Bénin : un professeur condamné à 10 ans de prison pour viol sur mineure

Cotonou, 31 mars 2026 – La condamnation d’un enseignant-chercheur de l’université d’Abomey-Calavi pour viol sur mineure continue de provoquer une onde de choc dans le monde universitaire béninois. Au-delà du verdict judiciaire, l’affaire soulève des questions plus larges sur la responsabilité des enseignants, la protection des étudiants et l’éthique dans les institutions d’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest.

Le tribunal de première instance d’Abomey-Calavi a condamné le professeur Marcel Houinato à dix ans de réclusion criminelle, assortis d’une amende et de dommages et intérêts au profit de la victime. Une décision judiciaire qui marque la fin d’un procès particulièrement suivi par l’opinion publique.

 

Une affaire emblématique de violences sur mineurs

Selon les éléments du dossier judiciaire, les faits concernaient une mineure en situation de vulnérabilité. La position d’autorité de l’accusé et la situation personnelle de la victime ont constitué des circonstances aggravantes dans l’appréciation de l’affaire par la justice.

Cette affaire a été portée devant les tribunaux avec le soutien d’organisations de défense des droits des enfants et du ministère public, ce qui a contribué à en faire un dossier emblématique dans la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs au Bénin.

Le verdict rendu par la justice béninoise est perçu par plusieurs observateurs comme un signal fort contre l’impunité, notamment lorsque les accusations concernent des personnalités occupant des positions de responsabilité.

 

Une carrière universitaire brisée

Avant cette affaire judiciaire, le professeur exerçait à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi, l’une des principales institutions universitaires du Bénin. Il avait participé à plusieurs projets de recherche et encadré de nombreux étudiants en master et en doctorat.

Sa condamnation marque ainsi une chute brutale pour un universitaire jusque-là reconnu dans son domaine académique. Cette situation rappelle que la responsabilité des enseignants ne se limite pas à la transmission du savoir, mais inclut également une obligation d’exemplarité et de protection des étudiants.

 

L’université face aux questions d’éthique et de protection des étudiants

Au-delà du cas individuel, cette affaire relance le débat sur les mécanismes de protection des étudiants, en particulier des jeunes filles et des mineurs, dans les établissements d’enseignement supérieur. Plusieurs acteurs du monde éducatif estiment que les universités doivent renforcer les dispositifs de prévention, de signalement et de sanction en matière de harcèlement et de violences sexuelles.

Dans de nombreux pays africains, ces questions restent sensibles et souvent peu médiatisées. Toutefois, des affaires judiciaires comme celle-ci contribuent progressivement à libérer la parole et à renforcer les mécanismes de protection des victimes.

 

Une décision judiciaire aux répercussions sociales

La condamnation prononcée par la justice béninoise dépasse donc le cadre d’une simple affaire pénale. Elle envoie un message sur la protection des mineurs, la responsabilité des élites intellectuelles et la nécessité de lutter contre les violences sexuelles dans tous les milieux, y compris universitaires.

Pour de nombreux observateurs, cette décision pourrait marquer un tournant dans la manière dont les institutions académiques abordent les questions d’éthique, de pouvoir et de protection des étudiants.

Affaire Aurélie Guézo : Vers un dénouement judiciaire à la CRIET

À Porto-Novo, l’étau se desserre autour de la comédienne Aurélie Guézo. Poursuivie pour une présumée escroquerie via internet, l’actrice de la troupe « Sèmako » a vu le ministère public demander sa détention ce jeudi 26 mars 2026. Entre failles numériques et doutes judiciaires, le parquet spécial de la CRIET semble privilégier la prudence.

 

C’est un dossier qui tenait en haleine les fans de « Pipi Wobaho » et d’« Éléphant Mouillé ». Aurélie Guézo, figure familière du théâtre populaire béninois, entrevoit enfin le bout du tunnel judiciaire. Après des mois d’une procédure éprouvante, le représentant du parquet spécial a surpris l’auditoire en demandant une relaxe au bénéfice du doute.

 

Le piège de la carte SIM ?

Au cœur de cette affaire se trouve une problématique de plus en plus fréquente au Bénin : la responsabilité liée à l’enregistrement des cartes SIM. L’enquête, pilotée par le Centre national d’investigations numériques (CNIN), avait remonté la trace d’un numéro de téléphone impliqué dans une fraude ciblant une institution publique. Le hic est que ce numéro était enregistré au nom de la comédienne.

Cependant, lors de l’audience, la solidité des preuves a vacillé. Le signal est sans équivoque : le parquet estime désormais que les charges sont insuffisantes pour établir une culpabilité certaine.

« Parrainer une ligne téléphonique ne fait pas de vous, d’office, un cybercriminel », semble admettre à demi-mot l’accusation.

 

Une défense misant sur le « profil réel »

Pour Me Omer Tchiakpé, l’avocat de la défense, sa cliente est une victime collatérale d’un système qui la dépasse. Plaidant pour une relaxe pure et simple, le conseil a insisté sur un argument de poids : le décalage entre le niveau d’instruction de l’actrice et la sophistication technique nécessaire pour orchestrer une telle escroquerie en ligne.

En plus de l’abandon des poursuites, la défense exige la restitution de la caution de 500 000 FCFA versée en janvier dernier pour sa mise en liberté provisoire. Pour elle, Aurélie Guézo n’est qu’un nom associé à une fraude dont les véritables auteurs courent toujours dans l’ombre du web.

 

Un verdict attendu pour la fin avril

Bien que les réquisitions du parquet soient favorables à la prévenue, le dernier mot revient aux juges de la CRIET. La cour a mis le dossier en délibéré et rendra sa décision finale le 30 avril 2026.

Ce procès repose sur la question de la sécurité des données personnelles au Bénin. À l’heure où la lutte contre la cybercriminalité s’intensifie, cette affaire rappelle que la justice, même sous la pression de la répression numérique, sait faire preuve de discernement lorsque l’incertitude plane.

Au-delà du cas Aurélie Guézo, cette affaire met aussi en lumière les risques liés au parrainage et à l’enregistrement des cartes SIM. Avant de prêter votre nom ou vos documents pour un parrainage, assurez-vous de connaître les implications légales et de protéger vos données personnelles. La vigilance reste la meilleure protection pour éviter d’être associé, malgré vous, à des pratiques frauduleuses.

Bénin : procès Kansou à la CRIET, un test pour la liberté d’expression numérique

À CRIET, le silence de la salle d’audience tranche avec l’intensité des débats. Ce mardi 17 mars 2026, le procès de Julien Kandé Kansou, membre de la cellule de communication du parti Les Démocrates, a franchi une étape décisive. Le ministère public a requis deux ans de prison ferme et une amende de 10 millions de FCFA. En toile de fond : une question sensible, celle des limites de la parole politique à l’ère numérique.

Une affaire au croisement du politique et du numérique

Derrière les qualifications juridiques — harcèlement par voie électronique et incitation à la rébellion — se dessine un dossier éminemment politique. Selon l’accusation, les propos de l’intéressé s’inscriraient dans une dynamique de contestation susceptible de troubler l’ordre public.

Au cœur du dossier, des critiques adressées à un membre du gouvernement, notamment autour d’un projet de taxation de la connexion Internet. Des prises de position qui, pour le parquet, dépasseraient le cadre du simple commentaire pour relever d’une infraction pénale.

 

Le ministère public durcit le ton.

Dès l’ouverture de l’audience, le ton est donné. Le ministère public demande à la Cour de retenir le prévenu dans les liens de la prévention. Pour l’accusation, les faits reprochés ne souffrent d’aucune ambiguïté : ils constitueraient une utilisation abusive des outils numériques à des fins de pression et de mobilisation.

Dans une argumentation structurée, le parquet insiste sur la nécessité de réguler les dérives en ligne, dans un contexte où les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la formation de l’opinion publique.

 

La défense invoque le débat démocratique.

Face à ces réquisitions, la riposte des avocats ne se fait pas attendre. Me Barnabé Gbago et Me Augustin Aballo plaident la relaxe pure et simple.

Selon eux, leur client n’a fait qu’exercer un droit fondamental : celui de critiquer l’action gouvernementale. Ils s’appuient notamment sur les textes encadrant le statut de l’opposition au Bénin, qui garantissent la liberté d’expression dans le cadre du débat public.

Pour la défense, transformer une opinion politique en infraction pénale reviendrait à fragiliser l’équilibre démocratique.

 

Une parole personnelle qui humanise le dossier

Prenant brièvement la parole, Julien Kandé Kansou rappelle avoir déjà passé neuf mois en détention. Un élément qui, au-delà des considérations juridiques, introduit une dimension humaine dans une affaire hautement politisée.

Dans une salle attentive, il évoque l’éloignement familial et le poids du temps, donnant au procès une résonance plus intime.

 

Un verdict très attendu

Le délibéré est fixé au 28 avril 2026. D’ici là, l’affaire continuera d’alimenter les discussions, bien au-delà des murs du tribunal.

Car ce procès dépasse le seul cas de Julien Kandé Kansou. Il pose une question plus large : jusqu’où peut aller la critique politique dans l’espace numérique sans basculer dans l’illégalité ?

Dans un pays où le débat public se redessine à l’ère digitale, la décision de la CRIET pourrait bien faire jurisprudence.

État de droit : Quand la doctrine béninoise séduit l’espace francophone

À Cotonou, l’heure est à la célébration de « l’intelligence juridique ». Le lundi 2 mars 2026, la Professeure Dandi Gnamou a ouvert les portes de la Haute Cour de Justice au Dr Rostov Gilbert Kingbe. Derrière cette audience protocolaire se cache une victoire symbolique pour la recherche africaine : le sacre du premier prix « Président Mamadou Badio Camara ».

 

Dans le milieu feutré du droit public, les distinctions sont rares et chèrement acquises. En recevant le Dr Rostov Gilbert Kingbe, la présidente de la Haute Cour de Justice, Dandi Gnamou, n’a pas seulement apprécié un compatriote ; elle a aussi rendu hommage à une excellence académique qui dépasse désormais les frontières du Bénin pour rayonner sur l’ensemble de l’espace francophone.

La Haute Cour de Justice du Bénin
© La Haute Cour de Justice du Bénin

Le « Prix Badio Camara » : un baptême du feu réussi

Pour cette édition inaugurale lancée par l’Association Africaine des Hautes Juridictions Francophones (AA-HJF), le jury n’a pas fait dans la demi-mesure. Le lauréat, pur produit de l’Université d’Abomey-Calavi, a été récompensé pour une analyse pointue consacrée au quart de siècle de la Déclaration de Bamako.

Ainsi, ce prix souligne la pertinence des réflexions du Dr Kingbe sur les mécanismes de la démocratie et de l’État de droit en Afrique. D’autre part, il vient couronner un travail scientifique rigoureux, capable de proposer des solutions concrètes aux défis institutionnels du continent.

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© La Haute Cour de Justice du Bénin

Une synergie entre mentorat et mérite

L’audience de ce lundi revêtait une dimension particulière : celle de la reconnaissance. Le jeune docteur est venu présenter son trophée à celle qui incarne l’une des plus hautes instances juridiques du pays.

« Ce succès est le fruit d’un engagement sans faille pour l’intégrité et la rigueur », a souligné le Pré Dandi Gnamou .

Pour la Présidente, ce parcours doit servir de boussole à la jeunesse intellectuelle du continent. En encourageant le lauréat à persévérer dans cette voie, elle rappelle que le droit n’est pas qu’une affaire de textes, mais de conviction et de service public.

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© La Haute Cour de Justice du Bénin

Pourquoi cette distinction compte pour l’Afrique ?

À l’heure où les systèmes judiciaires africains cherchent à renforcer leur crédibilité, l’émergence de figures comme le Dr Kingbe constitue un signal fort. Elle prouve que les universités locales produisent des experts de classe mondiale, tandis que l’implication de l’AA-HJF renforce les ponts entre magistrats et théoriciens du droit. La Haute Cour de justice, en promouvant l’intégrité, place l’éthique au cœur de la réussite.

En définitive, cette rencontre entre une figure de proue de la magistrature et un brillant chercheur dessinant les contours d’une justice africaine plus décomplexée et résolument tournée vers l’avenir. Cotonou, par cette audience, confirme également son statut de laboratoire d’idées pour la gouvernance francophone.

Bénin : la famille de Candide Azannaï dénonce une détention arbitraire

Entre silence judiciaire et appel international, l’affaire Azannaï ravive le débat sur les libertés publiques.

À Cotonou comme dans plusieurs capitales africaines, les communiqués familiaux ne franchissent que rarement la barrière médiatique. Pourtant, celui rendu public par les proches de Candide Azannaï bouscule le silence ambiant.

Dans un texte publié ce matin, la famille affirme que les autorités détiennent l’ancien ministre depuis près de trois mois dans des conditions « contraires aux normes nationales et internationales ». Elle souligne que l’État n’a transmis aucune notification formelle d’accusation ni présenté le détenu devant un juge. Ses proches qualifient cette situation de « violation manifeste des droits fondamentaux ».

 

Une détention entourée de zones d’ombre

Selon les déclarations signées par Aaron Vinawadon Tolidji M. Azannaï, fils du détenu, l’homme de 67 ans serait maintenu en privation de liberté sans accès à une cellule conforme aux normes, ni aux conditions minimales d’hygiène et de repos.

Plus préoccupant encore, indique le communiqué, son état de santé fragile exige un suivi médical régulier, refusé à deux reprises par le procureur spécial compétent.

À ce stade, la famille assure qu’aucune charge précise n’a été officiellement notifiée, qu’aucune preuve n’a été présentée et qu’aucune date d’audience n’a été fixée. En conséquence, elle invoque le principe de présomption d’innocence, garanti par la Constitution béninoise et par plusieurs instruments juridiques internationaux.

 

Une affaire à forte portée politique

Au-delà du cas individuel, cette situation s’inscrit dans un contexte plus large marqué par des tensions récurrentes autour des libertés publiques au Bénin. Depuis plusieurs années, des organisations de défense des droits humains pointent des restrictions croissantes de l’espace civique, notamment en matière d’expression politique et médiatique.

Dès lors, l’affaire Azannaï prend une dimension symbolique. Pour ses soutiens, elle illustrerait un usage contesté de l’appareil judiciaire. Pour les autorités, en revanche, toute procédure relèverait du strict cadre légal.

En filigrane, une question demeure : comment concilier impératif sécuritaire, stabilité institutionnelle et respect scrupuleux des garanties fondamentales ?

 

Un appel à la communauté internationale

Face à ce qu’elle considère comme une détention arbitraire, la famille en appelle aux organisations internationales de défense des droits humains, aux représentations diplomatiques et aux instances régionales et onusiennes.

Elle demande, soit la libération immédiate de l’intéressé, soit sa comparution rapide devant une juridiction compétente, dans le respect d’un procès public et équitable. Elle insiste également sur l’accès immédiat aux soins médicaux adaptés à son âge.

