Bénin : la justice alerte sur des arnaques liées à la grâce présidentielle

L’espoir suscité par une éventuelle grâce présidentielle est aujourd’hui exploité par des réseaux de fraude. En effet, face à la multiplication de tentatives d’escroquerie, le ministère béninois de la Justice appelle les familles de personnes détenues à la plus grande prudence et annonce une riposte judiciaire contre les auteurs de ces pratiques.

De faux intermédiaires promettent des libérations contre paiement

Selon les autorités, plusieurs individus se font passer pour des personnes influentes ou proches de l’administration judiciaire, affirmant pouvoir faciliter l’inscription de détenus sur une prétendue liste de bénéficiaires d’une grâce présidentielle. En échange, ils réclament des sommes d’argent aux proches des prisonniers.

Pour ce faire et pour rendre leur discours crédible, certains n’hésitent pas à usurper l’identité de magistrats ou de responsables administratifs, profitant ainsi de la vulnérabilité de familles en quête d’une issue favorable pour leurs proches.

Le ministère dément toute procédure payante

Dans son communiqué, le ministère de la Justice rappelle qu’aucune démarche financière n’est liée à l’octroi d’une grâce présidentielle. En réalité, cette mesure relève exclusivement des prérogatives du président de la République et suit une procédure encadrée par les textes en vigueur.

De plus, les autorités insistent également sur le fait qu’il n’existe ni liste accessible au public, ni intermédiaire habilité à intervenir dans le processus. Dès lors, toute personne prétendant pouvoir influencer cette décision agit de manière frauduleuse.

Une réponse pénale annoncée

Afin d’enrayer ces agissements, la justice a instruit les procureurs de la République d’engager des poursuites contre toute personne impliquée dans ces escroqueries. Les auteurs encourent ainsi des sanctions prévues par le Code pénal pour des faits tels que l’escroquerie, l’usurpation de fonction ou l’abus de confiance, selon les circonstances.

Par ailleurs, le ministère invite les citoyens à signaler sans délai toute sollicitation suspecte aux services compétents afin de permettre l’ouverture d’enquêtes.

À travers cette alerte, les autorités cherchent autant à protéger les familles contre des pertes financières qu’à préserver l’intégrité du processus de grâce présidentielle. Enfin, elles rappellent que seule l’information émanant des canaux officiels fait foi et exhortent les citoyens à se méfier de toute promesse de libération obtenue contre rémunération.

Bénin : plus de 116 millions FCFA à payer, le Tribunal de commerce tranche le bras de fer entre SIAB et CECO BENIN

Le Tribunal de commerce de Cotonou a tranché le contentieux commercial opposant la Société Industrielle d’Acier du Bénin (SIAB) à CECO BENIN SARL. Dans son jugement nᵒ 052/2026/CJ1/S2/TCC, rendu le 11 juin 2026, la juridiction a condamné l’entreprise débitrice à verser 116 523 902 FCFA, rejetant sa demande de délai de grâce. Les juges ont validé la créance de la SIAB, assortie des intérêts et frais de justice, rappelant la rigueur des juridictions commerciales face aux impayés.

De la vente à crédit au litige : Les origines des factures impayées 

Au cœur de cette affaire, il s’agit d’une relation commerciale standard entre un fournisseur et son client. La Société Industrielle d’Acier du Bénin (SIAB) livrait régulièrement des matériaux à CECO BENIN SARL dans le cadre d’un accord de vente à crédit. Au fil des approvisionnements réalisés en 2024, plusieurs factures sont toutefois restées sans règlement.

Selon le dossier examiné par le Tribunal de commerce de Cotonou, la créance principale s’élève à 116 523 902 FCFA. En ajoutant les intérêts et les accessoires, le montant total réclamé atteignait 124 059 882 FCFA.

La défense de CECO BENIN : Des tensions de trésorerie non prouvées 

Face à cette dette, CECO BENIN SARL a choisi de porter l’affaire devant la justice commerciale le 26 mars 2026. L’entreprise ne contestait pas totalement son obligation de paiement, mais remettait en cause le montant réclamé par son fournisseur. Elle sollicitait surtout un délai de grâce d’une année afin d’apurer progressivement sa dette.

Pour justifier cette requête, la société expliquait subir d’importantes tensions de trésorerie, provoquées notamment par les retards de paiement de plusieurs de ses propres clients.

Elle faisait également valoir qu’elle avait adressé à la SIAB, le 4 février 2026, une proposition d’échelonnement du remboursement sur six mois à compter du 30 mars 2026. Selon elle, son fournisseur avait engagé la procédure de recouvrement avant même l’expiration de ce calendrier.

Le verdict du Tribunal : Validation de la créance et rejet du délai de grâce 

Après examen des pièces versées au dossier, les juges ont confirmé que la SIAB avait bien exécuté les livraisons. Ils ont ensuite constaté que CECO BENIN SARL reconnaissait elle-même l’existence de la dette réclamée par son fournisseur. Cette reconnaissance a renforcé la position de la SIAB, qui demandait le paiement intégral de sa créance.

Le point central du litige portait sur la demande de report de paiement. Pour obtenir un délai de grâce, CECO BENIN invoquait une situation financière difficile. Mais le Tribunal a estimé que l’entreprise n’avait fourni aucun document suffisamment probant pour démontrer l’ampleur de ses difficultés économiques. Faute d’éléments comptables ou financiers permettant d’apprécier sa situation réelle, les juges ont rejeté cette demande.

 

Recouvrement de créance : Un avertissement sévère pour les entreprises au Bénin 

Par ailleurs, cette décision rappelle une exigence essentielle en matière de relations commerciales : les difficultés de trésorerie, aussi réelles soient-elles, ne suffisent pas à obtenir un report judiciaire des paiements lorsqu’elles ne sont pas étayées par des preuves concrètes.

Le jugement illustre également l’importance, pour les entreprises, de documenter leur situation financière lorsqu’elles sollicitent des délais de grâce devant les juridictions commerciales. À défaut, la reconnaissance de la dette et les preuves de livraison demeurent des éléments déterminants susceptibles d’entraîner une condamnation immédiate au paiement.

Bénin : le Tribunal de commerce tranche un litige sur les virements d’étudiants à l’étranger

Une simple attestation bancaire ne vaut pas un ordre permanent de virement. C’est le principal enseignement d’une récente décision du Tribunal de commerce de Cotonou, qui a tranché un litige opposant deux étudiants béninois installés en Europe, une société prestataire et une banque. Au-delà du différend, le jugement redéfinit les responsabilités de chaque acteur dans le financement des études à l’étranger.

Six mois sans ressources : La galère de deux étudiants béninois en Europe 

Ce qui devait être une garantie financière pour poursuivre des études en Europe s’est transformé en un véritable défi administratif labyrinthique. Deux étudiants béninois, installés respectivement à Marseille en France et en Suisse, se sont retrouvés privés pendant près de six mois des virements mensuels censés couvrir leurs dépenses de subsistance. Pourtant, leurs familles avaient constitué la provision financière requise et fait bloquer les fonds conformément aux exigences des procédures de visa.

