance internationale des réformes politiques et administratives engagées sous le leadership de Louis Gbèhounou Vlavonou.

Parmi les avancées notables figurent le renforcement des mécanismes de contrôle des marchés publics, la modernisation de la gestion financière, la signature d’un accord de coopération avec la Cour des comptes, ainsi que le rôle accru du Parlement dans le contrôle des finances publiques.

Autant de réformes qui placent désormais la transparence et la redevabilité au cœur de la gestion des affaires publiques, contribuant à renforcer la crédibilité de l’institution parlementaire béninoise sur la scène internationale.

Toucountouna : un pas de plus vers l’accès à l’eau potable

Au cœur de l’Atacora rural, une révolution silencieuse coule désormais des robinets. Longtemps prisonnière des maladies hydriques et de la pénible corvée d’eau, la commune de Toucountouna tourne définitivement la page des eaux insalubres. Grâce à une offensive hydraulique d’envergure, l’eau potable n’y est plus un luxe, mais le moteur d’une nouvelle dignité humaine.

 

La fin d’une époque de souffrance

Il y a encore peu de temps, le quotidien à Peperkou ou à Kouarfa rimait avec de longues marches vers des sources non protégées. « Nous buvions l’eau des marigots », se souvient avec émotion un chef de village. Les conséquences étaient lourdes : diarrhées, dépenses de santé exorbitantes et un temps infini perdu par les femmes et les enfants sur les sentiers de la soif.

Aujourd’hui, le paysage a changé. Près de 600 bornes-fontaines et plus de 740 branchements particuliers irriguent désormais la commune. Sous l’impulsion de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (ANAEPMR), des infrastructures modernes ont remplacé les installations vétustes, garantissant ainsi une eau traitée et disponible à prix social.

 

Une prouesse technique au service du citoyen

L’épine dorsale de ce changement est le Système d’Adduction d’Eau Potable multi-villages (SAEPmV) de Kouba. Ce complexe technique impressionnant dessert le pôle Kouba–Kouarfa–Peperkou–Wabou. Pour sécuriser la distribution, rien n’a été laissé au hasard :

  • Production : deux forages neufs et une électropompe puissante.
  • Sécurité énergétique : un branchement au réseau SBEE appuyé par un groupe électrogène de 50 kVA pour parer à toute coupure.
  • Qualité : une unité de chloration avec pompes doseuses pour une eau saine à 100 %.
  • Stockage : un imposant château d’eau de 100 m³, culminant à 15 mètres de hauteur.

Cette eau de qualité est vendue au tarif abordable de 15 francs CFA le bidon de 25 litres, un coût jugé juste par les usagers pour entretenir ce service vital.

 

Plus qu’une boisson, un levier de développement

Les impacts de cette métamorphose dépassent largement la simple santé publique. En réduisant le temps de la corvée d’eau, Toucountouna libère des bras pour les activités génératrices de revenus et permet aux enfants de rejoindre les bancs de l’école plutôt que les puits.

L’économie locale en profite également. La gestion du réseau a favorisé la création d’emplois qualifiés : des électromécaniciens, des hydrauliciens et des fontainiers animent désormais ce secteur stratégique. Ce succès repose sur un partenariat public-privé efficace : l’État assure le pilotage et le contrôle, tandis qu’un opérateur privé veille à la maintenance quotidienne du service.

 

Le défi de l’adoption définitive

Pourtant, le combat n’est pas totalement fini. À Kouba, les fontainières soulignent un dernier obstacle : l’habitude. Certaines familles utilisent encore, par réflexe, des sources gratuites mais polluées. « Il faut renforcer la sensibilisation via les crieurs publics et les réseaux sociaux », plaide une actrice de terrain pour ancrer l’abandon définitif des eaux insalubres.

À Toucountouna, la victoire sur l’insalubrité est totale. C’est la preuve éclatante qu’une politique publique rigoureuse peut également transformer un désert sanitaire en une oasis de progrès, rendant à l’Atacora rural sa santé et sa fierté.

Ouidah 2026 : Infrastructures, Hôtel Dhawa et Temple du Python

Ouidah, 6 décembre 2025 — À l’aube des Vodun Days 2026, la cité historique de Ouidah bouillonne. Entre l’inauguration imminente d’infrastructures hôtelières de luxe, la rénovation des lieux de mémoire et l’édification de sanctuaires éphémères, la ville réussit le pari de la modernisation sans trahir son âme. Plongée dans les coulisses d’une cité en pleine mutation.