Cette interpellation vise à internationaliser le débat, dans l’espoir d’accroître la vigilance autour du dossier.

 

L’État de droit à l’épreuve

Le Bénin demeure, dans les textes, un État de droit fondé sur la séparation des pouvoirs et la garantie des libertés fondamentales. Toutefois, chaque affaire sensible met à l’épreuve cet équilibre institutionnel.

En définitive, au-delà des positions partisanes, c’est la crédibilité de la justice et la confiance des citoyens dans les institutions qui se trouvent en jeu. Car dans toute démocratie, la légitimité du pouvoir repose autant sur les urnes que sur le respect des droits individuels. À ce stade, les observateurs nationaux et internationaux scrutent avec attention l’évolution de ce dossier.

Bénin : L’ex-député Sounon Boké maintenu en prison par la CRIET

PORTO-NOVO (Bénin), 24 février 2026 — Pour Soumaïla Sounon Boké, le cauchemar judiciaire se prolonge. Ce mardi 24 février 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a douché les espoirs de l’ancien parlementaire de l’opposition, confirmant son maintien en détention pour un message posté sur les réseaux sociaux.

L’image est forte et symbolise la chute brutale d’un homme de pouvoir. Devant la barre, dépouillé de son écharpe tricolore et revêtu de l’uniforme réglementaire des prisonniers, l’ex-député du parti Les Démocrates est resté impassible. En quelques minutes, la juge a tranché : pas de liberté provisoire. Par ailleurs, le dossier est renvoyé au 24 mars prochain, prolongeant une incarcération qui dure depuis le 23 décembre 2025.

« C’est la fête » : les trois mots qui ont tout fait basculer

Tout commence le 7 décembre 2025. Alors qu’une rumeur de coup d’État s’empare de Cotonou et plonge le pays dans l’incertitude, Sounon Boké publie un court message dans un groupe WhatsApp privé : « C’est la fête ».

Pour les autorités béninoises, ces propositions ne sont pas anodines. Ainsi, le ministère public y voit une célébration de la déstabilisation des institutions. L’ancien élu est aujourd’hui poursuivi pour deux chefs d’accusation graves :

  • Apologie de crime contre la sûreté de l’État ;
  • Incitation à la rébellion.

 

La défense plaide le malentendu, l’accusation reste de marbre.

Pourtant, Soumaïla Sounon Boké maintient une version radicalement différente. Lors de ses auditions précédentes, il a également rejeté toute connotation politique, affirmant que ses propositions faisaient référence à de simples rétrouvailles amicales prévues ce jour-là. « Je me vois mal louer un coup de force », s’était-il défendu en janvier dernier.

Ses avocats ont vainement tenté de convaincre la cour ce mardi. Ils ont mis en avant son statut d’élu et son engagement formel à se présenter à chaque convocation. Mais face à l’opposition ferme du ministère public, le juge a balayé les arguments de la défense sans délibération apparente, laissant planer l’ombre d’une justice inflexible sur les dossiers de sûreté de l’État.

Un procès test pour la liberté numérique

L’affaire Boké dépasse le cadre d’un simple fait divers judiciaire. Elle pose aussi la question brûlante de la surveillance des réseaux sociaux et de l’interprétation des échanges privés par la justice béninoise. À l’approche du 24 mars, les observateurs des droits de l’homme scruteront de près l’issue de ce procès, alors que la frontière entre opinion privée et menace publique semble de plus en plus poreuse au Bénin.

Soumaïla Sounon Boké a désormais regagné sa cellule de la prison de Missérété, où il attendra, pendant encore un mois, de savoir si ses trois mots sur WhatsApp scelleront définitivement son destin politique.

Porto-Novo : ouverture du procès sur le décès de Rebecca Dossou

À Porto-Novo, l’ouverture d’un procès très attendu marque un tournant dans une affaire qui a profondément ému l’opinion publique. En effet, le mercredi 18 février 2026, le tribunal de première instance de première classe a examiné le dossier du décès de Rebecca Dossou, survenu à la suite d’une césarienne au Centre hospitalier universitaire départemental de l’Ouémé.

Quatre professionnels de santé comparaissent devant la justice. Trois d’entre eux sont poursuivis pour homicide involontaire. Le quatrième est mis en cause pour non-assistance à personne en danger.

Au-delà des qualifications pénales, c’est la question sensible de la responsabilité médicale qui se retrouve au cœur des débats.

 

Une affaire devenue symbole

Le décès de la jeune femme, intervenu après une intervention chirurgicale, avait provoqué une vive réaction au sein de la population. La prise de parole publique de son époux, dénonçant des manquements et des négligences présumées, avait amplifié l’émotion collective.

Dans un pays où les affaires liées à d’éventuelles fautes médicales aboutissent rarement devant les juridictions, l’ouverture de ce procès est en effet un signal fort : celui d’une justice prête à examiner, sans tabou, la conduite des acteurs du système de santé.

Le dossier ne se limite donc pas à un contentieux individuel. Il interroge la qualité des soins, les procédures d’urgence et la culture de reddition des comptes dans les établissements hospitaliers publics.

 

L’audience reportée, la tension maintenue

L’audience, ouverte en milieu d’après-midi, devait permettre d’entrer dans l’examen du fond. Mais à la demande du plaignant, souhaitant se constituer un avocat, les juges ont décidé de reporter les débats au 25 février 2026.

Ce renvoi, technique en apparence, prolonge l’attente des familles et maintient la pression autour d’un dossier devenu emblématique. Les quatre prévenus devront revenir devant la juridiction pour répondre aux accusations portées contre eux.

 

Entre justice et confiance dans l’hôpital

Dans l’opinion, l’affaire soulève une interrogation plus large : comment concilier la protection des patients et la sérénité nécessaire à l’exercice médical ?

Les professionnels de santé rappellent que toute intervention comporte des risques, en particulier dans des contextes où les infrastructures et les moyens humains sont parfois sous tension. Les défenseurs des droits des patients, eux, insistent sur la nécessité d’établir clairement les responsabilités en cas de faute ou de négligence.

Ce procès pourrait ainsi contribuer à clarifier les obligations des praticiens et à renforcer la confiance entre les citoyens et les structures sanitaires.

 

Un test pour l’État de droit

De nombreux observateurs voient dans la comparution des agents mis en cause un signe clair : le principe d’égalité devant la loi s’applique à tous, y compris aux professions longtemps jugées difficiles à poursuivre.

La justice doit désormais accomplir son travail, en respectant les droits de la défense et la présomption d’innocence. Les acteurs du secteur attendent une décision dans les prochaines semaines, et ils la scruteront bien au-delà des murs du tribunal de Porto-Novo.

Au-delà du verdict, le système de santé béninois adressera un message à l’ensemble du pays : il exige plus de rigueur, de transparence et de responsabilité.

Bénin : procès d’un ex-militaire français pour faux permis à la CRIET

C’est un dossier inhabituel qui s’est ouvert le lundi 16 février 2026 devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) à Porto-Novo. En effet, un ancien commandant des forces spéciales françaises à la retraite a comparu pour son implication présumée dans un réseau de falsification de documents administratifs béninois.

 

L’enceinte de la CRIET a servi de cadre, lundi, à une audience correctionnelle aux profils singuliers. Au centre des débats : R. F., ancien officier d’élite de l’armée française, aujourd’hui poursuivi pour l’établissement de faux permis de conduire sur le territoire béninois. Détenu sous mandat de dépôt, l’ex-militaire a dû s’expliquer sur des activités bien éloignées de son prestigieux passé sous les drapeaux.

 

Un réseau de falsification à 150 000 FCFA le document

Selon les éléments présentés à l’audience, les faux documents étaient vendus aux alentours de 150 000 FCFA. Le principal prévenu aurait perçu des commissions sur ces transactions. Lors des perquisitions à son domicile, les enquêteurs ont mis la main sur du matériel informatique ainsi que des enregistrements vidéo montrant la confection technique de ces titres de conduite falsifiés.

À la barre, l’ancien commandant, installé au Bénin depuis trois ans pour des motifs professionnels, a fermement nié être le cerveau de l’opération. S’il reconnaît avoir servi de facilitateur, il pointe du doigt un tiers qui serait, selon ses dires, le véritable organisateur de ce trafic.

 

Des profils internationaux dans le box des accusés

L’affaire ne concerne pas seulement l’ancien officier français. La chambre correctionnelle a entendu deux autres ressortissants étrangers, laissés libres durant la procédure : un homme d’affaires russo-belge, qui a rejeté catégoriquement l’utilisation de documents frauduleux, et un jeune Français d’une trentaine d’années, qui a admis avoir détenu un tel permis tout en plaidant sa bonne foi, affirmant par ailleurs qu’il ignorait qu’il s’agissait d’une contrefaçon.

Procès renvoyé au mois de mars

Après une première phase d’échanges intenses sur les responsabilités de chacun, la Cour a décidé de renvoyer l’audience au 16 mars 2026. Ce délai doit permettre aux magistrats d’approfondir l’examen des preuves numériques saisies et de confronter les différentes versions des prévenus.

Pour le Bénin, ce procès illustre une nouvelle fois la détermination de la CRIET à traquer la petite et la grande fraude administrative, quel que soit le profil ou la nationalité des mis en cause.

Bénin : Affaire Éden Food et l’arnaque des 100 marmites au CNIN

Soupçonnée de malversations autour d’une vaste opération caritative, Love Anick Ploka, alias « Éden Food », a été longuement interrogée par le Centre national d’investigations numériques (CNIN). Entre promesses de solidarité et ombres sur la comptabilité, l’influenceuse joue désormais sa crédibilité devant les enquêteurs.

 

Au Bénin, la frontière entre l’influence caritative et l’arnaque numérique n’a jamais paru aussi poreuse. Ce lundi 16 février 2026, l’influenceuse culinaire Love Anick Ploka, plus connue sous son pseudonyme « Éden Food », doit se présenter à nouveau devant les enquêteurs du Centre national d’investigations numériques (CNIN). Ce rendez-vous judiciaire fait suite à une première audition musclée le vendredi 13 février, où la jeune femme a frôlé le placement en détention après plusieurs heures d’interrogatoire.

 

Le mirage des « 100 marmites »

Tout commence le 29 novembre 2025. Sur les réseaux sociaux, le projet est séduisant, presque titanesque : préparer cinq tonnes de nourriture pour offrir un repas chaud à près de 30 000 démunis. L’opération, baptisée « 100 marmites », suscite un élan de générosité immédiat. Des particuliers vident leur portefeuille, des entreprises livrent des tonnes de riz et de pâtes alimentaires.

Cependant, deux mois plus tard, la machine se grippe. Sur la toile, les louanges ont laissé place à un réquisitoire numérique. Les accusations pleuvent : certains bénéficiaires affirment avoir dû payer pour des plats censés être gratuits, tandis que des donateurs s’interrogent sur le décalage flagrant entre les montagnes de vivres collectées et la réalité des distributions sur le terrain.

 

Le CNIN aux fourneaux

Face à l’ampleur du tumulte, la justice béninoise a actionné son bras armé contre la cybercriminalité. Les policiers du CNIN cherchent désormais à percer le mystère de la traçabilité des dons. Où est passé l’argent ? Les stocks de nourriture ont-ils été détournés ?

L’influenceuse a été libérée de justesse à 23 heures vendredi dernier, après une garde à vue de fait. Mais la pression ne retombe pas : d’autres organisateurs de l’événement sont également dans le viseur des enquêteurs ce lundi.

 

Un test pour la confiance numérique

Cette affaire illustre le défi croissant auquel fait face le Bénin : la régulation de la générosité publique sur Internet. Pour les autorités, il s’agit de marquer le coup. Dans un pays où le gouvernement a fait de la lutte contre la cybercriminalité un cheval de bataille, l’exploitation de la précarité à des fins présumées d’enrichissement personnel est un dossier pris très au sérieux.

Pour Éden Food, l’enjeu est désormais d’apporter des preuves concrètes de sa bonne foi. Au-delà de sa liberté, c’est tout l’écosystème du « social media » béninois qui retient son souffle, craignant que cette affaire n’entache durablement les futurs appels à la solidarité nationale.

CRIET : le commissaire Bignon Kindjanhoundé face à la justice

Poursuivi pour des faits lourds, le commissaire Bignon Delcoz Kindjanhoundé s’est présenté devant la justice béninoise, revendiquant un acte citoyen là où l’accusation voit une dérive grave.

 

Le lundi 9 février 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a ouvert l’examen d’un dossier sensible mêlant sécurité, expression publique et responsabilité institutionnelle. À la barre : le commissaire de police Bignon Delcoz Kindjanhoundé, poursuivi notamment pour incitation à la haine et à la rébellion, ainsi que pour détention illégale d’armes à feu.

Les faits reprochés trouvent leur origine dans la diffusion d’une vidéo devenue virale au lendemain de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025. Dans cette séquence, l’officier de police, en tenue, s’adressait directement à la population béninoise. Une initiative qui, selon l’accusation, outrepasse le cadre légal et institutionnel assigné aux forces de sécurité.

Une défense fondée sur l’engagement citoyen

Face aux juges, le commissaire a plaidé non coupable. Il a expliqué avoir voulu lancer un appel à ce qu’il qualifie de « révolution démocratique », affirmant s’être exprimé non en tant que policier, mais comme simple citoyen préoccupé par l’avenir du pays.

Le président de la formation de jugement l’a alors interpellé sur la pertinence d’un tel message délivré par un homme en uniforme, dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu. Une question directe, à laquelle le prévenu a répondu sans détour, estimant son initiative légitime.

 

Le poids du terrain et des pertes humaines

Pour étayer sa démarche, Bignon Delcoz Kindjanhoundé a invoqué son expérience opérationnelle dans le nord du Bénin. Déployé fin 2023 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il affirme avoir été marqué par la mort de plusieurs soldats. Sa prise de parole publique serait, selon lui, motivée par le respect de « l’âme des morts » et par le sentiment d’une parole institutionnelle restée sans écho.

Il soutient avoir, en amont, adressé plusieurs notes hiérarchiques afin d’exprimer ses préoccupations, sans obtenir de réponse. Une absence de retour qui, selon sa version, l’aurait conduit à s’exprimer publiquement.

 

Un dossier aux implications institutionnelles

À l’issue de cette première audience, le président de céans a invité le prévenu à réserver la suite de ses explications pour la prochaine comparution. Le dossier, à la croisée du droit pénal, de la discipline administrative et de la liberté d’expression, s’annonce complexe.

Au-delà du cas individuel, cette affaire interroge les limites de la parole publique des agents en uniforme dans un État confronté à des défis sécuritaires majeurs. Elle met également en lumière les tensions entre devoir de réserve, engagement personnel et responsabilité institutionnelle, dans un contexte politique encore marqué par les secousses de décembre 2025.

La prochaine audience sera déterminante pour la suite de la procédure et pour l’éclairage judiciaire de cette affaire à forte portée symbolique.