Estimant avoir subi un important préjudice, les deux jeunes ont saisi le Tribunal de commerce de Cotonou. Ils réclamaient 30 millions de FCFA de dommages-intérêts à la société ENERGY SARL et à ORABANK BENIN SA, qu’ils jugeaient responsables de l’interruption des paiements.

Attestation de provision vs Ordre de paiement : Le litige entre Energy SARL et Orabank 

Au cœur du dossier figurait une question juridique essentielle : une attestation bancaire certifiant l’existence de fonds bloqués suffit-elle à imposer l’exécution automatique de virements mensuels ? Pour ENERGY SARL, la réponse était oui. La société estimait que les fonds étant déjà cantonnés auprès de la banque, celle-ci devait poursuivre les transferts sans attendre de nouvelles instructions.

La banque défendait une position différente. Selon elle, les attestations produites ne constituaient qu’une preuve de disponibilité des fonds et non un mandat permanent de paiement. Le prestataire a donné des instructions ponctuelles pour les premiers virements, mais il n’a pas renouvelé ces ordres les mois suivants. Faute de nouvelles instructions, la banque ne pouvait légalement exécuter aucun transfert supplémentaire.

Le verdict du juge : La responsabilité incombe au prestataire 

Dans son jugement, le Tribunal de commerce de Cotonou a donné raison à la banque. Les juges ont considéré qu’une attestation bancaire de provision ne peut être assimilée à un ordre de virement permanent et irrévocable. Ils ont également relevé que le fait qu’ENERGY SARL ait adressé des ordres distincts pour les premiers versements démontrait qu’elle connaissait la procédure à suivre et savait que chaque paiement nécessitait une instruction spécifique.

En conséquence, le Tribunal a jugé que la société prestataire portait l’entière responsabilité de l’interruption des virements et a mis ORABANK BENIN SA hors de cause.

Le déblocage immédiat des fonds ordonné sans dommages-intérêts 

Les deux étudiants n’ont toutefois pas obtenu les 30 millions de FCFA de réparation qu’ils réclamaient. Le Tribunal a estimé qu’ils n’avaient pas démontré l’existence d’un préjudice financier distinct et précisément évaluable au-delà de l’absence temporaire des virements.

En revanche, les juges ont ordonné à la banque de procéder immédiatement au transfert des sommes encore disponibles sur la provision bloquée afin que les bénéficiaires puissent enfin disposer de l’argent destiné à leurs études. Par ailleurs, le tribunal a condamné ENERGY SARL aux dépens.

Une nouvelle jurisprudence pour sécuriser le financement des études à l’étranger 

Au-delà du cas des deux étudiants, cette décision apporte une clarification significative pour les familles béninoises qui financent des études à l’étranger.

Par ce jugement, le Tribunal rappelle qu’une attestation bancaire ne remplace pas un ordre de paiement prévu par le contrat. Il appelle également les familles et les étudiants à vérifier avec rigueur les engagements des prestataires avant d’entamer toute procédure de visa ou de financement des études à l’étranger.

Cette décision enrichit ainsi la jurisprudence béninoise en matière de services bancaires et de financement des études internationales. Elle pourrait désormais constituer une référence pour les litiges futurs portant sur les obligations respectives des banques et des intermédiaires chargés d’assurer les virements destinés aux étudiants.

Bénin : La santé mentale de la tiktokeuse Florence Kingbo au cœur des débats à la CRIET

Après plusieurs mois d’attente et de reports, le dossier de la tiktokeuse Florence Kingbo connaît une avancée décisive. La CRIET a finalement obtenu l’expertise psychiatrique, ouvrant la voie à la reprise de l’examen du dossier.

Le dossier de Florence Kingbo franchit une nouvelle étape. Ce mardi 7 juillet 2026, la CRIET a renvoyé l’affaire au 13 octobre prochain, le temps d’examiner le rapport de l’expertise psychiatrique ordonnée par la juridiction. Une décision qui replace au centre du débat la question de la responsabilité pénale de la jeune tiktokeuse.

Une procédure relancée

Après plusieurs mois d’attente et de reports, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme a enfin pu avancer sur un point resté longtemps en suspens : l’expertise psychiatrique de Florence Kingbo. Présentée à l’audience après son extraction de prison, la prévenue a assisté aux débats dans une attitude beaucoup plus réservée que lors de ses précédentes comparutions.

Silencieuse tout au long de l’audience, elle a contrasté avec l’image d’une accusée plus combative observée en février dernier, lorsqu’elle avait multiplié les échanges tendus avec la présidente de la Cour et la représentante du ministère public.

L’expertise au cœur du dossier

C’est désormais le rapport du médecin psychiatre qui devrait orienter la suite de la procédure. Or, cette évaluation a accusé beaucoup de retard. La CRIET l’a ordonnée le 24 mars 2026 et devait l’intégrer au dossier avant la fin mai, mais les juges n’ont pas reçu le document dans les délais.

Lors de l’audience du 2 juin, la juridiction avait déjà constaté que la mesure n’avait pas été exécutée. L’absence de la prévenue à cette date avait conduit sa défense à évoquer des difficultés liées à son extraction vers le centre spécialisé. Me Aboubacar Baparapé avait alors expliqué avoir effectué toutes les démarches nécessaires sans parvenir à faire réaliser l’examen à temps.

La défense salue les diligences du parquet

Cette fois, l’expertise a finalement pu être effectuée après le transfert de Florence Kingbo au Centre psychiatrique de Jacquot. Son avocat a salué les démarches entreprises par le parquet spécial, estimant qu’elles ont permis à la fois la réalisation de l’examen médical et la comparution de sa cliente à l’audience.

Pour la défense, cette étape est essentielle, car elle doit éclairer la juridiction sur l’état mental de la jeune femme au moment des faits reprochés. La question de l’irresponsabilité pénale, déjà évoquée lors de la première audience, reste donc au centre du dossier.

Une affaire née des réseaux sociaux

Florence Kingbo, 21 ans, est en détention préventive depuis le 18 décembre 2025. Le parquet spécial près la CRIET la poursuit pour harcèlement par le biais d’un système électronique, atteinte à la vie privée, incitation à la haine et à la violence, ainsi qu’incitation à la rébellion.

Les poursuites trouvent leur origine dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle la jeune femme tenait des propos visant notamment l’ancien président Patrice Talon, son épouse Claudine Talon et leur fils. Lors de sa première comparution, le 3 février 2026, elle avait reconnu les faits, tandis que son avocat plaidait déjà une possible irresponsabilité pénale liée à des troubles mentaux.

CRIET : un report stratégique pour l’examen psychiatrique

En renvoyant l’affaire au 13 octobre 2026, la CRIET choisit d’attendre les conclusions de l’expertise psychiatrique avant d’entrer dans l’examen de fond. Ce report marque moins un simple renvoi technique qu’un moment charnière dans une affaire où se croisent expression sur les réseaux sociaux, droit pénal et santé mentale.

À ce stade, la juridiction semble vouloir disposer de tous les éléments médicaux avant de trancher sur la suite à donner au dossier. La prochaine audience pourrait donc être décisive pour l’orientation judiciaire de cette affaire très suivie.

Bertin Koovi saisit la justice française et la CRIET contre l’activiste Habib Ahandessi

Les réseaux sociaux africains sont-ils devenus des zones de non-droit ou le nouveau terrain d’une guérilla judiciaire internationale ?