Ouidah ne dort plus. À quelques jours des manifestations officielles, la ville se transforme sous nos yeux. Ici, le béton des nouveaux complexes touristiques côtoie la terre sacrée des couvents, dans un ballet où chaque geste semble répondre à une nécessité : s’adapter au monde sans rompre avec les divinités.

Temple du Python
© Temple du Python
Temple du Python
© Temple du Python

Le Python Royal s’installe à Fonsramè

Le chantier du Temple du Python Royal, monument emblématique de la place Dangbé, suit son cours. Mais, la tradition n’attend pas la fin des travaux. Pour que les manifestations des Vodun Days 2026 conservent toute leur puissance spirituelle, une solution exceptionnelle a été trouvée.

En un temps record, un temple éphémère est sorti de terre au sein du Couvent Hêhounli, à Fonsramè. Cet espace provisoire a été conçu pour abriter les pythons sacrés le temps des célébrations. C’est là toute la résilience de la culture Vodun : savoir bâtir dans l’urgence un sanctuaire capable d’accueillir le sacré, prouvant que la foi peut se loger ailleurs que dans la pierre, pourvu que le rite demeure.

Dhawa : Le nouveau visage de l’hôtellerie de luxe

Pendant que les initiés s’activent à Fonsramè, l’économie touristique, elle, prend son envol sur la côte. Le lundi 05 janvier, sous le soleil de l’après-midi, le Village artisanal de la Marina, situé sur la plage de Djègbadji, a prêté son décor à un événement majeur : la présentation officielle de l’Hôtel Dhawa.

En présence d’un parterre de personnalités et d’acteurs clés du secteur, le projet a dévoilé des ambitions à la mesure du nouveau Bénin. Ce complexe 4 étoiles, dont l’ouverture est désormais imminente, promet de redéfinir les standards de l’accueil dans la cité des Kpassè. L’Hôtel Dhawa n’est pas qu’un bâtiment de plus ; il est le symbole d’une ville qui se donne les moyens de ses ambitions mondiales.

L’établissement se veut à la fois décontracté et contemporain. Composé de 132 chambres, « Dhawa Ouidah » propose une gamme complète de services haut de gamme. D’ailleurs, sa force réside dans un équilibre subtil : un design original et un confort absolu, boostés par une technologie intégrée de pointe pour offrir aux visiteurs une expérience de séjour unique, tout en restant profondément ancré dans le paysage balnéaire béninois.

Fort Portugais,
© Fort Portugais,
Fort Portugais,
© Fort Portugais,

Le Fort Portugais : la mémoire en héritage

Un peu plus loin, au cœur de la ville, le silence se fait plus solennel. Le Fort Portugais, témoin muet des siècles de traite négrière, achève sa mue. Entièrement rénové entre 2020 et 2024, ce vestige chargé d’histoire attend désormais son inauguration officielle.

Le monument abrite désormais le Musée International de la Mémoire de l’Esclavage (MIME). Ce sanctuaire mémoriel ne se contente plus de raconter le passé ; il se prépare également à devenir un passage obligé pour quiconque veut comprendre la blessure et la résilience du peuple béninois.

 

Célébrer sans renoncer

Ouidah en 2026 offre un spectacle fascinant de dualité. D’un côté, le luxe feutré du Dhawa et la rigueur muséale du Fort Portugais ; de l’autre, la ferveur spirituelle d’un temple de python construit en quelques jours.

S’adapter sans rompre, préserver sans interrompre : tel semble être le mot d’ordre de cette édition. Alors que les projecteurs des Vodun Days s’apprêtent à s’allumer, la cité prouve qu’elle peut être à la fois une vitrine touristique de premier plan et le gardien farouche de ses mystères ancestraux.

Bénin : l’opération des putschistes tourne au « coup de 45 minutes »

Cotonou, 8 décembre 2025 À l’aube du 7 décembre 2025, un silence brutal a figé les rues de Cotonou, capitale économique du Bénin. En effet, le bourdonnement incessant des motos-taxis et le commerce effervescent du marché Dantokpa ont été brutalement remplacés par le grondement sourd des coups de feu. Un groupuscule de militaires dissidents tentait de renverser l’ordre établi, déclenchant une alerte nationale qui a rapidement tourné au fiasco.