La CRIET, souvent critiquée pour son rôle central dans les dossiers sensibles, se retrouve une fois de plus sous les projecteurs. Sa décision sera scrutée non seulement pour son fondement juridique, mais aussi pour son impact politique et institutionnel.

Cotonou : Atelier régional contre le blanchiment et le terrorisme

 Depuis ce lundi 2 février 2026, la capitale économique du Bénin accueille un atelier régional de haute importance. Des experts judiciaires de six pays africains se réunissent pour muscler leur stratégie contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Un enjeu de sécurité nationale pour des États confrontés à une criminalité financière de plus en plus sophistiquée.

C’est dans le cadre feutré de l’hôtel Azalaï de Cotonou que les travaux ont débuté. Jusqu’au mercredi 4 février, des magistrats et des acteurs institutionnels venus du Sénégal, du Tchad, de la Guinée, de la Mauritanie, de la Côte d’Ivoire et bien sûr du Bénin, planchent sur les failles des systèmes financiers sous-régionaux.

Gouvernement du Bénin
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Traquer l’argent sale pour étouffer le terrorisme

L’objectif de cette rencontre, organisée par le ministère béninois de la Justice, est limpide : tarir les sources de revenus des réseaux criminels. Pendant trois jours, les participants décortiquent les mécanismes de détection, de poursuite, mais surtout de saisie et de confiscation des avoirs criminels.

Pour Innocentia Apovo Monteiro, directrice du Bureau de la coopération et de l’entraide judiciaires (BCEJ), il n’y a plus de temps à perdre. Ces menaces, a-t-elle rappelé lors de son mot de bienvenue, ébranlent la stabilité économique et la paix sociale des États. Face à une criminalité transnationale organisée, la réponse ne peut être qu’internationale et coordonnée.

Gouvernement du Bénin
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Le Bénin, fer de lance de l’entraide judiciaire

D’ailleurs, cet atelier s’inscrit dans le cadre du Projet d’appui au Bureau de l’entraide pénale internationale (BEPI), une initiative pilotée par Expertise France. En accueillant ces assises, le Bénin réaffirme aussi son rôle stratégique de plateforme régionale pour la sécurité financière.

Lors de l’ouverture officielle, Florentin Gbodou, directeur de cabinet du Garde des Sceaux, a souligné l’engagement ferme du gouvernement béninois. Il a notamment mis en avant le rôle pivot du BCEJ dans l’échange d’informations entre les autorités compétentes. L’idée est de passer des intentions aux actes en formulant des recommandations concrètes et adaptées aux réalités de chaque pays.

Gouvernement du Bénin
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Un cadre de réflexion pour des résultats pragmatiques

Au-delà des discours, cette rencontre se veut un laboratoire de bonnes pratiques. Les experts espèrent également que ce partage d’expériences renforcera durablement l’efficacité des dispositifs nationaux. En renforçant la coopération judiciaire, les pays de la sous-région espèrent dresser un rempart solide contre ceux qui utilisent les circuits financiers pour déstabiliser le Sahel et l’Afrique de l’Ouest.

 

CRIET : Le verdict Amoussou, un sinistre avertissement à la liberté d’expression

Porto-Novo, 15 décembre 2025 – La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), cette juridiction d’exception tant décriée pour son allégeance au pouvoir, a scellé lundi le sort de Steve Amoussou, le cyberactiviste présumé derrière le compte anonyme « Frère Hounvi ». En appel, la chambre a requalifié les faits – passant d’« injure à motivation politique » à « harcèlement électronique, diffusion de fausses nouvelles et incitation à la rébellion » – mais a cyniquement maintenu la lourde peine initiale : 24 mois de prison ferme et 2 millions de FCFA d’amende. Un maquillage judiciaire qui ne trompe personne : la sentence reste identique, et ainsi, une voix dissidente est bâillonnée.

 

La CRIET, instrument de répression 2.0

 

Cette décision n’est pas une surprise dans un pays où la CRIET, créée en 2018, s’est muée en instrument de répression politique. Accusé d’avoir animé un compte diffusant des chroniques audio virulentes contre le président Patrice Talon et son entourage, Amoussou paie le prix de sa liberté d’expression. De plus, l’affaire est aggravée par son enlèvement en août 2024 à Lomé, au Togo – un rapt extraterritorial qui a frôlé la crise diplomatique. Rapatrié de force au Bénin pour affronter une justice expéditive, Amoussou espérait peut-être un allègement en appel. Cependant, la requalification des infractions, alignée sur les réquisitions initiales du parquet, n’a servi qu’à légitimer une condamnation déjà écrite.

 

La capitulation de la défense

 

Pire encore, l’avocat de la défense, Me Aboubacar Baparapé, présent au délibéré, a annoncé renoncer à tout pourvoi en cassation. Associé à l’appel du parquet spécial, il justifie ce choix par le « soulagement » que la criée n’ait pas aggravé la peine. Une capitulation qui interroge : dans un système où la défense semble parfois jouer le jeu du pouvoir, cette résignation laisse Amoussou croupir en prison sans espoir de recours final. « C’est un soulagement pour mon client », a-t-il déclaré – des mots qui sonnent comme une abdication face à l’inévitable.

 

Un message clair aux citoyens

 

Cette affaire illustre la dérive autoritaire du régime Talon : critique sur les réseaux sociaux équivaut désormais à un délit passible de lourdes peines, sous couvert fallacieux de « fausses nouvelles » ou « incitation à la rébellion ». La CRIET, dont les ONG et les observateurs internationaux mettent en doute l’indépendance, enchaîne les condamnations contre les opposants, les exilés rapatriés ou les cyberdissidents sans souci. En conséquence, la liste des voix réduites au silence s’allonge. Pendant ce temps, les prisons béninoises – surpeuplées et insalubres – accueillent toujours plus de prisonniers politiques.

Que reste-t-il de la liberté d’expression au Bénin, jadis modèle démocratique en Afrique de l’Ouest ? Cette confirmation en appel n’est pas qu’un verdict judiciaire : c’est un message clair du pouvoir aux citoyens – taisez-vous, ou subissez. En somme, dans ce contexte de verrouillage institutionnel croissant, avec des opposants emprisonnés ou exilés, l’affaire Amoussou sonne comme un avertissement de sinistre. La communauté internationale observe, condamne mollement, mais agit peu. Pendant ce temps, un homme paie de sa liberté le prix d’avoir osé parler. Triste bilan pour un pays qui se targue de progrès économique au détriment des droits fondamentaux.

Le journaliste Sossoukpè : 154 jours de détention dans l’ombre

Cotonou, 11 décembre 2025 –   Le journaliste d’investigation béninois Comlan Hugues Sossoukpè, connu pour ses enquêtes sur la corruption, croupit depuis plus de cinq mois dans des conditions qualifiées d’« inhumaines » à la prison civile de Ouidah. Les autorités béninoises l’ont récupéré le 9 juillet 2025 après son interpellation en Côte d’Ivoire, puis l’ont immédiatement placé en isolement quasi total. Privé de tout contact avec sa famille et ses avocats, il devient, selon ses soutiens, la cible d’une « vengeance lente et silencieuse ».

 

Un isolement carcéral qui s’apparente à une disparition

 

D’après plusieurs sources concordantes, l’ancien réfugié politique togolais passe vingt-deux heures par jour enfermé, sans le moindre échange avec les autres détenus. L’administration pénitentiaire refuse systématiquement les visites : ni sa mère, ni sa fille, ni aucun membre de sa famille n’ont pu apercevoir son visage depuis son transfèrement. Ses avocats, eux, se heurtent à un refus catégorique.

Son dossier judiciaire reste figé. Aucune audition. Par mise en examen. Aucune date d’audience. Rien.

« On veut l’effacer », confie un membre du collectif de soutien, sous anonymat. « Ce n’est pas une détention, c’est une vengeance lente et silencieuse. »

 

Sossoukpè : Des enquêtes qui dérangent, au cœur de son enlèvement

 

Comlan Hugues Sossoukpè s’est imposé par ses enquêtes sans concession sur la corruption et les dérives autoritaires au Bénin. Ses révélations sur la gestion controversée des contrats publics en 2018 avaient déclenché une vive polémique. Menacé, il avait fui à Lomé en 2019, où il avait également obtenu le statut de réfugié politique.

Son retour forcé au Bénin — présenté comme une opération conjointe entre services ivoiriens et béninois mais dénoncé comme une extradition illégale — a immédiatement suscité l’indignation des organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.

 

Silence officiel, pression internationale

 

D’ailleurs, depuis son enlèvement, les autorités béninoises gardent un silence absolu. Ni le ministère de la Justice, ni la direction de la prison de Ouidah, ni la présidence n’ont répondu aux multiples demandes d’explication.

Face à cette opacité, Reporters sans frontières, Amnesty International et la FIDH réclament sa libération immédiate et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les conditions de son arrestation et de sa détention.

« Même les personnes poursuivies pour terrorisme bénéficient de droits élémentaires que l’on refuse à Hugues », déplore un avocat béninois qui suit le dossier à distance. « On est dans l’arbitraire pur et la violation flagrante du droit. »

 

Finalement, cela fait désormais 154 jours que dure ce que de plus en plus de voix au Bénin qualifient de « disparition forcée en plein jour ». Et aucune perspective de clarification ne se dessine.

Abomey-Calavi : un vol de moto relance le débat sur les preuves numériques en justice

À Abomey-Calavi, un vol de moto présumé oppose une deux voisins, sur fond de vidéos de surveillance contestées. L’affaire, suspendue par le tribunal, soulève des questions sur la fiabilité des preuves numériques et les limites de la justice face aux technologies grand public.

 

Abomey-Calavi, 12 novembre 2025 – À Abomey-Calavi, une disparition de deux-roues a viré au thriller judiciaire. Un voisin est accusé de vol par sa voisine, sur la base d’enregistrements vidéo. Le tribunal de première instance a suspendu le dossier hier, laissant planer le doute sur la fiabilité des preuves. Cette affaire met en lumière les limites des technologies de surveillance dans les procédures pénales au Bénin.

 

Disparition soudaine : la moto de la voisine introuvable

 

Tout commence par une absence remarquée. La propriétaire d’une moto garée devant son domicile constate sa disparition et mène une enquête informelle. Les caméras installées chez un autre voisin capturent un suspect présumé : son propre locataire. Ces images, pivot de l’accusation, mènent droit au tribunal d’Abomey-Calavi, où l’homme est convoqué pour vol simple.

Ce cas illustre la montée en puissance des outils numériques dans les enquêtes locales, où une simple vidéo peut transformer un différend domestique en affaire judiciaire.

 

À la barre : déni catégorique et doutes techniques

 

Devant les juges, le prévenu nie en bloc. Il affirme n’avoir aucun lien avec le vol et conteste la fiabilité des enregistrements. Selon lui, la faible résolution des images et les angles trompeurs rendent toute identification incertaine.
« Ce n’est pas moi sur ces bandes », insiste-t-il, réclamant une expertise technique pour valider ou infirmer les preuves.

La partie civile, représentée par la voisine, maintient sa version, évoquant la proximité et les circonstances incriminantes. Cette confrontation souligne les limites des caméras domestiques dans les affaires judiciaires béninoises.

 

Renvoi de l’affaire de la moto à une date ultérieure : le juge réclame plus d’éléments

 

Après un échange tendu, le magistrat a décidé d’un ajournement. L’audience, tenue hier, est reportée pour permettre des analyses approfondies des vidéos, la collecte de témoignages supplémentaires et une éventuelle confrontation directe. Le tribunal exige des éléments concrets pour trancher, évitant ainsi un verdict hâtif.

Ce sursis, bien que frustrant, vise à garantir l’équité dans un contexte où les vols de motos explosent dans les banlieues de Cotonou et ses environs.

 

Verdict en suspens : vers un précédent numérique ?

 

En somme, il reste à savoir si de nouvelles preuves feront pencher la balance. Dans un Bénin confronté à une recrudescence des vols à la tire, cette affaire pourrait faire jurisprudence sur l’usage des preuves numériques. Le locataire, libéré sous contrôle judiciaire, attend le prochain round avec anxiété.

Une moto volée, une vidéo floue, et un procès suspendu : la justice béninoise face au défi numérique

Bénin : Affaire de diffamation entre ex-ministres de l’Énergie

Entre diffamation et rivalités politiques, le duel judiciaire entre Paulin Akponna et Samou Seidou Adambi s’enlise à Abomey-Calavi, révélant ainsi  les fractures d’une élite en quête de rédemption.

 

Abomey-Calavi, 23 octobre 2025 –Le feuilleton judiciaire opposant deux anciens poids lourds du gouvernement béninois continue de s’étirer. Hier, le Tribunal de première instance d’Abomey-Calavi a une nouvelle fois ajourné l’examen de la plainte pour diffamation visant Paulin Akponna, ex-ministre de l’Énergie et des Mines, accusé d’avoir proféré des propos injurieux à l’encontre de son prédécesseur, Samou Seidou Adambi. La prochaine audience est fixée au 5 novembre, prolongeant l’incertitude autour d’une querelle qui empoisonne les coulisses politiques depuis plusieurs mois.

Ni l’accusé ni le plaignant n’ont assisté à l’audience, laissant leurs avocats plaider en leur nom. Ce report, le deuxième en quelques semaines, s’explique par un vice de procédure persistant : le non-paiement d’une consignation judiciaire de 300 000 francs CFA, exigée pour ouvrir l’instruction au fond.

 

Affaire de diffamation : des accusations explosives nées d’un meeting houleux

 

L’affaire a éclaté lors d’un meeting politique à Parakou, dans le nord du pays. Paulin Akponna, alors ministre en exercice, avait lancé de lourdes accusations contre Samou Seidou Adambi, l’accusant d’avoir détourné des fonds publics en « aspirant » les ressources budgétaires du secteur énergétique. Des propos jugés diffamatoires par Adambi, qui a immédiatement saisi la justice pour laver son honneur.

Ces déclarations, prononcées en pleine campagne, ont provoqué un tollé au sein du gouvernement et entraîné la révocation immédiate d’Akponna. Ce dernier, dans une tentative d’apaisement, a présenté des excuses publiques à Adambi, au chef de l’État et à l’ensemble de l’exécutif. Une démarche qui n’a pas suffi à éteindre l’incendie.

 

Une procédure qui patine, un climat qui s’alourdit

 

Déjà reportée une première fois en juillet pour vice de forme, l’affaire peine à avancer. Malgré le délai accordé pour régulariser la consignation, le 22 octobre, le tribunal a de nouveau renvoyé les parties dos à dos. Ce blocage procédural alimente le malaise et retarde une issue judiciaire attendue.

Dans le même temps, une enquête du Haut Commissariat à la prévention de la corruption a blanchi Adambi : aucune preuve ne vient étayer les accusations de détournement. Ce verdict renforce aussi  la plainte pour diffamation et donne à l’affaire une tournure plus pénale que politique.