C’est la question qui brûle les lèvres après la double offensive judiciaire lancée par l’homme politique  Bertin Koovi. Ce dernier a décidé de porter ses différends avec l’activiste Habib Ahandessi devant deux juridictions distantes de plusieurs milliers de kilomètres : le parquet français et la redoutable Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Porto-Novo.

Cette double saisine illustre un phénomène grandissant : la fin de l’impunité pour les influenceurs et activistes de la diaspora qui pensent que la distance géographique les protège des lois de leur pays d’origine.

Une affiche arrachée, un « direct » TikTok qui dérape

L’étincelle à l’origine de cet imbroglio politico-numérique semble presque dérisoire, avant de prendre des proportions étatiques. Tout commence lorsque Bertin Koovi décide de retirer de l’espace public une affiche qu’il juge injurieuse et portant gravement atteinte à l’image de la République du Bénin. Un acte de salubrité républicaine pour les uns, une provocation pour les autres, qui enflamme immédiatement la toile béninoise.

Très vite, la réplique ne se fait pas attendre. Lors d’un « direct » sur la plateforme TikTok, le 28 juin 2026, Habib Ahandessi, un citoyen béninois résidant en France, s’en prend violemment à Bertin Koovi. Toutefois, selon les conseils de ce dernier, les limites de la simple liberté d’expression auraient été largement franchies. La plainte évoque des « appels à la violence » directs et caractérisés, proférés devant des milliers de spectateurs connectés.

L’axe judiciaire Paris – Porto-Novo

La singularité de la riposte de Bertin Koovi réside dans sa stratégie de « tenaille » juridique :

  • Le volet français : visant directement Habib Ahandessi sur son lieu de résidence, cette plainte active les dispositions du Code pénal français relatives aux menaces de violences commises par voie numérique.

  • Le volet béninois : en saisissant le procureur spécial de la CRIET, juridiction ultra-spécialisée et réputée pour sa fermeté face aux infractions cybernétiques, Bertin Koovi s’assure que l’affaire reste inscrite à l’agenda judiciaire national.

Par ailleurs, la CRIET a officiellement reçu une copie certifiée des démarches engagées en France, preuve de la technicité de la procédure. L’objectif affiché est de faciliter l’entraide judiciaire entre Paris et Cotonou, notamment en vue d’un éventuel échange de preuves ou de l’exécution de commissions rogatoires internationales.

Alors que les parquets analysent le dossier, cette affaire s’annonce déjà comme un cas d’école. Elle rappelle également aux créateurs de contenu que l’espace virtuel n’échappe pas au droit et qu’un smartphone utilisé depuis l’Europe ne constitue plus un bouclier suffisant contre d’éventuelles poursuites engagées par la justice béninoise.

Affaire Dangnivo : Coup de théâtre, l’ex-DG de la police appelé à la barre

Le procès de l’affaire Dangnivo a repris ce vendredi dans une atmosphère électrique. Entre témoins fugitifs et demande de comparution d’un ancien haut responsable sécuritaire, l’audience balance entre blocages techniques et révélations potentielles.

L’ombre de Pierre Urbain Dangnivo plane toujours sur le tribunal, seize ans après sa disparition mystérieuse. Ce vendredi 26 juin 2026 matin, l’enceinte judiciaire s’est replongée dans les méandres d’un dossier qui continue de tenir le Bénin en haleine. Mais alors que la cour espérait avancer sur le fond, ce sont les questions de procédure et la traque des témoins clés qui ont d’emblée crispé les débats.

Témoins introuvables et géolocalisés à l’étranger

Il est un peu moins de 10 heures lorsque le président du tribunal ouvre la session. Le magistrat rappelle immédiatement le motif de la précédente suspension : la cour attendait la comparution de deux témoins cruciaux. Le premier est Micheline Houndégla, une femme identifiée comme ayant été en contact téléphonique régulier avec « Alofa » — le principal suspect — à l’époque des faits. Le second est M’po Kouagou, inspecteur de police de deuxième classe, en poste au commissariat de Godomey au moment du drame.

La réponse du ministère public ne tarde pas, mais elle sonne comme un aveu d’impuissance logistique. À 10 h 01, le procureur de la République prend la parole : les deux témoins ont quitté le territoire national. Le parquet tente néanmoins de rassurer l’assistance en affirmant qu’ils ont été « géolocalisés » à l’étranger.

Cette annonce suscite immédiatement l’irritation de la partie civile. L’un des avocats de la famille Dangnivo se lève et exige des preuves tangibles de ces recherches infructueuses. « Ces éléments seront intégrés au dossier au fil de l’audience », rétorque le ministère public, tentant de couper court à l’incident de séance avant de réclamer, pour avancer, la comparution des membres de la famille de la victime. Problème : la salle est à moitié vide, les proches ne sont pas encore arrivés. Face à ce flottement, le président suspend l’audience pour trente minutes.

Le spectre des « secrets » de l’ex-DG de la police

Il faudra finalement attendre 11 h 23 pour que les suspensions de séance prennent fin. À la reprise, Me Olga Anassidé, conseil de la partie civile, confirme que deux membres de la famille Dangnivo ont enfin pris place dans la salle.

Toutefois, le véritable coup de tonnerre de la matinée survient trois minutes plus tard. À 11 h 26, Me Anassidé jette un pavé dans la mare judiciaire en demandant formellement la comparution à la barre de l’ancien directeur général de la Police nationale, Louis Philippe Houndégnon. L’argumentaire de l’avocate est percutant : ce haut gradé a publiquement affirmé, par le passé, détenir des informations capitales sur les dessous de cette affaire d’État.

Alors que le procès se poursuit et que le tribunal doit encore examiner le bien-fondé de cette demande de comparution, une question brûle toutes les lèvres dans les travées du tribunal : la justice osera-t-elle faire témoigner l’ancien patron de la police pour lever le voile sur l’une des plus grandes énigmes criminelles et politiques du pays ? Les prochaines heures s’annoncent décisives.

À suivre …

Procès Steve Wotto devant la Criet : Entre amertume, mysticisme et psychiatrie

Cotonou, le 23 juin 2026Dans le huis clos solennel de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), les rideaux se sont levés ce lundi 22 juin sur une audience singulière, oscillant nerveusement entre joute politique, dévotion spirituelle et expertise médicale. À la barre, Steve Wotto, un prévenu dont les vidéos virales sur les réseaux sociaux ont fini par rattraper le destin.

Poursuivi pour ses virulentes sorties numériques ciblant l’ancien président Patrice Talon ainsi que son successeur, l’actuel chef de l’État Romuald Wadagni, l’homme a choisi d’assumer. Du moins, en partie.

« Sous le coup de l’amertume »

Dès l’ouverture des débats, le président de céans a cherché à confronter le prévenu à la matérialité et à la teneur de ses propos. « Oui, j’ai fait des vidéos », concède d’emblée Steve Wotto, d’un ton qui se veut assuré. Relancé par le magistrat sur la nature exacte des attaques visant les deux figures de l’exécutif, l’homme ne cille pas : « Oui, j’ai tenu des propos. J’ai dit beaucoup de choses de Talon ».