Moins de quatre heures après leur irruption à la télévision publique, les putschistes ont été neutralisés, et le président Patrice Talon a réaffirmé son autorité depuis le palais présidentiel. Cependant, ce coup d’État raté, le plus bref de l’histoire récente de l’Afrique de l’Ouest, soulève des questions sur les fissures internes de l’armée béninoise et les tensions politiques persistantes dans ce bastion de la démocratie ouest-africaine. Retour exhaustif sur une journée qui a failli basculer dans le chaos.

Une aube de tension : les premières détonations et l’assaut raté

 

Tout a commencé vers 4 heures du matin, heure locale, au cœur de Cotonou. Des tirs sporadiques ont retenti dans le quartier stratégique de Camp Guézo, qui abrite une importante base militaire et se trouve à proximité immédiate du Palais de la Marina, siège de la présidence de la République. La ville portuaire, vibrant d’une énergie cosmopolite, a vu ses axes majeurs bloqués. Selon des témoins contactés sur place, une dizaine d’hommes en uniforme, armés de fusils d’assaut AK-47, ont tenté de forcer l’entrée de la résidence présidentielle. À 7 h 15, l’Ambassade de France à Cotonou a relayé sur les réseaux sociaux une alerte sécuritaire :

« Des coups de feu ont éclaté au Camp Guézo, près du domicile du président de la République. Nous invitons les Français à rester chez eux par mesure de sécurité. »

Pendant ce temps, l’autre front de l’assaut se jouait à quelques kilomètres de là. Un commando restreint – estimé à une vingtaine d’hommes – a forcé l’entrée des studios de l’Office de Radiodiffusion et de Télévision du Bénin (ORTB), la chaîne nationale, dans le quartier Akpakpa. À 6 h 30 précises, huit officiers et sous-officiers, menés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri – un vétéran de 48 ans connu pour ses critiques sur la gestion sécuritaire au nord du pays –, ont investi les studios et interrompu la programmation. Ils se sont autoproclamés « Comité Militaire pour la Refondation » (CMR).

Le "coup de 45 minutes" qui a secoué Cotonou. Retour sur l'échec du putsch au Bénin et l'analyse des fractures internes (armée, politique) dans ce bastion de la démocratie ouest-africaine.
© Le "coup de 45 minutes" qui a secoué Cotonou. Retour sur l'échec du putsch au Bénin et l'analyse des fractures internes (armée, politique) dans ce bastion de la démocratie ouest-africaine.

Les griefs du CMR : sécurité, injustice et remise en cause des libertés

 

Dans une déclaration lue d’une voix ferme, Tigri a proclamé : « M. Patrice Talon est démis de ses fonctions de président de la République. » Les putschistes invoquaient une litanie de griefs : la « dégradation continue de la situation sécuritaire au nord du Bénin » face aux incursions jihadistes ; la « négligence envers les soldats tombés au front » ; des « promotions injustes » ; et une « remise en cause déguisée des libertés fondamentales ». Le communiqué annonçait également la suspension de la Constitution révisée en novembre 2025, la dissolution de toutes les institutions d’État et la fermeture des frontières, avant que l’écran ne passe au noir.

Le "coup de 45 minutes" qui a secoué Cotonou. Retour sur l'échec du putsch au Bénin et l'analyse des fractures internes (armée, politique) dans ce bastion de la démocratie ouest-africaine.
© Le "coup de 45 minutes" qui a secoué Cotonou. Retour sur l'échec du putsch au Bénin et l'analyse des fractures internes (armée, politique) dans ce bastion de la démocratie ouest-africaine.

La riposte fulgurante : loyauté de l’armée et arrestations express

La réponse du pouvoir n’a pas tardé. Dès 8 h, des unités de la Garde républicaine – corps d’élite chargé de la protection du chef de l’État – ont lancé une contre-offensive coordonnée. Les loyalistes, mieux équipés et numériquement supérieurs, ont immédiatement concentré leurs efforts sur la capitale économique. Comme l’a souligné le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Bakari, interrogé par des agences internationales : « Une grande partie de l’armée, la Garde nationale, est toujours loyale au président et contrôle la situation. »

 