 

Affaire de diffamation : Réconciliation impossible ou bras de fer prolongé ?

 

Pour les observateurs du paysage politique béninois, ce différend illustre les tensions latentes au sein de l’élite dirigeante, où les rivalités personnelles dégénèrent en affrontements institutionnels. Relégué dans l’opposition après son limogeage, Akponna pourrait percevoir cette procédure comme une manœuvre pour le neutraliser. Adambi, lui, se présente en fait comme la cible d’une cabale destructrice.

Avec ce nouveau report, le suspense judiciaire s’épaissit. Le 5 novembre, les juges d’Abomey-Calavi devront-ils enfin trancher sur le fond, ou ce dossier – miné par des reports techniques – risque-t-il de s’enliser davantage ? En attendant, les deux ex-ministres, jadis alliés, assistent à l’érosion d’une relation professionnelle brisée par des mots trop lourds.

En somme,  à Cotonou, les murmures se multiplient : cette affaire pourrait bien peser sur les équilibres politiques à venir, à l’approche des échéances électorales. L’horizon judiciaire, lui, reste brouillé.

 

CRIET : cinq ans de prison pour une escroquerie au faux PAG

À Cotonou, la CRIET a prononcé une peine exemplaire contre un individu reconnu coupable d’avoir extorqué 15 millions de FCFA à son pasteur, en simulant un méga-projet gouvernemental baptisé « PAG Mirador ». Documents falsifiés, signatures détournées et décret présidentiel inventé : le stratagème, qualifié de « mirage éphémère », a été démantelé par les autorités judiciaires.

 

Cotonou, 9 octobre 2025 – La Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) a rendu, mercredi, une décision ferme dans une affaire d’escroquerie sophistiquée, illustrant la vigilance accrue des autorités judiciaires face aux manipulations frauduleuses. Un individu a été déclaré coupable d’avoir délesté son pasteur de 15 millions de FCFA, sous le couvert d’un prétendu méga-projet baptisé « PAG Mirador », et condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme assortis d’une amende de 20 millions de FCFA. Cette condamnation réaffirme la tolérance zéro du Bénin face aux manipulations économiques et à la falsification de l’ordre public.

 

Le stratagème du « Mirage éphémère »

 

L’accusé, qui s’était autoproclamé chef d’un prétendu programme baptisé « PAG Mirador », a mis en place un stratagème élaboré : il a falsifié un document arborant les signatures apparentes du Président Patrice Talon, du Ministre de l’Économie et des Finances Romuald Wadagni, ainsi que du Ministre du Cadre de Vie et des Transports José Tonato, qu’il a ensuite présenté à son pasteur.

Pour parfaire l’illusion, il a fabriqué un décret présidentiel apocryphe évoquant une transaction colossale de 10 milliards de FCFA, censée positionner ce projet comme une initiative phare du développement national. Grâce à cette mise en scène, il a gagné la confiance de sa victime, qui lui a remis la somme de 15 millions de FCFA.  La Cour a qualifié ce montage de « mirage éphémère » et l’a démontré comme une pure invention, révélant ainsi l’ampleur de la supercherie que l’accusé a ourdie contre une figure religieuse de confiance.

 

La CRIET : fermeté et sanction dissuasive

 

Lors de l’audience, l’inculpé a invoqué l’inexpérience pour atténuer sa responsabilité, plaidant : « C’est un acte que j’ai commis par ignorance. Je demande la clémence. » Cependant, les magistrats de la CRIET, confrontés à l’audace du dossier, ont refusé de se laisser émouvoir par les arguments de l’accusé. Au contraire, ils ont choisi d’imposer une sanction dissuasive pour décourager fermement ce type de pratiques. Cette décision, rendue publique par des sources judiciaires fiables, souligne la détermination des institutions à protéger les citoyens contre les ruses financières qui minent la confiance sociale et économique.

 

 L’intégrité de l’ordre public et économique

 

En conclusion, cette affaire qui a ciblé une figure religieuse par un faux projet gouvernemental ne fait pas qu’exposer les vulnérabilités ; elle valide la mission de la CRIET comme rempart inébranlable contre la criminalité économique. La CRIET a envoyé un signal clair et non négociable en condamnant l’accusé à cinq ans de prison ferme : elle réprimera avec une rigueur absolue toute falsification de documents officiels et toute forme d’escroquerie sophistiquée. La justice béninoise affirme ainsi son rôle pivotal dans la préservation de l’intégrité de l’État et des citoyens, transformant cette affaire en une leçon publique : la vigilance contre les faux-semblants et les ruses financières est une nécessité citoyenne.

Houndegnon à la barre : entre déni et mea culpa

À Cotonou, Louis Philippe Houndegnon, ancien directeur général de la police nationale, rejette fermement les accusations portées contre lui tout en exprimant des regrets pour ses déclarations passées.

 

Cotonou, 7 octobre 2025 – Au cours d’une audience tenue récemment devant la juridiction compétente, Louis Philippe Houndegnon, personnalité politique et Ancien directeur général de la police nationale, a plaidé non coupable des chefs d’accusation retenus contre lui, tout en formulant des excuses pour l’intensité de ses déclarations antérieures.

 

Houndegnon : rejet des accusations et regret public

 

Tout d’abord, à la barre, M. Houndegnon a catégoriquement rejeté les allégations formulées à son encontre. Ainsi, il a affirmé : « Je ne reconnais pas les faits. » « Je n’ai jamais harcelé ni incité à la rébellion », réitérant son respect pour les institutions de la République et son attachement au cadre légal en vigueur.

Toutefois, il a reconnu avoir cédé à la colère dans certaines de ses interventions publiques, déclarant : « Celui qui ne regrette rien n’est pas un homme. » C’est sur cette base qu’il a présenté ses excuses aux parties potentiellement impactées, soulignant son désir de contribuer à un dialogue national apaisé et responsable.

 

Procédure judiciaire et garantie d’équité

 

Par ailleurs, la Cour a enregistré ces déclarations et a ordonné, pour la prochaine audience, la diffusion des enregistrements vidéo relatifs aux sorties médiatiques de l’accusé. Cette démarche permettra, dans le respect des principes d’équité et de transparence qui guident le système judiciaire béninois, une évaluation approfondie des éléments probants.

Finalement, cette procédure illustre l’engagement des autorités judiciaires du Bénin à traiter avec impartialité les affaires impliquant des figures publiques, afin de préserver l’ordre républicain et de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions. Le gouvernement, fidèle à ses engagements, poursuit ses efforts pour favoriser un environnement politique serein, propice au développement harmonieux de la nation. Les audiences subséquentes se dérouleront conformément aux normes procédurales établies, garantissant une instruction complète et rigoureuse.

Constantin Amoussou : de la tribune numérique au banc des accusés

À Cotonou, le cyberactiviste Constantin Amoussou au cœur d’un scandale : entre présomption d’innocence et fracture numérique, le Bénin retient son souffle.

 

Cotonou, 26 septembre 2025 – Dans les arènes virtuelles où les mots fusent comme des flèches, Constantin Amoussou, plume acérée et cyberactiviste béninois, régnait en maître des débats enflammés. Pourtant, ce qui n’était qu’un clavier hier est devenu un dossier judiciaire glaçant : arrêté pour présumé viol sur une adolescente de 14 ans, l’écrivain et chroniqueur se retrouve au cœur d’un scandale qui fracture l’opinion et interroge les abysses du numérique.

Une rencontre née en ligne, un drame présumé — l’affaire, qui a éclaté le 23 septembre, prolonge sa garde à vue et promet un procès le 2 octobre, ravivant les démons d’une société en quête de vérité et de justice.

 

Constantin Amoussou : une arrestation qui secoue les sphères médiatiques

Interpellé par la police nationale le 19 septembre dernier , Amoussou, connu pour ses chroniques virulentes sur les réseaux sociaux et ses ouvrages critiques du pouvoir, a été placé en garde à vue immédiate. Selon des sources proches de l’enquête, la victime, une mineure rencontrée récemment via une plateforme en ligne, a porté plainte pour des faits qualifiés de viol aggravé.

Ainsi, les autorités ont prolongé la mesure afin d’approfondir les investigations : elles mènent actuellement des auditions, réalisent des expertises médicales et procèdent à des recoupements numériques, en vue d’une comparution devant le procureur de la République le jeudi 2 octobre. Déposé en prison le 23 septembre, l’activiste a passé sa première nuit derrière les barreaux — un choc pour un homme habitué aux tribunes virtuelles.

 

 Une présomption d’innocence sous tension médiatique

Pour l’heure, Constantin Amoussou demeure présumé innocent, un principe cardinal du droit béninois que les autorités et les observateurs s’empressent de rappeler au milieu du tumulte médiatique. Cependant, les enquêteurs, sous la houlette du parquet, poursuivent leurs vérifications pour établir la réalité des faits, dans un dossier marqué par la sensibilité inhérente aux affaires impliquant des mineurs.

Sur les réseaux sociaux, où Amoussou régnait en influenceur, l’affaire divise profondément :

  • stupeur et indignation chez les uns, qui voient en lui un monstre caché ;
  • appels à la prudence chez d’autres, qui craignent un lynchage médiatique avant jugement.

Des posts virulents, ont amplifié le buzz, transformant ainsi un fait divers en tempête nationale.

 

Constantin Amoussou : une affaire révélatrice des vulnérabilités numériques

Au-delà du drame personnel, l’affaire Amoussou soulève un voile brutal sur des plaies sociétales béantes.

  • En effet, dans un Bénin où 70 % de la jeunesse navigue en ligne, les rencontres virtuelles exposent directement les mineurs aux dangers du numérique : des prédateurs dissimulent leur identité derrière un avatar et transforment une simple interaction en cauchemar bien réel.

Ce cas, loin d’être isolé, interpelle parents, éducateurs et pouvoirs publics. N’est-il pas temps d’intensifier l’éducation au numérique, avec des campagnes obligatoires dans les écoles et des outils de modération renforcés sur les plateformes ?

 

 Le mythe ébranlé de l’intellectuel intègre

Ensuite, le scandale ébranle le mythe de l’intellectuel intègre. Amoussou, auteur respecté et voix critique du régime, incarnait pour beaucoup la probité morale. Son arrestation brise ce halo, rappelant que notoriété et talent ne vaccinent pas contre les failles humaines.

Elle invite à une vigilance collective : distinguer l’œuvre des actes privés, sans pour autant excuser l’impardonnable. Dans un pays où les figures publiques sont scrutées à la loupe, ce scandale questionne la responsabilité des influenceurs — ces « cyber-héros » dont les mots inspirent mais dont les vies privées doivent rester sous le feu des projecteurs éthiques.

 

Une société en mutation face à ses propres contradictions

Tandis que le 2 octobre approche, comme une échéance judiciaire lourde de sens, le Bénin retient son souffle. Cette affaire n’est pas qu’un fait divers : c’est un miroir tendu à une société en mutation numérique, où la liberté d’expression côtoie les pièges du virtuel.

Pour les parents inquiets et les jeunes connectés, c’est un appel à la vigilance ; pour la justice, un test de sérénité. Et si ce drame, une fois élucidé, catalysait des réformes protectrices ?

Bénin : quand un bâton virtuel sur TikTok devient une affaire d’État

La chasse aux sorcières numériques est ouverte au Bénin.

 

Cotonou, 14 août 2025 – Au Bénin, TikTok n’est plus seulement l’arène des danses endiablées et des blagues légères : c’est désormais un champ de bataille où un simple filtre peut vous conduire tout droit en garde à vue. Le dernier en date à faire les frais de cette chasse aux sorcières numériques est Marius Placide, un tiktokeur dont le crime suprême est d’avoir brandi un bâton virtuel pour « corriger » symboliquement des figures politiques de premier plan, y compris le président Patrice Talon lui-même. Oh, scandale ! Une comédie burlesque sur une application pour ados transformée en affaire d’État. Bienvenue dans le Bénin de 2025, où l’humour est une infraction nationale.

 

 TikTok : un bâton virtuel qui fait trembler le pouvoir

 

C’est ainsi que les limiers du Centre National d’Investigations Numériques (CNIN) ont cueilli Marius Placide, star locale de TikTok suivie par des milliers d’abonnés, le mercredi 13 août.  Son forfait ? Avoir osé, dans des vidéos satiriques, mimer des coups de bâton sur des personnalités comme le président Talon, le ministre Abdoulaye Bio Tchané ou encore Ganiou Soglo, grâce à un filtre aussi inoffensif qu’un mème de chaton. Cependant, au Bénin, où le Code du Numérique veille comme un cerbère, ces facéties sont jugées comme une atteinte à l’honneur des puissants. Par conséquent, Placide attend maintenant son rendez-vous avec le procureur, probablement pour expliquer comment un effet spécial peut menacer la République.

 

La toile sous haute surveillance : la vague de répression s’étend sur TikTok

 

De fait, Marius n’est pas le seul à avoir attiré les foudres des autorités. Cette semaine, le CNIN a déployé ses filets numériques avec une ardeur digne d’un blockbuster hollywoodien. En outre, il a arrêté Geoffroy Fridich pour des accusations de cybercriminalité, tandis qu’il a épinglé Flapacha et Jérémie Degamer pour avoir orchestré une mise en scène d’enlèvement qui, soyons sérieux, ressemblait davantage à un sketch de collégiens qu’à un complot mafieux. Il semblerait que les autorités aient décidé que TikTok, ce repaire de chorégraphies maladroites et de farces potaches, est soudain devenu le QG d’une conspiration nationale. Qui aurait cru que des vidéos de 15 secondes pouvaient ébranler la stabilité d’un pays ?

 

Le Code du Numérique, une arme fatale contre l’humour

 

C’est dans ce contexte que, sous le couvert du Code du Numérique, ces interpellations transforment des plaisanteries en crimes d’État. Les sanctions prévues pour atteinte à l’honneur ou diffamation en ligne sont brandies comme une épée de Damoclès sur quiconque ose titiller les puissants avec un peu trop d’audace. Si un filtre TikTok peut valoir une convocation judiciaire, on se demande si le prochain influenceur à passer une musique de fond non autorisée risque la prison à vie. À se demander où s’arrêtera cette croisade contre les pitreries numériques ?

 

Quand l’État s’acharne sur des mèmes pendant que les vrais cybercriminels rigolent

 

En plus, cette vague d’arrestations s’inscrit dans une campagne plus large du CNIN pour « assainir » l’espace numérique. On pourrait presque saluer l’efficacité des enquêteurs, si seulement ils ne ciblaient pas des jeunes armés de smartphones et d’un sens de l’humour douteux. Pendant ce temps, les véritables cybercriminels, ceux qui piratent des comptes bancaires ou volent des données, doivent bien rire en regardant la police s’acharner sur des vidéos de comédie. Priorities, quand tu nous tiens !