C’est alors que le dialogue s’est teinté d’une fine ironie judiciaire. À la question du juge lui demandant s’il avait, au moins une fois, « dit de bonnes choses » de l’ancien président, Steve Wotto a tranché, catégorique :

« Je ne saurais qualifier mes propos. J’ai fait ces vidéos sous le coup de l’amertume ».

Pour justifier la virulence de ses diatribes, le prévenu a ensuite opéré un glissement inattendu du terrain politique vers le champ métaphysique. Se définissant devant la Cour comme un « homme spirituel », il a affirmé avoir agi non pas de son propre chef, mais sous la dictée invisible et l’influence des « mânes des ancêtres ».

Éclat de colère à la barre

Si le début de l’interrogatoire s’est déroulé dans un calme relatif, l’ambiance a brusquement tourné à l’orage lorsque le juge et le ministère public ont abordé les conditions de son interpellation, suggérant que le prévenu se cachait pour échapper à la justice.

Touché dans son honneur, Steve Wotto est entré dans une colère noire, haussant brutalement le ton face aux magistrats :

« Je n’ai jamais été arrêté ! Je me suis rendu moi-même au commissariat de police de Bohicon quand j’ai appris que j’étais recherché. « On ne m’a pas arrêté, je me suis rendu. »

Le discernement au cœur des débats

Face à ce profil imprévisible, la défense a rapidement tenté de déplacer le curseur vers le terrain de la responsabilité pénale. Évoquant des « propos incohérents », l’avocat de Steve Wotto a révélé à la Cour l’existence d’antécédents psychiatriques lourds, mentionnant notamment un traitement suivi par son client au centre psychiatrique de Jacquot. Pour appuyer sa démarche, le conseil a réclamé la comparution du père du prévenu afin d’éclairer la Cour sur la santé mentale de ce dernier, ainsi qu’une expertise psychiatrique formelle.

Une ligne de défense immédiatement contestée… par le prévenu lui-même. Debout à la barre, l’homme s’est insurgé contre la stratégie de son propre avocat : « Je ne suis pas fou », a-t-il martelé.

Devant la complexité du profil de l’accusé et la nécessité d’évaluer son discernement au moment des faits, le ministère public a sollicité un report. Le juge a finalement renvoyé le dossier au lundi 20 juillet 2026, le temps pour la justice d’examiner la demande d’expertise psychiatrique. Une pause de quatre semaines qui s’annonce cruciale pour déterminer si Steve Wotto relève de la sanction pénale ou des soins médicaux.

Bénin : Candide Azannaï devant la justice après six mois de détention

Le président du parti « Restaurer l’Espoir », Candide Azannaï, poursuivi pour « complot contre la sûreté de l’État » et « provocation à la rébellion », est entendu pour la première fois sur le fond du dossier par la CRIET.

Cotonou, 18 juin 2026 — Ce jeudi 18 juin 2026 marque une étape cruciale dans le dossier judiciaire qui a conduit l’une des figures les plus controversées de l’opposition béninoise en détention provisoire. Candide Azannaï, ancien ministre de la Défense et président du parti « Restaurer l’Espoir », comparaît devant la commission d’instruction de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).

CRIET : une audition sur le fond attendue depuis six mois à Cotonou

L’opposant, accompagné de son avocat, Me Rodrigue Davankan, répond pour la première fois aux questions des magistrats sur le fond du dossier. Le cortège pénitentiaire a transféré ce matin le détenu au siège de la CRIET, situé dans le quartier administratif de Cotonou.

Les magistrats avaient placé Candide Azannaï en détention provisoire le samedi 20 décembre 2025, peu après 1 heure du matin, à l’issue d’auditions qui s’étaient prolongées tard dans la nuit. Ainsi, la décision judiciaire avait ordonné son placement sous mandat de dépôt et l’ouverture d’une instruction pour mener des investigations complémentaires.

Complot contre la sûreté de l’État : des charges lourdes contre Candide Azannaï

Le parquet spécial de la CRIET poursuit le leader de « Restaurer l’Espoir » pour des faits présumés de « provocation à la rébellion » et de « complot contre la sûreté de l’État ». Ces lourdes accusations font écho à la tentative de coup d’État déjouée du 7 décembre 2025, qui avait ébranlé les institutions de la République. Candide Azannaï est ainsi devenu la première personnalité politique d’envergure nationale placée sous mandat de dépôt dans le cadre des enquêtes ouvertes à la suite de cette affaire.

De la Défense à la rupture : un divorce politique tumultueux avec Patrice Talon

Pour comprendre la portée de ce face-à-face avec la justice, il faut revenir sur la rupture politique radicale entre Candide Azannaï et le président Patrice Talon. En effet, proche de ce dernier lors de son accession au pouvoir en 2016 et nommé ministre de la Défense nationale au début du mandat, Candide Azannaï avait quitté le gouvernement de manière fracassante et inattendue en avril 2017.

Par ailleurs, ce départ découlait de profondes divergences sur les réformes politiques et les méthodes de gouvernance. Depuis sa démission, l’ancien ministre s’est imposé comme l’un des critiques les plus virulents du régime, dénonçant régulièrement la gouvernance du président Patrice Talon et se présentant comme l’un des principaux porte-voix de la « résistance » politique.

Restaurer l’Espoir : une opposition radicale et le boycott des scrutins

Au cours de ces dernières années, Candide Azannaï s’est illustré par de longues interventions médiatiques et par le boycott systématique de plusieurs scrutins nationaux, notamment les élections législatives et communales, qu’il qualifiait d’« exclusives ». À travers des déclarations souvent incisives, le président de « Restaurer l’Espoir » a dénoncé une régression démocratique et réclamé une refonte intégrale du système électoral. Cette posture de rupture totale a pris une tournure exclusivement judiciaire en décembre 2025.

Instruction judiciaire : quelle suite pour la procédure devant le juge ?

La procédure se poursuivra activement devant le juge d’instruction, a indiqué son avocat. Me Rodrigue Davankan se garde d’établir un lien direct entre son client et les instigateurs de la tentative de coup d’État, même si l’ordonnance de la CRIET fait expressément référence aux faits de déstabilisation du 7 décembre. Cette première comparution devrait permettre de préciser les charges retenues contre cette figure majeure de la vie politique béninoise.

L’audition de ce jeudi intervient dans un climat politique désormais apaisé au Bénin, où les tensions se sont dissipées depuis que, lors des dernières élections, l’ensemble des partis s’est rallié à la mouvance présidentielle. Depuis l’avènement de Romuald Wadagni, le pays ne connaît plus d’opposition crédible, laissant le pouvoir évoluer sans véritable contre‑poids politique.

Par ailleurs, les conditions de détention de Candide Azannaï suscitent déjà de vives réactions parmi ses proches et ses soutiens, qui fustigent une incarcération politique. Après six mois passés derrière les barreaux, l’avenir judiciaire de l’ancien ministre demeure incertain, tandis que son affaire continue de cristalliser les passions dans le pays.

Cet article sera complété après l’audience de ce jeudi.