Des unités de la Garde républicaine, commandées par le général de division Abou Issa, ont encerclé le bâtiment de l’ORTB dans le quartier Akpakpa. Bien que des échanges de tirs sporadiques aient été rapportés, l’opération a été rapide : en effet, à 8 h 45, la transmission des putschistes était coupée, après une occupation d’à peine plus de deux heures. Immédiatement, treize militaires ont été arrêtés sur place, dont plusieurs officiers subalternes. Par ailleurs, parmi eux, un sous-lieutenant déjà radié des effectifs pour indiscipline, selon une source proche du dossier. Toutefois, le lieutenant-colonel Tigri, figure centrale du complot, reste en fuite, traqué par les autorités qui ont lancé un mandat d’arrêt national et une récompense de 50 millions de FCFA.

Le Ministre de l’Intérieur officialise l’échec du putsch à 9 h 30.

 

À 9 h 30, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, prenait l’antenne pour officialiser l’échec du putsch. Il a déclaré, le ton martial mais rassurant, que le groupuscule n’avait pu prendre ni la résidence présidentielle ni les centres de commandement clés. Le président Talon, dont la sécurité avait été confirmée dès les premières heures, est rentré au palais sous escorte renforcée.

La réponse régionale et les frappes nigérianes

 

L’événement n’est pas resté confiné aux frontières béninoises, provoquant une riposte régionale musclée. Dès 11 h, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a réagi avec une célérité inhabituelle, ordonnant le « déploiement immédiat » de troupes en provenance du Nigeria, de Sierra Leone, de Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir l’ordre constitutionnel. D’ailleurs, la présidence nigériane est allée plus loin : à 14 h, elle confirmait avoir lancé des frappes aériennes ciblées sur Cotonou, à la demande expresse de Talon.

Des jets nigérians ont décollé de la base de Lagos, larguant des munitions sur des caches présumées dans la banlieue ouest de la ville. Ces explosions, qualifiées de « sauvegarde de l’ordre constitutionnel », ont été entendues en fin d’après-midi, près des casernes de la Garde nationale, semant une brève panique parmi les riverains.

Remy Agblo, un commerçant de 62 ans, y voyait un écho du passé : « Aujourd’hui, c’est comme si je revivais ce que nos parents ont vécu en 1972, avec le dernier vrai coup d’État. Heureusement que ça a été déjoué vite. »

Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahamoud Ali Youssouf, a pour sa part condamné « fermement et sans équivoque » la tentative, soulignant l’inquiétude régionale face à la vague de coups d’État qui a secoué le Sahel.

Bénin : l’aide discrète et la coordination diplomatique

 

Sur le plan diplomatique, le rôle de coordinateur de Paris dans la sous-région n’a pas tardé à se manifester. Un appel téléphonique entre le président français Emmanuel Macron et  son homologues nigérian Bola Tinubu, survenu en matinée, a permis aux observateurs d’interpréter l’événement comme un feu vert implicite à l’intervention.

Des sources évoquent par ailleurs une aide cruciale de la France via ses services de renseignement. Pendant toute l’après-midi, un avion de surveillance de l’armée française, un Beechcraft Air King 350 (capable de brouiller les lignes et de transmettre les positions stratégiques en temps réel), a décollé de l’aéroport de Cotonou. Il a ensuite effectué des cercles au-dessus de la capitale. Un autre avion militaire, très utilisé par l’armée française, a aussi décollé d’Abidjan pour le Bénin et a coupé son radar avant de se poser à Cotonou.

Enfin, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « profondément préoccupé » tandis que les États-Unis, via leur ambassade à Abidjan, saluaient la « réponse rapide des institutions béninoises » et promettaient un soutien logistique via l’AFRICOM.

Le "coup de 45 minutes" qui a secoué Cotonou. Retour sur l'échec du putsch au Bénin et l'analyse des fractures internes (armée, politique) dans ce bastion de la démocratie ouest-africaine.
© Le "coup de 45 minutes" qui a secoué Cotonou. Retour sur l'échec du putsch au Bénin et l'analyse des fractures internes (armée, politique) dans ce bastion de la démocratie ouest-africaine.

Le discours de Talon : une mise au point ferme et des promesses d’enquête

C’est en soirée, vers 20 h, que Patrice Talon a brisé son silence. Apparu en direct sur Benin TV depuis le Palais de la Marina à Cotonou, le chef de l’État a multiplié les gestes rassurants.