Cette situation nous interroge : le Bénin transforme-t-il son espace numérique en une zone de non-droit pour l’humour, ou s’agit-il du début d’une nouvelle ère de répression où l’État sacrifie la liberté d’expression en ligne sur l’autel de sa sécurité ?

Affaire Comlan Sossoukpè : le Bénin face au miroir de sa démocratie

Bénin : l’arrestation de Comlan Hugues Sossoukpè, un coup de semonce contre la liberté d’expression ?

 

Cotonou, 14 juillet 2025 Une véritable onde de choc parcourt le Bénin et la sous-région depuis l’arrestation brutale, le 10 juillet 2025, de Comlan Hugues Sossoukpè, journaliste et web-activiste. Exilé au Togo depuis 2019, où il bénéficiait du statut crucial de réfugié, Sossoukpè a été extradé vers Cotonou en un temps record, avant d’être incarcéré à la prison civile de Ouidah.

Présenté à la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), cet épisode soulève des questions brûlantes sur la liberté d’expression, la coopération régionale et les dérives d’un pouvoir qui semble prêt à tout pour museler ses critiques. Alors que le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, tente de justifier l’injustifiable, l’affaire Sossoukpè devient le symbole effrayant d’une tension croissante entre patriotisme invoqué et répression déguisée.

 

Un piège abidjanais : l’étrange extradition de Comlan Hugues Sossoukpè

 

Invité à Abidjan pour couvrir la première édition de l’Ivoire Tech Forum, un événement organisé par le ministère ivoirien de la Transition Numérique, Comlan Hugues Sossoukpè ne se doutait pas qu’il marchait dans un piège. Dans la nuit du 10 juillet, des agents l’ont interpellé dans des circonstances opaques, loin des projecteurs de l’événement auquel il participait en tant que journaliste accrédité.

Quelques heures seulement plus tard, il a été extradé vers le Bénin, un transfert d’une rapidité déconcertante qui soulève de profondes interrogations sur la légalité de la procédure. De fait, selon le Réseau Ouest-Africain des Défenseurs des Droits Humains (ROADDH), cette opération viole ouvertement la Convention de Genève de 1951, qui protège les réfugiés comme Sossoukpè, installé à Lomé depuis sept ans.

Le lendemain, les autorités béninoises ont présenté Sossoukpè au procureur spécial de la CRIET, juridiction controversée que l’on accuse souvent de servir les intérêts du pouvoir. D’ailleurs, elles lui ont imputé des chefs d’accusation — incitation à la rébellion, apologie du terrorisme, harcèlement électronique et diffusion de fausses nouvelles — qui restent flous et suscitent une large indignation.umission ? Pour beaucoup, la réponse est déjà claire.

« Cette arrestation ressemble à une chasse à l’homme orchestrée pour faire taire une voix dissidente », s’est insurgé Déo-Gracias Kindoho, un proche du journaliste, dans une publication virale sur les réseaux sociaux.

 

Le « patriotisme » en question : une rhétorique inquiétante du gouvernement

 

Face à la polémique croissante, Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement, a choisi la tribune du patriotisme pour justifier l’opération. Dans une déclaration récente, il a appelé les citoyens à « aimer le Bénin » et à se méfier des « suppôts de l’ennemi » qui, sous couvert de liberté d’expression, propageraient des rumeurs pour déstabiliser le pays.

Pire encore, évoquant explicitement Sossoukpè, il a dénoncé des « officines étrangères » à l’œuvre, sans apporter de preuves concrètes. Cette rhétorique, qui assimile désormais critique à trahison, gravement inquiète les défenseurs des droits humains.

« Accuser un journaliste de déstabilisation pour ses publications sur les réseaux sociaux est une manœuvre classique pour détourner l’attention des vrais problèmes », note un analyste politique béninois, sous couvert d’anonymat.

En effet, Sossoukpè, directeur du média en ligne Olofofo, s’est distingué par ses enquêtes courageuses, notamment sur les conditions carcérales, comme celles de la prison d’Akpro-Missérété, où il avait alerté sur l’état sanitaire désastreux et le décès du détenu Radji Latif en 2023. Ces révélations, relayées par plus de 69 000 abonnés sur Facebook, ont valu à Olofofo une interdiction de publication au Bénin en mars 2025 par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication.

 

La CRIET sous pression : un instrument de répression politique ?

 

La CRIET, au cœur de cette affaire, est une fois de plus pointée du doigt pour son rôle dans la répression des voix dissidentes. Créée pour lutter contre les infractions économiques et le terrorisme, cette cour est massivement accusée de servir d’instrument politique pour museler les opposants. L’arrestation de Sossoukpè fait écho à celle de Steve Amoussou, un autre cyberactiviste condamné en juin 2025 à deux ans de prison ferme pour des accusations similaires.

L’absence de transparence sur le mandat d’arrêt international et les conditions de l’extradition renforce les soupçons d’abus de pouvoir.

« Nous exigeons une communication immédiate et détaillée sur la situation de Sossoukpè », a déclaré Me Dagbedji, l’un des avocats du journaliste, dans un communiqué cinglant.

Le silence des autorités ivoiriennes, qui ont accueilli Sossoukpè avant de le livrer aux autorités béninoises, ajoute une couche de complexité. Certains observateurs y voient une collusion alarmante entre les présidents Alassane Ouattara et Patrice Talon, deux dirigeants aux relations étroites.

« Cette affaire pourrait tendre les relations diplomatiques dans la sous-région, surtout si la Côte d’Ivoire est perçue comme complice d’une violation des droits d’un réfugié », avertit un juriste ouest-africain.

 

Le Bénin, de modèle démocratique à l’intimidation des médias

 

L’arrestation de Sossoukpè intervient dans un contexte où la liberté de la presse au Bénin est sous pression constante. Depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon en 2016, les médias indépendants et les voix critiques font face à des restrictions croissantes. L’interdiction d’Olofofo et les poursuites contre des journalistes comme Sossoukpè illustrent un climat d’intimidation flagrant.

« Le Bénin, autrefois modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, glisse dangereusement vers une gouvernance autoritaire où la critique est criminalisée », déplore le Collège d’avocats de Sossoukpè dans un communiqué publié à Paris le 13 juillet.

L’appel de Houngbédji à la « conscience patriotique » sonne creux pour beaucoup, qui y voient une tentative désespérée de détourner l’attention des véritables enjeux : la transparence judiciaire, le respect des droits humains et la liberté d’expression.

 

Comlan Sossoukpè : un symbole inattendu de résistance

 

Comlan Hugues Sossoukpè, avec son journalisme engagé et son activisme numérique, incarne une résistance farouche face à l’érosion des libertés au Bénin. Son arrestation, loin de le réduire au silence, amplifie paradoxalement son message. Sur les réseaux sociaux, les hashtags #LibérezSossoukpè et #JusticePourOlofofo gagnent en popularité, portés par une jeunesse qui refuse de se taire.

En somme, à l’heure où le Bénin se prépare aux élections de 2026, cette affaire met en lumière les défis d’une démocratie fragilisée. Le sort de Sossoukpè, détenu à Ouidah, sera un test décisif pour l’État de droit et pour l’engagement du gouvernement à respecter les valeurs qu’il prétend défendre. En attendant, la question demeure : le patriotisme invoqué par Houngbédji est-il un appel à l’unité nationale ou une injonction à la soumission ? Pour beaucoup, la réponse est déjà claire.

Scandale à la SRTB : sept condamnations pour détournement

Fraude à la SRTB : la CRIET tranche dans un scandale à plusieurs millions

Porto-Novo, 10 juillet 2025 Dans un procès qui aura tenu en haleine le monde judiciaire béninois, la chambre criminelle de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a rendu son verdict tard dans la soirée du mercredi 9 juillet 2025. À l’issue de deux jours de débats houleux, sept des neuf prévenus ont été reconnus coupables dans une affaire de détournement de fonds publics à l’ex-ORTB, devenue Société de Radiodiffusion et de Télévision du Bénin (SRTB). Ce scandale, mis au jour grâce à un audit de l’Inspection générale des finances, illustre les failles dans la gestion d’une institution publique stratégique sur la période 2017–2019.

Scandale à la SRTB : des peines lourdes pour détournement de fonds publics !

Parmi les peines prononcées, la plus sévère revient à l’ancien directeur financier, Coffi Codjia Hyacinthe, condamné à dix ans de réclusion criminelle, assortie d’une amende de 100 millions FCFA et d’un remboursement de 147 millions FCFA à la SRTB pour préjudices subis. La justice a également ordonné la saisie de ses biens, dont des parcelles et véhicules.

Par ailleurs, la cour a condamné l’ex-directrice de l’antenne régionale de Parakou, Dango Zato Loukyatou, à quatre ans de prison pour complicité de détournement et blanchiment de capitaux. Elle a également prononcé des peines allant jusqu’à sept ans pour plusieurs agents comptables et prestataires, auxquelles s’ajoutent des amendes et des dommages-intérêts. En revanche, la cour a acquitté deux accusés, faute de preuves suffisantes.

La CRIET frappe fort : un verdict historique contre la criminalité économique

Cette décision, rendue après quatre années de détention préventive et de reports successifs, marque une étape significative dans la lutte contre la criminalité économique au Bénin. Elle intervient dans un contexte de renforcement des institutions judiciaires et de volonté politique d’assainir la gestion publique. Le rôle proactif de la CRIET dans cette affaire renforce la perception d’une justice déterminée à traquer les malversations.

Au-delà des condamnations : les leçons d’une affaire qui révèle les failles de la gouvernance publique

En somme, si la sentence apporte une forme de clôture judiciaire, elle soulève des questions plus larges sur la gouvernance interne des entités publiques et la capacité de prévention des irrégularités. Le Ministère de la Justice, représenté lors de l’audience, appelle à renforcer les mécanismes d’audit internes et à professionnaliser les chaînes de responsabilité comptable.

Comment ce verdict et ses implications pourraient-ils impacter la confiance du public dans les institutions publiques béninoises et dans le système judiciaire du pays ?

Cotonou : Stevy Wallace contre Angela Kpeidja

Un duel judiciaire au cœur de Cotonou : Stevy Wallace contre Angela Kpeidja, une affaire qui électrise le Bénin

Cotonou, 1 juillet  2025 – Dans l’enceinte solennelle du Tribunal de Première Instance de Cotonou, une bataille judiciaire aux accents de tragédie contemporaine s’est jouée  lundi, sous les regards scrutateurs d’une salle comble et d’une opinion publique en ébullition. Au centre de ce drame : Angela Kpeidja, journaliste et figure emblématique de la lutte contre les violences faites aux femmes, et Stevy Wallace, ancien responsable de la communication digitale à la présidence du Bénin.

L’accusation ? Harcèlement par voie électronique, dans une affaire surnommée avec une pointe d’ironie « psychopathe gâté». Le ministère public, tel un chef d’orchestre implacable, a requis six mois de prison avec sursis et une amende de 2 millions de FCFA contre la journaliste. Mais derrière les réquisitions, c’est un choc des vérités et des réputations qui secoue le Bénin.

 Angela Kpeidja : Une absence qui fait parler

L’audience a débuté sous une tension palpable. Angela Kpeidja, la principale accusée, brillait par son absence à la barre, une décision perçue comme un affront par les avocats de Stevy Wallace. « Une défiance envers la Cour », ont-ils martelé, brandissant cet acte comme une preuve de l’arrogance de la journaliste. De son côté, Stevy Wallace, présent et déterminé, a laissé ses avocats, menés par Me Hugo Koukpolou, tisser une toile d’accusations accablantes. Selon eux, les publications d’Angela Kpeidja sur les réseaux sociaux, bien que ne nommant pas explicitement Wallace, l’auraient dépeint comme un prédateur, un « obsédé sexuel » attirant de jeunes femmes via de fausses annonces de recrutement. Une atteinte à l’honneur, clament-ils, qui aurait coûté à Wallace des contrats professionnels et terni son image.

Le ministère public, représenté par le troisième substitut du procureur spécial près la CRIET (Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme), a enfoncé le clou. Pour le parquet, les faits de harcèlement électronique sont établis. Angela Kpeidja aurait par ses publications et ses interactions en ligne – notamment en « likant » un post incriminant directement Wallace – porté atteinte à sa réputation sans apporter de preuves tangibles de ses allégations. « Elle l’a traité de violeur et de harceleur sans fondement », a asséné le procureur, justifiant ainsi la réquisition d’une peine de six mois de prison avec sursis et une amende de 2 millions de FCFA.

Une demande de réparation pharaonique

Par ailleurs, la partie civile, elle, ne s’est pas contentée de la sanction pénale. Les avocats de Stevy Wallace ont réclamé une réparation colossale : 80 millions de FCFA pour compenser les préjudices moraux et professionnels subis. Une somme jugée « exorbitante » par le ministère public, qui a proposé de la ramener à 20 millions de FCFA dans le verdict final. « Les publications de Kpeidja ont dressé un portrait-robot de notre client, causant un préjudice irréparable », a plaidé Me Koukpolou, invoquant des violations des articles 272 du Code de l’information et 550 du Code du numérique.

Angela Kpeidja, de son côté, a toujours nié avoir visé directement Stevy Wallace dans ses publications. Militante féministe reconnue, elle s’est aussi  forgée une réputation de porte-voix des victimes de harcèlement et de violences sexuelles, notamment à travers son ouvrage “Bris de Silence” (2021) et ses récents livres lancés en novembre 2024, “À l’encre de nos silences”et “Philognon, une voix qui s’élève !”. Ses écrits, souvent crus, dénoncent les abus systémiques dont sont victimes les femmes, un combat qui lui a valu autant d’admiration que de controverses dans une société béninoise encore marquée par des conservatismes.

Un verdict en suspens, une société en question

L’absence de la journaliste à l’audience a alimenté les spéculations. Stratégie de défense ou aveu implicite ? Ses soutiens y voient une posture de résistance face à ce qu’ils qualifient de tentative d’intimidation. Car au-delà du cas Kpeidja, c’est la question de la liberté d’expression et du militantisme en ligne qui est en jeu. Dans un pays où les affaires de mœurs restent souvent cloisonnées dans le silence, les prises de position d’Angela Kpeidja, relayées par des milliers de réactions sur les réseaux sociaux, ont brisé des tabous. Mais à quel prix ?

Le délibéré, attendu pour le 6 octobre 2025, promet d’être un moment décisif. Une condamnation pourrait aussi fragiliser la croisade de Kpeidja contre les violences basées sur le genre, tandis qu’une relaxe pourrait être perçue comme une validation de ses méthodes, au risque d’alimenter les critiques sur la responsabilité des influenceurs. Quant à Stevy Wallace, il espère une décision exemplaire qui rétablirait son honneur et enverrait également un signal fort contre les accusations publiques non étayées.