Bénin : La comédienne Aurélie Guézo relaxée par la CRIET

Après plusieurs mois de procédure judiciaire, la comédienne béninoise Aurélie Guézo a obtenu gain de cause devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). La juridiction spécialisée a prononcé, ce jeudi 11 juin 2026, sa relaxe au bénéfice du doute dans le dossier où elle était poursuivie pour des faits présumés d’escroquerie via internet.

Par la même décision, la Cour a ordonné la restitution de la caution d’un million de francs CFA versée dans le cadre de sa mise en liberté provisoire, faisant ainsi droit à la requête introduite par sa défense.

Une enquête déclenchée par des investigations numériques

L’affaire trouve son origine dans une enquête menée par le Centre national d’investigations numériques (CNIN). En fait, les éléments recueillis au cours des investigations montrent qu’un numéro de téléphone enregistré au nom d’Aurélie Guézo a servi dans des activités frauduleuses sur internet. Ces soupçons avaient conduit à son interpellation et à l’ouverture de poursuites judiciaires à son encontre.

Toutefois, tout au long de la procédure, la comédienne a fermement rejeté les accusations portées contre elle, plaidant non coupable devant la juridiction.

Une défense axée sur l’absence de preuves directes

Assurée par Me Omer Tchiakpé, sa défense a constamment soutenu qu’aucun élément matériel ne permettait d’établir l’implication directe de sa cliente dans les faits reprochés. Lors de sa plaidoirie, l’avocat a notamment fait valoir que la comédienne ne disposait ni des compétences techniques ni du niveau de formation nécessaires pour mettre en place ou exécuter une opération de fraude en ligne.

À l’issue des débats, la CRIET a finalement estimé que les éléments versés au dossier ne permettaient pas d’établir avec certitude la culpabilité de la prévenue. La juridiction a donc prononcé sa relaxe au bénéfice du doute, mettant ainsi un terme à cette procédure judiciaire.

Cette décision marque une étape importante pour l’artiste béninoise, figure bien connue du monde du théâtre, qui retrouve sa liberté judiciaire après plusieurs mois passés à défendre son innocence devant les tribunaux.

Abomey-Calavi : Double relaxe pour un patron et son employée

ABOMEY-CALAVI, 10 juin 2026 — Le tribunal d’Abomey-Calavi a examiné ce mercredi 10 juin 2026 deux procédures distinctes mettant en cause un chef d’entreprise et son ancienne collaboratrice. Poursuivis respectivement pour abus de confiance et harcèlement sexuel dans le cadre de leurs relations professionnelles, les deux prévenus ont été relaxés par les magistrats en raison d’un manque flagrant de preuves matérielles. Ce dossier croisé met en lumière la complexité des litiges mêlant litiges financiers et dérives personnelles au sein des structures privées.

Une querelle financière autour de transactions par téléphonie mobile

Le premier volet de l’audience portait sur l’accusation d’abus de confiance portée par l’employeur. Ce dernier reprochait à sa subordonnée d’avoir prélevé des fonds sur son compte bancaire à son insu, juste avant de quitter brusquement ses fonctions au sein de la société.

À la barre, la prévenue a fermement réfuté cette version des faits. Elle a expliqué que ses fonctions l’amenaient régulièrement à préfinancer des achats professionnels sur ses deniers personnels, avant d’être remboursée par son supérieur. C’est dans ce cadre, selon ses déclarations, que le chef d’entreprise lui avait volontairement communiqué les codes d’accès de son compte Mobile Money. L’employée a également  soutenu n’avoir retiré que la somme due, attribuant la confusion comptable aux multiples opérations financières effectuées ultérieurement par le plaignant lui-même. Face aux déclarations contradictoires des deux parties et en l’absence de pièces comptables décisives, le tribunal a prononcé la relaxe de l’employée au bénéfice du doute.

L’action pour harcèlement sexuel classée sans suite

Le second volet de cette journée judiciaire concernait la plainte pour harcèlement sexuel déposée par cette même employée contre son supérieur. Le chef d’entreprise a rejeté l’ensemble des accusations, niant tout comportement répréhensible ou pressions exercées sur sa salariée.

Invitée à s’expliquer, la plaignante a reconnu avoir, dans un premier temps, accepté les avances de son employeur. Elle a toutefois précisé avoir mis un terme définitif à cette liaison intime après avoir découvert que ce dernier entretenait parallèlement une relation avec sa propre sœur. C’est à la suite de cette rupture personnelle que le climat professionnel se serait dégradé, menant aux accusations financières.

En matière pénale, la qualification de harcèlement sexuel exige des éléments probants, des témoignages ou des écrits démontrant la répétition ou l’abus d’autorité.

Les juges ont constaté le manque d’éléments matériels versés au dossier pour caractériser l’infraction et ont appliqué la même ligne juridique que dans le premier cas. Ils ont renvoyé le chef d’entreprise des fins de la poursuite, également au bénéfice du doute. Par cette double décision, les magistrats ont mis un terme à un feuilleton judiciaire hautement conflictuel, tandis que les deux ex‑collaborateurs quittent le tribunal libres.

Bénin : Perpétuité confirmée en appel pour Jeannot Agbanha

Près de six mois après la découverte du corps sans vie de Richard Gabin Gbédé dans un puits à Avlékété, la justice béninoise a définitivement tranché l’un des dossiers criminels les plus suivis de ces derniers mois. La Cour d’appel de Cotonou a confirmé les lourdes condamnations prononcées contre le journaliste béninois Jeannot Agbanha et son présumé complice, mettant ainsi un terme à une procédure marquée par de nombreuses révélations.

Les faits remontent au 3 décembre 2025. Ce jour-là, le corps de Richard Gabin Gbédé, ressortissant togolais, est retrouvé dans un puits à Avlékété, localité située dans le département de l’Atlantique. Selon les éléments de l’enquête, la victime s’était rendue au Bénin afin de procéder au recouvrement de créances pour le compte de la structure CISA, à la demande de son partenaire Jeannot Agbanha.

Très vite, les investigations conduites par les services compétents orientent les soupçons vers l’entourage immédiat de la victime. Les enquêteurs mettent notamment au jour des éléments liés à un présumé détournement de fonds ainsi que des échanges entre Jeannot Agbanha et un individu présenté comme un féticheur. Selon l’accusation, ce dernier aurait été sollicité pour attenter à la vie de Richard Gabin Gbédé à travers des pratiques occultes.

Une affaire aux multiples ramifications

L’enquête révèle également qu’après la disparition puis la mort du ressortissant togolais, Jeannot Agbanha se serait retiré au domicile de son présumé complice. Ces éléments viendront renforcer les charges retenues contre les deux hommes.

La Cour d’appel de Cotonou, statuant en matière criminelle, avait jugé les accusés, poursuivis notamment pour assassinat, association de malfaiteurs, pratique de charlatanisme, abus de confiance ou complicité de ces infractions.

À l’issue des débats, la juridiction avait condamné Jeannot Agbanha à la réclusion criminelle à perpétuité. Son coaccusé avait, quant à lui, écopé d’une peine de vingt ans de réclusion criminelle.