« La situation est totalement sous contrôle. La sécurité et l’ordre public seront maintenus partout sur le territoire national », a-t-il déclaré d’une voix posée, saluant les « forces armées restées fidèles à leur serment républicain ».

Il a qualifié l’épisode de « forfaiture d’une gravité extrême de certains aventuriers », promettant que « cette aventure ne restera pas impunie » et évoquant des « acteurs politiques » tapis dans l’ombre, sans les nommer.

Talon a ensuite évoqué l’étendue de l’enquête en cours : interrogatoires des 13 détenus, perquisitions dans les casernes, et collaboration avec la CEDEAO pour traquer les fuyards.

« Le Bénin reste une démocratie stable. Ceux qui rêvent de plonger notre pays dans le chaos rencontreront toujours la ferme résistance de nos institutions et de notre peuple », a-t-il martelé, avant de conclure par un vibrant « Vive la République, vive le Bénin ! »

 

Contexte : un Bénin sous tension depuis des mois

 

Pour comprendre ce putsch avorté, il faut remonter aux racines des frustrations. Le Bénin, longtemps considéré comme un modèle de stabilité démocratique post-coloniale en Afrique de l’Ouest, traverse une période de frictions internes profondes. Depuis son accession au pouvoir en 2016, Patrice Talon – l’ancien magnat du coton surnommé le « Résilient » – a certes imposé un train de réformes musclées (numérisation, lutte contre la corruption), mais à un coût démocratique élevé.

Sa réélection en 2021, lors d’un scrutin largement boycotté par l’opposition, a entraîné une série de mesures perçues comme autoritaires. Il a notamment validé, en novembre 2025, une révision constitutionnelle qui allonge le mandat présidentiel et suspend les activités des partis politiques pendant six mois. À cela s’ajoutent la disqualification du principal parti d’opposition des joutes électorales de 2026 et l’emprisonnement de plusieurs leaders politiques.

 

L’armée, pilier traditionnel du régime, n’est pas en reste. Les griefs sont clairs : promotions opaques, et retards de paiement des indemnités aux veuves de soldats tués au front. Pascal Tigri, le cerveau présumé, est un officier aguerri des opérations au Pendjari, où il a perdu des camarades face aux djihadistes. Son appel à la « refondation » résonne directement avec les coups d’État récents au Sahel (Mali, Burkina, Niger), même si le Bénin a toujours résisté à cette vague. Ces fissures, tant civiles que militaires, suggèrent aussi que sans un dialogue inclusif et une résolution des problèmes de gouvernance au sein de l’armée, le risque de récidive demeure plus que probable.

 

Conséquences : une ville qui reprend son souffle

 

À la tombée de la nuit, Cotonou exhalait un mélange de soulagement et d’appréhension. Mais, ce lundi matin, Cotonou respirait un calme relatif. Les autorités ont levé certains barrages, les hélicoptères ont regagné leurs bases et le port – poumon économique – a repris ses activités. Pourtant, la capitale s’est vidée plus tôt que d’habitude, les familles optant pour la prudence. Sur le plan judiciaire, les enquêtes s’annoncent musclées. Talon a promis que « cette aventure ne restera pas impunie », évoquant des peines exemplaires pour dissuader d’éventuels imitateurs. Internationalement, l’épisode renforce l’image d’un Bénin résilient, cependant expose les failles d’une CEDEAO en perte d’autorité face aux juntes.

 

Bénin : l’avertissement du « coup de 45 minutes »

 

Finalement, le 7 décembre 2025 restera comme un avertissement : dans un Bénin où la démocratie est un acquis fragile, forgé dans le sang des transitions pacifiques des années 1990, les armes peuvent encore parler. Patrice Talon, affaibli mais debout, a gagné une bataille, mais la guerre pour la cohésion nationale ne fait que commencer. Le pays, porte d’entrée de l’Afrique de l’Ouest, ne peut se permettre une autre secousse. Pour l’heure, les Béninois, pragmatiques, reprennent le fil de leur quotidien, espérant que ce « coup de 45 minutes » – comme l’ont surnommé les réseaux sociaux – soit le dernier. En Afrique de l’Ouest, la démocratie est un équilibre précaire, maintenu par la vigilance des institutions et la solidarité des voisins. Pour l’heure, le Bénin respire. Mais les ombres du lendemain planent déjà.