Une affaire qui dépasse les protagonistes

En somme, ce duel judiciaire, au croisement de la liberté d’expression, de la lutte féministe et de la protection de la réputation, transcende les deux protagonistes. Il interroge la société béninoise sur ses valeurs, ses silences et ses combats. Angela Kpeidja, devenue pour certains « la folle du Bénin » en raison de son franc-parler, incarne une voix qui refuse de se taire. Stevy Wallace, lui, revendique le droit à ne pas être cloué au pilori sans preuves. Dans ce face-à-face, c’est tout un pays qui retient son souffle, attendant de savoir si la justice penchera pour le bâillon ou pour la parole libérée.

Faux passeport à Cotonou, un Malien devant le tribunal

Usage de faux passeport à Cotonou : une affaire qui interpelle sur la vigilance frontalière

Hier, mardi 24 juin 2025, le tribunal de première instance de Cotonou a été le théâtre d’une audience significative. Un ressortissant malien, connu sous le prénom de Mohamed, a comparu pour usage de faux passeport. Cette affaire, qui met en lumière les défis persistants de la sécurité aux frontières, illustre la détermination des autorités béninoises à juguler le fléau des documents frauduleux, tout en révélant les complexités humaines sous-jacentes à de tels actes.

Aéroport de Cotonou : le système biométrique démasque l’imposture

L’incident a débuté à l’aéroport international de Cotonou, où Mohamed, résidant dans plusieurs pays, s’apprêtait à embarquer, muni d’un passeport équato-guinéen établi au nom de « Miguel ». De retour au Bénin pour célébrer la fête de la Tabaski en famille, l’homme est tombé sous la vigilance du système de contrôle biométrique, qui a trahi sa véritable identité. En effet, le système a détecté une incohérence fatale : il a associé le visage de “Miguel” à celui de Mohamed, déjà enregistré dans les bases de données sous une identité malienne. Par conséquent, cette discordance a conduit à son interpellation immédiate, mettant en évidence l’efficacité des technologies de surveillance frontalière.

Audience : fermeté et mesure face à la fraude documentaire

Lors de sa comparution, le ministère public a souligné la gravité de l’usage de faux passeport, un délit qui compromet la traçabilité des individus et fragilise la sécurité régionale. Toutefois, le procureur a nuancé son réquisitoire en reconnaissant le profil non dangereux de l’accusé, un homme apparemment sans antécédents violents. Le procureur a requis une peine de 24 mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une amende de 500 000 FCFA, exprimant ainsi une volonté d’allier fermeté et mesure. En parallèle, les autorités ont placé Mohamed en détention provisoire, dans l’attente d’un jugement définitif.

Faux documents : un fléau aux ramifications profondes pour la sécurité

Cette affaire, loin d’être isolée, ravive le débat sur la circulation de faux documents de voyage, un phénomène qui prospère dans les interstices de la mobilité transnationale. Les passeports frauduleux, souvent utilisés pour contourner les contrôles ou dissimuler une identité, constituent une menace pour la souveraineté des États et la coopération régionale. À Cotonou, comme dans d’autres hubs ouest-africains, les autorités sont confrontées à la nécessité de renforcer les dispositifs de contrôle, tout en luttant contre les réseaux qui alimentent ce trafic insidieux.

Vigilance collective et coopération : la clé contre le trafic

Le cas de Mohamed, bien que singulier, interpelle sur l’urgence d’une réponse concertée. Les services compétents du Bénin, en synergie avec leurs homologues des pays voisins, sont appelés à redoubler d’efforts pour démanteler les filières de production et de distribution de faux documents. De ce fait, le recours accru aux technologies biométriques, comme illustré par cette interpellation, apparaît comme un levier incontournable. Cependant, il devra s’accompagner d’une coopération transfrontalière renforcée pour enrayer ce fléau à sa source.

Justice à Cotonou : équilibre entre rigueur et humanité

En somme, le tribunal de Cotonou a posé un acte judiciaire qui dépasse le cadre d’une simple sanction. Cette audience, par son traitement mesuré, témoigne d’une justice soucieuse d’allier rigueur et humanité, tout en envoyant un signal fort contre les pratiques frauduleuses. L’affaire Mohamed, par sa résonance, invite à une réflexion plus large sur les dynamiques de migration, d’identité et de sécurité dans une région en constante mutation.

Que ce verdict, quel qu’il soit, serve de catalyseur pour une mobilisation accrue contre le trafic de faux passeports ! En effet, il est essentiel que les frontières, loin d’être des espaces de contournement, deviennent des lieux de confiance et de coopération. Le Bénin, par sa fermeté et sa vigilance, s’affirme comme un acteur résolu dans cette lutte essentielle pour la stabilité régionale.

Bénin : le « Frère Hounvi » condamné, la CRIET a encore frappé !

La CRIET, ou l’art de transformer l’encre en chaînes : Steve Amoussou condamné

Dans l’arène judiciaire de Porto-Novo, la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), souvent perçue comme l’inquisiteur d’une époque troublée, a clos un nouveau chapitre le 2 juin 2025. Steve Amoussou, un énigmatique Béninois surnommé « Frère Hounvi », a été condamné à deux ans de prison ferme et à un million de FCFA d’amende. Les accusations, initialement de cyberharcèlement et d’incitation à la rébellion, ont été requalifiées en « injures à caractère politique » et « diffusion de fausses informations ». Ainsi, cette affaire souligne une fois de plus la complexité de la justice béninoise, où les mots, plus que les actes, semblent sceller les destins.

La CRIET : Verdict implacable pour une voix dissidente ?

La CRIET, dont la réputation oscille entre rigueur implacable et théâtre d’ombres, a une fois encore fait parler d’elle. Dans une salle d’audience où la tension rivalisait avec l’humidité de l’air côtier, le verdict est tombé comme un couperet, après des mois de reports et de joutes verbales. En effet, Steve Amoussou, accusé d’être la voix dissidente derrière les chroniques acerbes de « Frère Hounvi », a vu son sort scellé pour avoir, semble-t-il, osé troubler la quiétude des puissants par des propos jugés séditieux. Dès lors, on peut se demander : que reproche-t-on vraiment à cet homme ? D’avoir manié l’ironie avec trop d’audace ? D’avoir transformé les réseaux sociaux en tribune pour des vérités gênantes, ou du moins, des vérités présumées telles par une foule de 75 000 abonnés ?

Enlèvement et Requalification : le parcours rocambolesque de « Frère Hounvi »

L’affaire, digne d’une tragicomédie, a débuté dans des circonstances rocambolesques : un enlèvement à Lomé, au Togo, en août 2024, orchestré par des individus aux contours flous, suivi d’un transfert tout aussi rocambolesque vers le Bénin. Par la suite, la CRIET, avec son zèle caractéristique, s’est emparée du dossier, brandissant des accusations aussi vagues que menaçantes : harcèlement électronique, provocation à la rébellion, diffusion de fausses nouvelles… un véritable inventaire à la Prévert. Néanmoins, la cour, dans un élan de clémence ou de pragmatisme, a requalifié les charges en une formule plus digeste, mais non moins sévère. En somme, deux ans de cachot pour des mots, un million de francs pour des idées : telle est la monnaie d’échange dans ce tribunal où la liberté d’expression semble négociée à prix d’or.

Justice Contestée : Entre doutes de la défense et silence éloquent

Ce verdict, loin de clore le débat, attise les braises d’une controverse qui consume le Bénin depuis des mois. Les avocats d’Amoussou, menés par Me Aboubacar Baparapé, crient à l’injustice, dénonçant une procédure entachée d’irrégularités et une accusation incapable de prouver que leur client est bien le mystérieux « Frère Hounvi ». « Où sont les preuves ? », s’insurgent-ils, tandis que le procureur, avec une assurance qui frôle l’aplomb, note que les chroniques du cyberactiviste se sont tues depuis l’arrestation d’Amoussou. Un silence éloquent, selon lui, mais une coïncidence hasardeuse, rétorque la défense. De ce fait, entre ces deux camps, l’opinion publique oscille, partagée entre ceux qui voient en Amoussou un martyr de la libre parole et ceux qui l’accusent de semer le désordre.

La CRIET : un marteau judiciaire qui menace l’édifice démocratique ?

La CRIET, fidèle à sa légende, continue de tisser sa toile, emprisonnant dans ses filets aussi bien des opposants politiques que des voix dissidentes. Les condamnations de figures comme Reckya Madougou ou Joël Aïvo, pour des chefs d’accusation tout aussi graves, rappellent que cette cour spéciale n’a pas pour habitude de faire dans la demi-mesure. Cependant, à force de brandir le marteau judiciaire, ne risque-t-elle pas de fragiliser l’édifice démocratique qu’elle prétend protéger ? L’affaire Amoussou, avec ses zones d’ombre et ses relents de règlement de comptes, pourrait bien être le miroir d’un Bénin où la critique, même maladroite, est devenue un luxe périlleux.

Affaire Frère Hounvi  : appel ou révolte sourde ? L’avenir du Bénin en jeu

Alors que Steve Amoussou dispose de quinze jours pour faire appel, une question demeure : la CRIET, dans son empressement à faire taire les voix discordantes, ne serait-elle pas en train d’écrire elle-même le scénario d’une révolte plus sourde, plus profonde ? L’avenir le dira, mais pour l’heure, les geôles de Porto-Novo accueillent un homme dont le crime, au fond, semble être d’avoir cru que la vérité pouvait encore s’exprimer sans entraves.

Justice béninoise : le « Frère Hounvi » Toujours en sursis

Bénin : la CRIET, maître du suspense, prolonge l’attente de Steve Amoussou

Dans l’enceinte austère de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) à Cotonou, ce lundi 26 mai 2025, l’espoir d’une issue rapide s’est dissipé comme un mirage dans le désert judiciaire. Steve Amoussou, présumé être l’insaisissable « Frère Hounvi », cyberactiviste aux pamphlets cinglants contre le pouvoir béninois, attendait, vêtu d’un tee-shirt blanc et d’un jean noir, sous l’ombre pesante de son gilet de détenu. Une décision, une fois encore, lui a glissé entre les doigts. En effet, la CRIET, avec une théâtralité digne d’un feuilleton judiciaire, a décidé de reporter son verdict au 2 juin 2025, prolongeant ainsi l’agonie d’un dossier qui captive l’opinion publique.

La CRIET, maître du suspens judiciaire : un verdict sans cesse reporté

La CRIET, tel un metteur en scène jaloux de son suspense, semble avoir pris goût à ces ajournements qui tiennent en haleine aussi bien les observateurs que les parties impliquées. Par conséquent, Steve Amoussou, accusé de « harcèlement par voie électronique », de « diffusion de fausses nouvelles » et de « provocation à la rébellion », reste suspendu dans l’incertitude, renvoyé dans les méandres de sa cellule à la prison d’Akpro-Missérété. Ce énième report, loin d’être une simple péripétie procédurale, illustre une certaine volupté de la cour à faire languir, comme si la justice, dans son infinie majesté, se complaisait à jouer avec les nerfs des justiciables. Deux ans de prison ferme et un million de francs CFA d’amende pendent au-dessus de la tête du prévenu, comme une épée de Damoclès dont la chute est sans cesse différée.

L’Affaire Amoussou : une saga kafkaïenne entre exil et accusations

L’affaire Amoussou, née dans les tumultes d’un enlèvement rocambolesque à Lomé en août 2024, est devenue un symbole des tensions entre liberté d’expression et répression étatique au Bénin. Arraché à son exil togolais par des individus dont la justice a condamné deux d’entre eux à des peines légères, Steve Amoussou nie avec aplomb être l’auteur des chroniques incendiaires signées « Frère Hounvi ». « Si j’avais eu l’honneur d’être cet homme, je l’aurais revendiqué », a-t-il déclaré avec une audace qui tranche avec l’atmosphère oppressante de la salle d’audience. Néanmoins, le ministère public, fort de ses réquisitions, persiste à voir en lui l’incarnation de ce chroniqueur virtuel qui, jusqu’à son arrestation, ébranlait le régime de Patrice Talon par ses diatribes hebdomadaires.

La CRIET, dans sa quête d’une vérité qu’elle semble peiner à établir, multiplie les reports avec une nonchalance qui frise l’ironie. Les avocats de la défense, emmenés par Me Aboubacar Baparapé et Me Julien Togbadja, ne cessent de dénoncer une procédure entachée d’irrégularités, pointant l’illégalité de l’arrestation au Togo et l’absence de preuves tangibles liant leur client aux agissements reprochés. Chaque audience devient un théâtre où s’affrontent les arguties juridiques et les joutes verbales, alors que la cour, impassible, ajourne, renvoie, et ajourne encore, comme si elle cherchait à épuiser ses contradicteurs par une guerre d’usure.

Justice à deux vitesses : l’attente du verdict révèle les doutes

Ce nouveau délai, fixé au 2 juin, n’est pas qu’un simple contretemps. De fait, il ravive les doutes sur la capacité de la CRIET à rendre une justice prompte et équitable. Dans les couloirs de Cotonou, les murmures s’amplifient : la cour, créée pour juguler les infractions économiques et le terrorisme, serait-elle devenue un instrument pour museler les voix dissidentes ?

Les chroniques de « Frère Hounvi », autrefois relayées avec ferveur sur les réseaux sociaux, se sont tues depuis l’incarcération d’Amoussou, un silence que le procureur brandit comme une preuve implicite de sa culpabilité. Cependant, cette logique, aussi séduisante soit-elle pour l’accusation, peine à convaincre une opinion publique avide de clarté.

Les soutiens de Steve Amoussou, qu’il s’agisse des figures de l’opposition ou des défenseurs des libertés fondamentales, s’indignent de ce qu’ils perçoivent comme une parodie de justice. Les reports successifs, loin de renforcer la crédibilité de la CRIET, alimentent un sentiment d’arbitraire. « La justice ne saurait être un jeu de patience », a lancé un observateur, tandis que d’autres ironisent sur une cour qui semble plus à l’aise dans l’art du différé que dans celui du délibéré.

Steve Amoussou : un dénouement en suspens, la justice béninoise à l’épreuve

Alors que Steve Amoussou regagne sa cellule, l’attente se prolonge pour lui, pour ses proches, et pour un pays qui scrute ce procès comme un baromètre de son état de droit. La CRIET, en repoussant son verdict, ne fait qu’attiser les spéculations : cherche-t-elle à peaufiner une décision irréprochable ou à temporiser dans un dossier politiquement brûlant ? Le 2 juin 2025, date du prochain acte de ce drame judiciaire, dira si la cour opte pour la clarté ou persiste dans son rôle de gardienne d’un suspense dont personne, hormis elle, ne semble apprécier la mise en scène.

En attendant, Steve Amoussou, silhouette frêle dans son gilet de détenu, incarne malgré lui une question plus vaste : dans un Bénin où la parole critique est scrutée avec méfiance, la justice peut-elle encore prétendre à l’impartialité ? La réponse, comme le verdict, reste en sursis.

Bénin : la CRIET, théâtre d’une justice à géométrie variable

Bénin : Le Général Houndégnon face à la CRIET, l’affaire prend une tournure criminelle !