Les condamnations maintenues en appel

Estimant la décision injustifiée, les deux condamnés avaient exercé les voies de recours prévues par la loi. Cependant, la Cour d’appel de Cotonou a finalement confirmé les peines prononcées à leur encontre. Cette décision vient ainsi clore une procédure judiciaire particulièrement suivie au Bénin comme au Togo, où l’émotion suscitée par la mort de Richard Gabin Gbédé demeure vive.

Avec la confirmation des condamnations, Jeannot Agbanha retourne en prison pour purger sa peine de réclusion criminelle à perpétuité, tandis que son complice devra exécuter sa peine de vingt années de réclusion criminelle. Pour la famille de la victime, cette décision marque une étape importante dans la quête de justice engagée depuis la découverte du corps du ressortissant togolais en décembre dernier.

CRIET : Cinq ans de prison pour l’ex-député Soumaïla Sounon Boké

La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a prononcé, ce mardi 12 mai 2026, une lourde peine à l’encontre de l’ancien député du parti d’opposition Les Démocrates. En effet, Soumaïla Sounon Boké a été condamné à cinq années de prison ferme, assorties d’une amende de dix millions de francs CFA.

Le verdict est tombé peu avant 11 heures, dans une salle d’audience où la tension était palpable. L’ancien parlementaire, resté impassible à l’annonce de la décision, a regagné le box des accusés sous le regard bouleversé de ses proches. Plusieurs soutiens n’ont pu retenir leurs larmes, témoignant de la charge émotionnelle de ce procès.

Un message WhatsApp au cœur du dossier

Le dossier remonte à décembre 2025, lorsque les forces de l’ordre ont interpellé l’ex‑député pour des propos jugés compromettants. Le parquet a engagé des poursuites pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État » et « incitation à la haine et à la violence ». L’accusation a présenté un message publié dans un groupe WhatsApp comme une caution implicite à la tentative de coup d’État du 7 décembre. Le parquet a interprété la phrase incriminée – « C’est la fête » – comme une approbation des événements.

Tout au long de la procédure, Soumaïla Sounon Boké a contesté cette lecture. Il a affirmé que le message avait été posté par inadvertance et sorti de son contexte. Ses avocats ont insisté sur l’absence d’intention criminelle et sur la fragilité des preuves. Cependant, la cour a suivi intégralement les réquisitions du ministère public, formulées lors de l’audience du 24 mars dernier : cinq ans de prison ferme et dix millions d’amende.

À l’issue du jugement, Me Aboubakar Baparapé, l’un des conseils du prévenu, a annoncé qu’il déposerait un appel dès le lendemain.

« Nous estimons que la peine est disproportionnée et nous allons saisir la juridiction supérieure », a‑t‑il déclaré à la presse.

La CRIET face aux critiques politiques

Cette affaire illustre une nouvelle fois le rôle central que la CRIET exerce dans le traitement des dossiers sensibles. Par ailleurs, cette juridiction, créée pour lutter contre les infractions économiques et le terrorisme, fait régulièrement l’objet des accusations de l’opposition, qui la décrit comme un instrument de répression politique.

Face au cas de Soumaïla Sounon Boké, nous nous interrogeons sur la pertinence de cette critique. Peut‑on réellement considérer qu’un simple message – « C’est la fête » – constitue une apologie de crime et mérite une peine aussi lourde ? La sévérité du verdict alimente l’idée d’un règlement de comptes politique.

Pour l’heure, l’ancien député reste détenu, en attendant l’examen de son appel. Le procès, marqué par une forte médiatisation, relance aussi le débat sur la liberté d’expression et sur l’usage des réseaux sociaux dans un contexte politique sous haute surveillance.

Bénin : procès de l’« infamie d’Ekpè » attendu le 15 mai

Le 15 mai prochain, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) examinera le dossier de la jeune femme torturée par le feu. Si six prévenus sont sous les verrous, le principal instigateur présumé, un homme âgé, manque toujours à l’appel.

L’épilogue judiciaire de ce que l’opinion publique béninoise appelle désormais « l’infamie d’Ekpè » commence à se dessiner. Après l’incarcération de six suspects, le 29 avril dernier, une date est désormais inscrite au calendrier de la CRIET : le 15 mai 2026. Ce jour-là, la justice devra disséquer l’horreur d’une nuit de printemps où la raison a sombré dans la cruauté la plus archaïque.

 

La banalité du mal en banlieue de Porto-Novo

L’instruction a permis de lever le voile sur le profil des agresseurs présumés. Loin des réseaux criminels organisés, les prévenus présentent le visage d’une précarité ordinaire : de jeunes hommes dans la vingtaine, jardiniers, maraîchers ou ouvriers, dont le quotidien s’est mué, le temps d’une nuit, en tribunal d’inquisition.

Leurs chefs d’accusation, particulièrement lourds, reflètent la multiplicité des sévices subis par la victime : viol, coups et blessures volontaires, ainsi qu’enregistrement et diffusion d’images relatives à la commission d’une infraction. En attendant de s’expliquer à la barre, les six individus écroués purgent actuellement leur détention à la prison civile d’Abomey-Calavi, loin de l’axe Cotonou-Porto-Novo où les faits ont eu lieu.

 

Une mère de famille face à la « justice » de la rue

L’enquête apporte également un éclairage douloureux sur la victime. Âgée de 38 ans et mère de cinq enfants, cette femme — dont les proches signalent une fragilité psychologique latente — a été la cible d’une vindicte populaire déclenchée par un prétendu vol de téléphone portable. Un prétexte dérisoire pour un supplice qui a duré une partie de la nuit du 21 au 22 avril.

Suspendue, ligotée et exposée aux flammes, elle a survécu au feu, mais porte les stigmates indélébiles de cette agression. Sortie du centre de soins le 1ᵉʳ mai pour regagner son domicile, elle reste le témoin principal d’une tragédie qui a bien failli lui coûter la vie.

 

L’ombre du « patriarche » en fuite

Mais le dossier comporte encore une zone d’ombre majeure. Selon les déclarations de la victime et les premiers éléments de l’enquête, l’instigateur de cette scène de torture ne ferait pas partie des jeunes déjà arrêtés. Un septième suspect, un homme plus âgé désigné comme le donneur d’ordres, est toujours activement recherché par la Police républicaine.

Cette cavale pose une question de fond pour les autorités : comment un homme d’âge mûr a-t-il pu orchestrer une telle barbarie en mobilisant une main-d’œuvre locale pour brûler une femme sans défense ? L’absence de ce « vieux », comme le nomme la rumeur publique, laisse un goût d’inachevé aux prémices du procès.

Le 15 mai, au-delà du verdict, la CRIET aura la lourde tâche de panser une plaie nationale. Il ne s’agira pas seulement de juger des bourreaux, mais de réaffirmer qu’au Bénin, ni la suspicion de vol ni la folie des réseaux sociaux ne sauraient justifier le retour aux bûchers médiévaux.

Affaire de la torture à Ekpè : Six suspects écroués par la CRIET

Au Bénin, l’onde de choc de la « suppliciée d’Ekpè » porte ses premiers fruits judiciaires. En effet, l’indignation soulevée par une vidéo montrant une femme torturée par le feu a trouvé un premier écho devant les tribunaux. Le 29 avril, la juridiction spéciale de Porto-Novo a ordonné le placement en détention de six individus.