Cotonou, 20 mai 2025 – Ô justice béninoise, ô ballet judiciaire où les pas se font tantôt gracieux, tantôt maladroits ! Ce lundi 19 mai, la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), ce temple dans lequel la balance penche selon des vents capricieux, a offert un nouvel acte dans la saga de Louis Philippe Houndégnon. L’ancien général de police, figure d’un passé révolu sous l’ère Boni Yayi, s’est vu projeté dans un tourbillon procédural, les charges contre lui étant requalifiées en « nature criminelle ». Un coup de théâtre qui, loin de clarifier, embrouille davantage une affaire où la justice semble jongler avec les destinées comme un illusionniste avec ses quilles.

Une valse d’accusations : du harcèlement au crime d’État ?

Il y a quelques mois encore, Houndégnon, contraint à une retraite forcée après l’avènement de Patrice Talon,faisait face à des accusations d’incitation à la rébellion et de harcèlement par voie électronique – des griefs déjà sévères, mais presque anodins face à la tempête qui s’abat désormais. Le ministère public, dans un élan zélé, avait requis deux ans de prison ferme et deux millions de FCFA d’amende, pointant des déclarations publiques jugées séditieuses. Des audios, des posts sur les réseaux sociaux, où l’ex-patron des flics critiquait la gouvernance de Talon avec une verve acerbe, ont servi de combustible à l’accusation. Mais voilà que la CRIET, dans un revirement digne d’une tragédie antique, décrète ces charges insuffisantes et ordonne une instruction complémentaire, requalifiant les faits en crimes.

Le nœud de l’affaire ?Des allégations prétendent que des conspirateurs ont sollicité Houndégnon pour un coup d’État contre Talon, des propositions qu’il affirme avoir catégoriquement rejetées. Le procureur, dans une rhétorique grandiloquente, argue que de tels propos, proférés par un homme de son rang, menacent la « quiétude du peuple » et ébranlent l’ordre constitutionnel. Pourtant, l’ironie est mordante : Houndégnon, qui clame son innocence et son ignorance des arcanes numériques, se retrouve enchaîné par des accusations aussi floues qu’une brume matinale. La CRIET, en renvoyant le dossier à l’instruction, semble moins chercher la vérité que tisser un filet plus serré autour d’un homme dont la voix, trop libre, dérange.

La CRIET, miroir d’une justice à géométrie variable

Cette juridiction spéciale dont le nom évoque autant la rigueur que la crainte, s’illustre une fois encore comme l’instrument d’une justice à géométrie variable. Houndégnon, critique virulent du régime, voit son sort s’alourdir, tandis que d’autres, plus dociles, glissent entre les mailles du filet judiciaire. Son coaccusé, Coffi Camille Amoussou, neveu et acolyte présumé, avait pourtant frôlé la relaxe lors d’audiences antérieures, preuve que la balance peut s’incliner différemment selon les visages.

Ce n’est pas la première fois que la CRIET joue les équilibristes. Créée pour juguler la corruption et le terrorisme, elle s’est muée en une arène dans laquelle les opposants politiques et les voix dissidentes sont souvent broyés. Les avocats de Houndégnon, dans un cri d’indignation, dénoncent une « hérésie judiciaire », pointant des irrégularités procédurales, comme des mandats de dépôt antidatés. Mais hélas, ces clameurs se perdent dans le vacarme d’une machine judiciaire qui semble moins servir la vérité que l’ordre établi.

Un Général dans la tourmente : le peuple béninois interrogatif

Houndégnon, hier gardien de l’ordre, aujourd’hui captif des geôles de Porto-Novo, incarne un paradoxe saisissant. Ses déclarations, qu’il voulait claironnantes, sont devenues des chaînes. Sa tentative de lancer un mouvement politique, « 11 & 12 », et de fédérer des fonctionnaires pour une alternance, a été interprétée comme une conspiration. La découverte d’une liste de personnalités lors d’une perquisition à son domicile n’a fait qu’attiser les soupçons, bien qu’il jure n’avoir fait que rêver d’un avenir différent pour le Bénin.

Pendant ce temps, le peuple béninois, spectateur d’un théâtre dans lequel la justice oscille entre sévérité et arbitraire, s’interroge. Pourquoi un général à la retraite, sans arme ni complot tangible, est-il traité comme un péril national, quand d’autres affaires, plus opaques, s’évanouissent dans l’oubli ? La CRIET, en requalifiant les charges, ne fait qu’alimenter le soupçon d’une justice instrumentalisée, où les puissants dictent le tempo et les dissidents paient le prix fort.

L’Affaire Houndégnon : une farce judiciaire en quête de dénouement

Alors que Houndégnon retourne dans l’ombre de sa cellule, la CRIET promet une instruction approfondie. Cependant, dans ce labyrinthe judiciaire, où les délais s’étirent et les accusations mutent, la vérité semble un mirage. La requalification criminelle, loin d’éclaircir l’horizon, épaissit le brouillard. Et si la justice béninoise, dans sa hâte à punir, ne faisait que révéler son propre malaise ? Dans ce ballet où les pas de la loi trébuchent sur les ambitions politiques, le rideau tarde à tomber, laissant le Bénin suspendu entre l’espoir de droiture et l’amertume d’une équité à deux visages.

Lokossa : une session criminelle sous haute tension pour la justice béninoise

Lokossa : La Justice face à l’horreur, session criminelle d’une gravité inédite, ouverte !

Lokossa, 19 mai 2025 – Ce lundi, les portes du Tribunal de première instance de deuxième classe de Lokossa s’ouvrent sur une arène judiciaire où se joue bien plus que des verdicts : l’espoir d’une justice intraitable face à la barbarie. Jusqu’au 28 mai, cette première session criminelle de l’année 2025, d’une gravité sans précédent, place sous les feux de la rampe des affaires de meurtre, de viol, de tentatives d’assassinat et de complicité d’enlèvement, avec un accent particulier sur les violences infligées aux adolescentes. Dans les départements du Mono et du Couffo, où l’attente d’une réponse judiciaire ferme est palpable, ce rendez-vous marque un tournant essentiel pour une société en quête de vérité et de réparation.

Violences contre les adolescents, meurtres… Les dossiers qui glacent et mobilisent la justice

Et effectivement, dès l’audience inaugurale, présidée sous l’égide des autorités politico-administratives du Mono et du Couffo, le ton est donné : la justice béninoise ne transige pas face aux atteintes les plus graves aux droits fondamentaux et à la dignité humaine. Les dossiers à l’ordre du jour, soigneusement sélectionnés pour leur gravité, reflètent la noirceur des crimes qui secouent la région.

Meurtres brutaux, viols d’adolescentes, enlèvements orchestrés avec une froide préméditation : chaque affaire est un cri d’alarme, un appel à une réponse judiciaire à la hauteur de l’indignation collective. Parmi les cas les plus emblématiques, des accusations de complicité d’enlèvement visant des réseaux criminels opérant dans les zones rurales du Couffo promettent des débats intenses et cruciaux.

Ces actes, souvent liés à des violences sexuelles atroces, ont profondément choqué les communautés locales, où la sécurité des jeunes filles est devenue une préoccupation majeure et urgente. « Cette session est un signal fort : personne ne peut bafouer la dignité humaine impunément, la justice poursuivra les auteurs de ces actes odieux », confie un magistrat impliqué dans les préparatifs, la voix empreinte de gravité et de détermination.

Au cœur de Lokossa : la transparence des audiences, gage de confiance et rempart contre l’arbitraire

Pour garantir l’équité et la confiance publique, transparence et solennité sont au cœur du processus judiciaire. Fidèle aux dispositions fondamentales du Code de procédure pénale béninois, le tribunal garantit des audiences publiques, une démarche essentielle saluée pour son rôle dans le renforcement de la confiance citoyenne et la lutte contre l’impunité.

À Lokossa, où les salles d’audience vibrent déjà de l’attente et de l’émotion des familles des victimes et des curieux, cette transparence devient un rempart crucial contre l’arbitraire et le déni de justice. Les débats, suivis de délibérations attendues après le 28 mai, promettent de scruter chaque détail des dossiers avec rigueur, sous le regard attentif d’une société qui exige des comptes clairs et justes.

Le tribunal, situé au cœur d’une ville d’ordinaire connue pour son calme relatif, se transforme ainsi en un théâtre vibrant de vérité et de confrontation. Les magistrats, soutenus par des avocats éloquents, des parties civiles et de la défense, devront naviguer avec impartialité entre la complexité des preuves et l’émotion brute des témoignages poignants.

Dans ce contexte, d’ailleurs, où les violences sexuelles et les homicides ont connu une recrudescence alarmante dans certaines localités du Mono, selon des rapports récents de la police judiciaire, cette session revêt une portée symbolique autant que pratique, essentielle pour l’ordre public.

Au-delà des prétoires : Le Bénin interrogé sur la protection de ses enfants et les racines du mal

Au-delà des verdicts rendus, la session de Lokossa interroge le Bénin tout entier sur sa capacité à protéger efficacement ses citoyens les plus vulnérables. Les affaires de viol et d’enlèvement, en particulier, mettent en lumière des failles systémiques profondes : pauvreté, manque d’éducation, et parfois complicité tacite ou silence de certaines communautés face à ces crimes.

Des organisations locales dévouées, comme l’ONG Femmes et Justice basée à Dogbo, plaident activement pour un renforcement des campagnes de sensibilisation ciblées et des mécanismes de protection des mineurs, en complément indispensable des sanctions judiciaires. La présence remarquée des autorités du Mono et du Couffo lors de l’ouverture traduit l’engagement de l’État à soutenir cette lutte vitale.

Des initiatives parallèles, telles que la formation des forces de l’ordre sur la prise en charge adaptée des victimes de violences sexuelles, financées par des partenaires comme l’UNFPA, témoignent d’une volonté de conjuguer répression et prévention. Pourtant, les défis restent immenses et les obstacles nombreux : les lenteurs judiciaires, dénoncées par certains avocats excédés, et la peur des représailles, qui dissuade malheureusement de nombreuses victimes de témoigner, continuent d’entraver le chemin long et difficile vers la justice pour de nombreuses victimes.

Lokossa, théâtre de l’espoir : vers un avenir dans lequel la dignité l’emporte sur la barbarie

Malgré ces obstacles, l’espoir subsiste d’atteindre un horizon de réparation et de dignité. À Lokossa, où les palmiers bordant le tribunal ondulent sous la brise, l’atmosphère est lourde de tension, mais aussi d’espoir. Pour les familles des victimes, chaque audience est une étape douloureuse, mais nécessaire vers la réparation, un pas vers la reconnaissance officielle de leur immense douleur et du préjudice subi.

Pour les accusés, c’est l’heure de répondre de leurs actes dans un cadre légal où la présomption d’innocence dialogue avec l’exigence impérieuse de vérité. Et pour la société béninoise dans son ensemble, cette session incarne une promesse forte : celle d’un État qui, face à l’horreur et à la barbarie, choisit résolument la justice comme boussole principale.

Alors que les débats s’ouvrent, Lokossa devient le miroir d’un Bénin déterminé à panser ses plaies profondes et à protéger ses enfants. Dans les salles d’audience, où les murmures des spectateurs se mêlent aux plaidoiries passionnées, une conviction émerge avec force : la justice, si elle ne peut effacer la douleur des victimes, peut poser les fondations solides d’un avenir dans lequel la dignité l’emporte finalement sur la barbarie.

Bénin : une affaire de viol et de corruption Secoue Tokplégbé, l’INF en première ligne pour la justice

Cotonou : scandale explosif à Tokplégbé ! Viol, corruption policière, la CRIET saisit l’affaire

Cotonou, 7 mai 2025 – Une onde de choc traverse le quartier de Tokplégbé, à Cotonou, où un scandale mêlant viol, corruption et abus de pouvoir a éclaté. Le 21 avril 2025, une dénonciation anonyme a révélé l’horreur : une jeune fille, droguée et violée dans un hôtel, a vu son agresseur présumé relâché contre une somme de 300 000 FCFA versée à un commissaire adjoint du commissariat local. Face à cette trahison de la confiance publique, l’Institut National de la Femme (INF) a saisi la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) avec une détermination inflexible. Cette affaire, dont le procès aura lieu le 22 mai 2025, révèle les failles d’un système et renforce la lutte pour la justice des victimes.

L’appel qui a tout changé : viol, drogue et bride au cœur du scandale

Le 21 avril, à 14 h 00, un appel anonyme au centre d’écoute de l’INF (numéro 114) a mis en lumière un crime odieux. Une jeune fille, dont l’identité reste protégée, aurait été droguée lors d’une soirée dans un hôtel de Cotonou, puis violée par un individu identifié par des témoins. Arrêté par la police de Tokplégbé, le suspect aurait échappé à la justice grâce à un arrangement illicite orchestré par un commissaire adjoint, contre un paiement de 300 000 FCFA. Cette révélation, confirmée par des investigations initiales, a provoqué une indignation immédiate.

Dès le 22 avril, l’INF, sous la direction de sa secrétaire exécutive, Flore Djinou, a porté l’affaire devant le procureur spécial de la CRIET. Le 2 mai, à 11 h 00, le commissaire adjoint, dont le nom n’a pas été officiellement divulgué, a été placé sous mandat de dépôt pour complicité et abus de fonction. Les enquêtes, menées par la CRIET, ont également révélé un passé judiciaire trouble de l’officier, aggravant la gravité des accusations portées contre lui.

L’INF entre en guerre : la lutte pour la justice à Tokplégbé devant la CRIET

L’INF, fer de lance de la lutte contre les violences basées sur le genre, a condamné avec vigueur cet acte de corruption. « Ceux qui portent l’uniforme pour protéger ne sauraient devenir les complices de l’injustice », a martelé Flore Djinou lors d’une déclaration à 15 h 00 le 6 mai, relayée par les médias locaux. L’Institut, créé en 2019 pour promouvoir les droits des femmes, a fait de cette affaire un symbole de son combat pour l’équité et la responsabilité. « Nous serons aux côtés des victimes, sans relâche, jusqu’à ce que justice soit rendue », a-t-elle ajouté.

Le procès, prévu pour le 22 mai à 9 h 00 à la CRIET, s’annonce comme un moment clé. La cour, réputée pour sa rigueur dans les affaires de corruption et de terrorisme, examinera les preuves, y compris les témoignages et les relevés financiers, pour établir les responsabilités. L’INF, partie civile dans le dossier, s’assurera que la victime puisse faire entendre sa voix, dans un contexte où 94 % des plaintes pour violences sexuelles restent sans suite au Bénin, selon les statistiques de 2023.

Face aux défaillances : l’appel de l’INF pour un changement systémique

Cette affaire, au-delà de sa gravité, met en lumière les défis persistants dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Le Bénin, qui a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), s’est engagé à protéger ses citoyennes. Pourtant, les cas de corruption au sein des forces de l’ordre, comme celui de Tokplégbé, sapent ces efforts. « Chaque acteur, quel que soit son rang, doit répondre de ses actes », a insisté Mme Djinou, appelant à une réforme des pratiques policières. L’INF a intensifié sa campagne de sensibilisation, exhortant les citoyens à dénoncer les violences via sa ligne d’urgence (114) ou son numéro dédié (+229 01 51 07 88 88), disponibles 24 h/24. Depuis le début de l’affaire, l’INF a reçu plus de 50 appels liés à des cas similaires, témoignant d’une prise de conscience croissante, selon son communiqué du 6 mai.

Vers un tournant ? Le procès attendu, symbole de l’espoir pour un Bénin juste

Alors que le soleil se couche sur Cotonou, l’affaire de Tokplégbé résonne comme un cri de ralliement. De 14 h 00 le 21 avril, date de la dénonciation, au procès attendu dans deux semaines, l’INF incarne l’espoir d’un système judiciaire qui ne plie pas face à l’impunité. Ce scandale, bien que douloureux, pourrait marquer un tournant dans la lutte contre les abus de pouvoir et les violences sexuelles. En attendant le verdict, le Bénin retient son souffle, porté par la promesse d’une justice qui, enfin, protégera les plus vulnérables.

Banikoara : Douze cultivateurs face à la justice pour un soupçon de complicité avec le djihadisme

Devant la CRIET : des cultivateurs de Banikoara accusés d’alimenter le djihad, un procès révélateur des tensions au nord Bénin

Ce lundi 5 mai 2025, la salle d’audience de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) à Porto-Novo s’est transformée en théâtre d’un drame judiciaire aux enjeux brûlants. En effet, douze hommes, originaires de l’arrondissement de Sompérékou dans la commune de Banikoara, département de l’Alibori, ont comparu, entravés par des accusations graves : approvisionnement en carburant de groupes djihadistes opérant dans le nord du Bénin. Arrêtés le 17 avril 2025, ces cultivateurs, pour la plupart modestes, ont clamé leur innocence avec force, rejetant en bloc les soupçons de collusion avec des réseaux terroristes. Par consequent la cour a  reporté l’audience au 23 juin pour réquisitions et plaidoiries . D’ailleurs, cette affaire révèle les tensions d’une région en proie à l’insécurité et les défis d’une justice confrontée à la complexité du terrorisme.

Piégés par une accusation lourde : le récit de l’arrestation et leur déni catégorique

Le 17 avril, dans la commune de Banikoara, frontalière du Burkina Faso et du Niger, une opération des forces de sécurité a conduit à l’interpellation de ces douze hommes. Sur leurs motos Haojue Xpress, les réservoirs contenaient entre 10 et 15 litres d’essence, un fait qu’aucun d’eux ne conteste. Mais l’accusation pèse lourd : ces carburants visaient à alimenter les activités de groupes djihadistes, notamment la Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), affiliée à Al-Qaïda, qui intensifie ses incursions dans le nord béninois depuis 2021. À la barre, les prévenus, cultivateurs pour la plupart, ont offert une défense unanime : l’essence servait à des usages agricoles, comme alimenter un tricycle pour le transport de récoltes. « Je n’ai jamais vu de djihadistes », a déclaré l’un d’eux, illustrant le fossé entre leurs témoignages et les charges retenues.

Banikoara : un carrefour sous pression, entre économie grise et menace djihadiste

Banikoara, avec ses 75 000 habitants et ses vastes champs de coton, est un poumon économique de l’Alibori, mais aussi un point névralgique de l’insécurité régionale. Depuis l’attaque d’une gendarmerie à Kérémou en février 2020, la commune est sous la menace de groupes armés exploitant les parcs transfrontaliers comme le W, où se mêlent trafic de carburant, d’armes et de drogue. Par ailleurs, le Bénin, jadis havre de paix, a vu l’insécurité croître, avec 28 événements violents attribués à JNIM ou à l’État islamique entre novembre 2021 et avril 2025. Le carburant, vital pour les motos des djihadistes, est devenu une ressource stratégique, souvent acheminée via des réseaux informels. Cette réalité place les habitants, dont beaucoup vivent de la contrebande transfrontalière, dans une zone grise où la survie économique frôle l’illégalité.

Le défi de la preuve : quand la contrebande devient soupçon de terrorisme devant la CRIET

La CRIET est au cœur de ce dossier sensible. Dans cette affaire, le chef de « contrebande » retenu contre les douze prévenus semble fragile face à leur déni catégorique de liens avec des groupes armés. L’absence de preuves directes, comme des témoignages de complicité ou des échanges avec des djihadistes, pourrait compliquer la tâche de l’accusation, d’autant que la contrebande de carburant est une pratique courante dans la région, alimentée par les écarts de prix avec le Nigeria voisin.

Plus qu’un procès : les vrais enjeux de la lutte antijihadiste et le poids des soupçons sur les communautés

Ce procès, loin d’être un simple fait divers, reflète les défis d’un Bénin confronté à l’expansion du djihadisme depuis le Sahel. Les autorités, qui ont déployé une base militaire à Porga après l’attaque de 2021, oscillent entre fermeté et risque de stigmatisation des communautés locales, souvent peules, soupçonnées à tort de collusion. En plus, les prévenus, par leur profil modeste, incarnent cette tension : cultivateurs pris dans un engrenage sécuritaire, ils risquent de payer le prix d’une lutte antiterroriste où la nuance peine à s’imposer.

L’Heure de vérité : un verdict aux lourdes conséquences pour les accusés et le nord du Bénin

Le 23 juin, lorsque le juge rendra son verdict, l’issue de ce dossier pourrait marquer un tournant. Une condamnation sans preuves solides risquerait d’attiser la défiance des populations du Nord, tandis qu’un acquittement pourrait être perçu comme un aveu d’impuissance face aux réseaux transfrontaliers. À Banikoara, où le soleil brûle les champs et où l’angoisse des attaques plane, ces douze hommes attendent, derrière les barreaux, que la justice tranche. Dans leurs regards, un proverbe bariba semble résonner : « La vérité est comme l’eau, elle finit toujours par trouver son chemin. » Reste à savoir si ce chemin mènera à la lumière ou à l’ombre.

Affaire Houndégnon à la CRIET  : entre droit et devoir

Procès choc à la CRIET : L’ex-Général Houndégnon face à de graves accusations, le verdict très attendu

Ce 28 avril, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) à Porto-Novo s’est érigée en théâtre d’un procès retentissant, celui de Louis Philippe Houndégnon, ancien directeur général de la police nationale du Bénin. Accusé d’incitation à la rébellion et de harcèlement par voie électronique, l’ex-général, figure influente sous l’ère Boni Yayi, a vu le ministère public requérir contre lui une peine de 2 ans de prison ferme et une amende de 2 millions de FCFA. Ce verdict, encore en suspens alors que les plaidoiries se poursuivent, soulève des questions cruciales sur la liberté d’expression, le devoir de réserve et les limites de la critique politique dans un Bénin en pleine mutation.

Le Passage de l’Ombre : Comment l’ancien DG Police est devenu un critique virulent du pouvoir en place

Pour comprendre ce procès retentissant qui soulève tant de questions, il faut revenir sur la trajectoire de Louis Philippe Houndégnon, général à la retraite, qui n’est pas un inconnu au Bénin. Directeur général de la police nationale sous la présidence de Thomas Boni Yayi (2006-2016), il a marqué les esprits par son charisme et son autorité, avant d’être écarté en 2016 à l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon. Depuis, Houndégnon s’est mué en critique virulent du régime, multipliant les interventions sur les réseaux sociaux pour dénoncer la gouvernance de Talon, la fusion police-gendarmerie et les retraites forcées dans les forces de sécurité. Ses prises de parole, souvent relayées par son neveu et co-accusé Camille Coffi Amoussou, ont oscillé entre analyse politique et appels à la mobilisation, suscitant l’ire des autorités.

Du projet « 11 & 12 » aux accusations de rébellion : L’affaire Houndégnon, une plongée dans la sphère numérique et politique

Ces prises de position critiques et son activisme numérique ont eu des conséquences judiciaires majeures. Le 13 novembre 2024, Houndégnon est arrêté à son domicile à Abomey-Calavi après une perquisition musclée. Les chefs d’accusation – incitation à la rébellion et harcèlement électronique – s’appuient sur des publications numériques et des échanges privés, notamment avec un ancien ministre de Boni Yayi, où il évoquait la succession de Talon et son projet politique, le mouvement «  11 & 12  ». Ce dernier, selon Houndégnon, visait à fédérer des personnalités pour une alternance démocratique, bien qu’aucun contact formel n’ait été établi. Lors de l’audience de ce lundi, le substitut du procureur a fustigé l’attitude de l’ex-général  : «  Si vous n’êtes plus sous le drapeau, vous avez le drapeau au corps  », une admonestation soulignant que, même retraité, un officier se doit de respecter un devoir de réserve.

Au-delà du Procès : la CRIET, les libertés et la stabilité économique… les enjeux de l’affaire Houndégnon

Ce procès, avec ses accusations basées notamment sur des communications numériques, se déroule devant une juridiction souvent critiquée pour son rôle dans le paysage politique béninois. La CRIET, souvent accusée par l’opposition de servir d’instrument politique, a prononcé des condamnations lourdes contre des figures comme Reckya Madougou (20 ans pour complicité d’acte terroriste) et Joël Aïvo (10 ans pour complot). Dans le cas de Houndégnon, le procureur a reproché à l’accusé d’avoir «  incité le peuple à se soulever contre les dirigeants  », une accusation grave dans un contexte dans lequel le Bénin, sous Talon, affiche une stabilité économique (croissance de 7,5  % en 2024) mais fait face à des critiques sur la restriction des libertés.

Face aux juges : Houndégnon nie le coup d’État et revendique sa liberté d’expression

Au-delà du contexte général de la CRIET et des critiques qu’elle suscite, le procès de Louis Philippe Houndégnon a suivi un déroulement marqué par des rebondissements et la présentation d’éléments clés. Le procès, reporté à plusieurs reprises (17 mars, 24 mars) en raison de l’absence des prévenus ou de débats procéduraux, a atteint un tournant aujourd’hui. Les éléments à charge incluent des conversations extraites du téléphone de Houndégnon, où il affirmait  : «  Qu’on me tue ou m’arrête, cela ne me dirait rien  », et une liste de personnalités pressenties pour son mouvement. Houndégnon, défendu par un collège d’avocats dont Me François Kèkè Adjignon, a nié toute intention de coup d’État, insistant sur son droit à s’exprimer et son engagement pour un Bénin démocratique.

Une leçon sur le devoir de réserve : les enjeux juridiques et éthiques soulevés par l’affaire de l’ex-DG Police

L’affaire Houndégnon, avec ses accusations (incitation à la rébellion) et les lignes de défense adoptées par l’ex-Général, soulève une question juridique et éthique fondamentale : celle du devoir de réserve, particulièrement pour les anciens hauts fonctionnaires. En droit béninois, ce principe, bien que non codifié précisément, impose aux officiers, même retraités, une retenue dans leurs propos publics, surtout lorsqu’ils touchent à la sécurité nationale. Le procureur a argué que Houndégnon, par ses critiques acerbes et son mouvement « 11 & 12 », a franchi une ligne rouge, incitant à la désobéissance civile. Cette position soulève un débat  : où s’arrête le devoir de réserve et où commence la liberté d’expression garantie par la Constitution béninoise  ?

Citoyenneté et devoir de réserve : un équilibre délicat posé à l’échelle universelle

Au-delà de l’aspect purement juridique de cette affaire, l’affaire Houndégnon offre une leçon essentielle sur un concept qui dépasse les frontières : comment concilier loyauté envers l’État et critique des gouvernants ? Houndégnon, lors des audiences, a revendiqué son rôle de citoyen engagé, arguant que sa mise à la retraite forcée l’a libéré de certaines contraintes. Il a également rappelé son passé de protecteur, notamment lorsqu’il sécurisait un ministre menacé sous Boni Yayi. Ce discours, mêlant patriotisme et défi, illustre une tension universelle.

Les enjeux politiques pour le Bénin : le procès Houndégnon et la CRIET au cœur des dynamiques de pouvoir

Cette tension universelle, entre devoir et liberté, s’observe avec une acuité particulière dans le contexte politique actuel du Bénin. Au-delà du sort de Houndégnon, ce procès reflète les dynamiques politiques du Bénin à l’approche de la fin du second mandat de Talon en 2026. La CRIET, perçue par certains comme un outil de répression des opposants, est sous le feu des critiques. Des rapports d’Amnesty International dénoncent la restriction des libertés au Bénin, tandis que des observateurs notent que les condamnations visent souvent des figures liées à l’opposition, comme dans les affaires Madougou et Aïvo.

Vigilance citoyenne à l’ère numérique : liberté d’expression et ses limites sur les réseaux sociaux, les leçons du procès

Ce procès n’a pas seulement des implications politiques pour les élites ; il est aussi une source d’apprentissage direct pour les citoyens béninois, notamment dans leur usage du numérique. Pour le public béninois, ce procès est une leçon sur la vigilance citoyenne. Les réseaux sociaux, où Houndégnon s’exprimait, sont devenus un espace de débat, mais aussi de surveillance. Les citoyens, en observant ce procès, apprennent que la liberté d’expression, bien que sacrée, peut heurter des limites lorsqu’elle est perçue comme une menace à l’ordre public.

Justice, libertés, histoire : L’affaire Houndégnon, un procès qui marquera et interrogera les fondements de la nation

Alors que l’issue judiciaire de cette affaire se profile, l’affaire Houndégnon invite d’ores et déjà à une réflexion profonde qui dépasse le cadre légal. Alors que les plaidoiries se poursuivent à la CRIET, l’affaire Houndégnon invite à une réflexion profonde. Pour les juristes, elle interroge l’équilibre entre justice et politique ; pour les citoyens, elle rappelle la fragilité des libertés dans un contexte de consolidation du pouvoir ; pour les historiens, elle s’inscrit dans une lignée de procès marquants, de l’affaire ICC Services à celle de Dangnivo. Houndégnon, qu’il soit condamné ou acquitté, restera une figure emblématique, un homme qui, selon ses mots, «  n’a rien à se reprocher  ».

Vers une citoyenneté responsable : le procès Houndégnon, un rappel que la liberté s’accompagne d’un devoir envers l’unité et la stabilité.

En ce jour où le sort de l’ex-Général est en jeu, le Bénin se trouve à un carrefour. Pour les générations futures, l’affaire Houndégnon enseignera une vérité universelle : dans une nation, le courage de s’exprimer doit s’accompagner d’une responsabilité envers l’unité et la stabilité. En conclusion, ainsi, sous les ors de la CRIET, se joue bien plus qu’un verdict ; se joue une leçon sur ce que signifie être citoyen dans un monde complexe.