 

Le Bénin ne détournera pas le regard. Six jours après l’apparition sur les réseaux sociaux d’images d’une cruauté insoutenable, la justice a scellé le premier acte d’une procédure suivie de près par la présidence et les organisations de défense des droits humains. mercredi 29 avril, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a placé sous mandat de dépôt six suspects impliqués dans l’agression d’une jeune femme à Ekpè, une localité située sur l’axe Cotonou–Porto-Novo.

 

La viralité comme pièce à conviction

Tout commence le 23 avril. Une séquence vidéo, filmée à l’aide d’un téléphone portable, sature les boucles WhatsApp et les fils Facebook du pays. On y voit une jeune femme vulnérable, soumise à un supplice d’un autre âge : la torture par le feu. La scène, d’une violence froide, provoque rapidement un haut-le-cœur national.

Certes, les réseaux sociaux servent souvent de déversoir aux rumeurs, mais ici, ils ont agi comme un accélérateur de justice. Sous la pression d’une opinion publique chauffée à blanc, la Police républicaine a fait preuve d’une célérité exemplaire. En moins d’une semaine, les forces de l’ordre ont identifié, traqué puis interpellé les auteurs présumés et leurs complices dans les faubourgs de la municipalité de Sèmè-Podji.

 

Le passage devant la CRIET : un signal fort

Le choix de présenter ces prévenus devant la CRIET n’est pas anodin. Cette juridiction d’exception, souvent associée à la lutte contre la corruption ou le terrorisme, est ici saisie pour marquer la gravité exceptionnelle des faits. En qualifiant, du moins provisoirement, ces actes comme relevant de sa compétence, le parquet spécial signifie que la barbarie gratuite et l’atteinte à l’intégrité humaine constituent une menace directe à l’ordre social.

Sur les bancs de l’audience, les juges n’ont pas encore détaillé le profil des six détenus, mais leur placement immédiat sous mandat de dépôt montre que les preuves matérielles — dont la fameuse vidéo — pèsent lourdement dans le dossier.

 

Une société face à ses démons

Au-delà de l’épilogue judiciaire en cours, cette affaire d’Ekpè repose la question de la justice privée et de la condition des femmes dans les zones périurbaines. Comment, en 2026, un tel déchaînement de violence a-t-il pu être non seulement perpétré, mais aussi documenté avec une telle impunité apparente ?

Alors que la victime est toujours sous surveillance médicale, le pays attend désormais un procès qui devra servir d’exemple. Pour le gouvernement béninois, l’enjeu est double : punir la barbarie et réaffirmer que, sur l’ensemble du territoire, la force doit rester à la loi, et non au feu.

Affaire Maryline Ajavon : Perpétuité pour Rémi Bento au Bénin

La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a condamné Rémi Bento à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre atroce de Maryline Ajavon.

L’épilogue judiciaire est à la mesure de l’effroi qu’avait suscité le crime. Mardi 28 avril, la salle d’audience de la CRIET s’est figée au moment où est tombée la sentence la plus lourde de l’arsenal pénal béninois : la réclusion criminelle à perpétuité. La juridiction a reconnu coupable Rémi Bento, garagiste dont le nom restera associé à l’un des drames les plus sordides de l’année 2026, pour l’assassinat de Maryline Ajavon.

 

Une enquête rapide et accablante

Tout commence le 8 janvier dernier. Maryline Ajavon, sage-femme dévouée de l’hôpital de zone de Suru-Léré, quitte son domicile pour ce qu’elle pense être un simple déjeuner. Elle ne franchira plus jamais son seuil. Quelques heures plus tard, les habitants d’Avlékété découvrent son corps, macabrement ligoté et calciné dans son propre véhicule. Une scène atroce qui choque l’opinion publique et soulève une vague d’indignation nationale.

« Au-delà de la sanction pénale, c’est le message de la tolérance zéro face à la barbarie que la justice a voulu envoyer aujourd’hui », commente un observateur du milieu judiciaire à Cotonou.

L’enquête, menée tambour battant, a rapidement confondu Rémi Bento. Les preuves matérielles étaient, selon l’accusation, « accablantes ». Des brûlures suspectes relevées sur son corps, incompatibles avec son activité professionnelle habituelle, ainsi que des témoignages concordants, ont orienté les soupçons vers lui et scellé son destin devant la juridiction spéciale. Durant le procès, la cruauté des faits et la préméditation ont écarté toute circonstance atténuante.

 

Le souvenir d’une femme engagée

Mais derrière le verdict se dessine le portrait d’une femme dont la disparition laisse un vide immense. Maryline Ajavon incarnait bien plus qu’une professionnelle de santé respectée ; elle s’affirmait aussi comme une figure de l’entrepreneuriat local avec son restaurant « LyLy Grill » à Fidjrossè. Cette double identité — soignante et entrepreneure — avait fait d’elle une personnalité appréciée, rendant le crime encore plus insupportable pour l’opinion publique.

Pour la famille de la victime, ce verdict représente une forme de soulagement, même si la douleur demeure intacte. S’il apporte un semblant de clôture, il relance au Bénin le débat sur la protection des femmes et la sécurité face aux violences extrêmes. Pour la CRIET, habituée aux dossiers financiers et terroristes, cette affaire rappelle que sa compétence s’étend aussi aux crimes qui heurtent le cœur même du pacte social béninois.

Bénin : Julien Kandé Kansou condamné à 2 ans de prison par la CRIET

La CRIET a condamné l’écrivain Julien Kandé Kansou, militant du parti d’opposition « Les Démocrates », à deux ans de prison ferme pour harcèlement électronique et incitation à la rébellion.

Le verdict est tombé comme un couperet dans la salle d’audience de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Ce mardi 28 avril 2026, la juridiction spéciale a condamné Julien Kandé Kansou, membre de la cellule de communication du parti « Les Démocrates », à une peine de 24 mois de prison ferme, assortie d’une amende de 10 millions de francs CFA.

Cette décision entérine scrupuleusement les réquisitions du ministère public formulées lors de l’audience du 17 mars dernier. En détention provisoire depuis le 12 juin 2025, l’écrivain voit ainsi son horizon s’assombrir, malgré une ligne de défense constante : tout au long d’un procès ouvert le 1ᵉʳ juillet 2025, Julien Kandé Kansou a plaidé non coupable, se présentant comme un militant d’opinion plutôt que comme un agitateur public.

« Harcèlement par le biais d’un système électronique et incitation à la rébellion » : les chefs d’accusation retenus illustrent une fois de plus la surveillance accrue de l’expression numérique sous la présidence de Patrice Talon.

Une condamnation aux résonances politiques

Pour le parti de l’ancien président Thomas Boni Yayi, cette condamnation est une nouvelle illustration d’un climat politique délétère. Les partisans de Kandé Kansou dénoncent une instrumentalisation de la CRIET, initialement créée pour traquer les délits financiers, mais devenue, selon les organisations de défense des droits de l’homme, un instrument de pression contre les voix discordantes.

Au-delà du cas individuel, cette affaire ravive le débat sur la loi sur le numérique au Bénin, souvent qualifiée de liberticide par l’opposition. Le pouvoir central envoie un message précis en punissant l’incitation à la rébellion par le biais numérique : il fait désormais de l’activisme sur les réseaux sociaux un terrain miné. Pour Julien Kandé Kansou, l’heure est au bilan d’une incarcération qui aura déjà duré près d’un an avant ce verdict définitif.

Connaissant la trempe de l’accusé, nous sommes en droit de nous demander s’il n’a pas été condamné à tort. Cet intellectuel chevronné, rompu aux arcanes de la loi, ne saurait en principe se permettre un tel délit.

Bénin : le tiktokeur Billy devant la CRIET pour escroquerie et propos sur le putsch

                Poursuivi pour escroquerie en ligne et pour des commentaires liés à la tentative de coup d’État de décembre 2025, le créateur de contenus Arsène Kplédo(Billy) a comparu ce jeudi 23 avril devant la juridiction spéciale de Porto-Novo. Entre déboires numériques et dérapage politique, récit d’une audience sous haute tension.

Arsène Kplédo, plus connu sous l’avatar de « Billy » du duo célèbre « Molly et Billy », a troqué ce jeudi ses scripts de comédie de couple pour la barre glaciale de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Le tiktokeur béninois répondait à deux chefs d’accusation distincts qui illustrent la surveillance accrue de l’espace numérique par les autorités béninoises : l’escroquerie via internet et des publications jugées sensibles dans un contexte politique tendu.

 

Le piège du « coup monté »

L’audience s’est déroulée en deux phases distinctes, dont la première s’est cristallisée sur les événements du 7 décembre 2025. Ce jour-là, alors qu’une tentative de putsch secoue le pays, Billy publie un message qui va sceller son sort judiciaire : « Coup d’État qui n’a pas duré deux heures là, je pense que c’est un coup monté pour nous distraire ».

Devant le président de céans, l’influenceur a tenté une manœuvre de désamorçage. Il a affirmé n’avoir eu pour intention que d’appeler sa communauté au calme, expliquant avoir découvert la situation à travers les commentaires sous une publication personnelle, notamment une photo de son couple.

« J’ai supprimé le message quelques minutes plus tard, sentant que mes propos étaient mal interprétés », a-t-il plaidé.

Une ligne de défense qui s’est heurtée au scepticisme du juge, lequel l’a poussé à reconnaître la portée éminemment politique d’une telle sortie dans un contexte de crise nationale.

 

L’ombre de la cybercriminalité

Toutefois, les ennuis de Billy ne s’arrêtent pas à ses opinions. La seconde phase de l’audience a plongé dans les arcanes de la monétisation des réseaux sociaux au Bénin. La Cour lui reproche d’avoir floué un client qui souhaitait acquérir un compte monétisé. Le plaignant affirme avoir été bloqué sitôt le paiement effectué.

Sur ce point, le prévenu a nié toute intention frauduleuse, évoquant une simple « panne de numéro » de téléphone. Il soutient également qu’aucun paiement n’aurait été effectué, contestant ainsi la version du plaignant. Il a par ailleurs expliqué fonctionner avec deux numéros distincts : l’un dédié à la réception des commandes, l’autre aux livraisons.

Mais le parquet ne l’entend pas de cette oreille. Les magistrats se sont montrés particulièrement pointilleux sur ses méthodes de travail : usage de VPN, gestion de comptes YouTube basés à l’étranger (en Allemagne, selon ses dires) et acquisition de comptes Facebook suspects.

Interrogé sur la technique dite « Add », il a expliqué qu’il s’agit d’un procédé publicitaire visant à accroître la visibilité et le nombre d’abonnés. Il reconnaît par ailleurs utiliser un VPN uniquement pour la connexion à ses comptes, et non pour créer des profils destinés à des tiers. Selon les extractions de données présentées à l’audience, certains comptes gérés par l’influenceur présenteraient des « caractéristiques d’arnaque en ligne ».

 

Une justice qui ne clique pas

Pour Arsène Kplédo, l’enjeu est de taille. En se présentant comme un simple créateur de contenus axé sur la vie de couple, il espère convaincre les juges de sa bonne foi. Néanmoins, la Criet semble vouloir faire de ce dossier un exemple de la responsabilité des influenceurs, dont l’audience massive peut, selon l’accusation, servir de levier à la désinformation ou à la cybercriminalité.

La Cour a décidé de renvoyer l’affaire au 4 juin 2026 pour la suite des débats. D’ici là, le tiktokeur devra affiner ses arguments pour éviter que sa carrière numérique ne s’achève derrière les barreaux.

Bénin : le tiktokeur « Le Russe » placé sous mandat de dépôt

PORTO‑NOVO, 22 avril 2026 La sanction est tombée pour l’une des figures les plus clivantes de la sphère numérique béninoise. Ce mercredi 22 avril, le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a ordonné le placement sous mandat de dépôt de Luc Mègnigbeto, plus connu sous le pseudonyme « Le Russe ». Accusé de harcèlement numérique, le tiktokeur a rejoint la prison civile d’Abomey‑Calavi dans l’attente de son procès.

 

Du direct au mandat de dépôt

En effet, l’étau s’est refermé sur le tiktokeur après une semaine de garde à vue. Interpellé à son domicile le 14 avril dernier par les agents du Centre national d’investigations numériques (CNIN), Mègnigbeto Luc a dû s’expliquer devant les magistrats de la CRIET sur la teneur de ses publications et de ses interventions en direct.

Ainsi, selon les éléments de l’enquête, le prévenu est poursuivi pour harcèlement par le biais d’une communication électronique. Si les détails de la plainte ne sont pas encore totalement publics, la décision du procureur spécial témoigne d’une volonté de fermeté face aux dérives sur les réseaux sociaux. En conséquence, « Le Russe » séjournera en détention préventive jusqu’à l’ouverture de son audience, fixée au lundi 11 mai 2026.

 

Un profil entre polémique et panafricanisme

Par ailleurs, cette arrestation n’est pas passée inaperçue tant le personnage occupe l’espace médiatique numérique. Luc Mègnigbeto s’était fait une spécialité des « lives » TikTok où il n’hésitait pas à égratigner la gouvernance du président Patrice Talon. Ses prises de position, souvent virulentes, lui avaient permis de fédérer une audience importante, mais l’avaient également placé sous les radars des autorités.

De plus, son soutien affiché aux mouvements panafricanistes et sa proximité présumée avec les réseaux de l’activiste Kemi Seba alimentent les discussions. Pour nombre d’observateurs, son ton acerbe et ses allégeances politiques ont fini par franchir la ligne rouge tracée par la législation sur le numérique en vigueur au Bénin.

 

Un avertissement pour la « bulle » TikTok

En somme, l’affaire « Le Russe » illustre le durcissement du cadre légal entourant la liberté d’expression en ligne. Alors que la CRIET multiplie les interventions contre la cybercriminalité et les abus numériques, ce placement en détention sonne comme un avertissement pour les créateurs de contenus.

Toutefois, le procès de mai prochain devra déterminer si les propos de l’influenceur relèvent de la critique politique ou du délit pénal, dans un contexte où la frontière entre militantisme et harcèlement numérique reste au cœur des débats judiciaires.

Enfin, avec cette mise sous mandat de dépôt, la justice béninoise rappelle que l’influence sur les réseaux sociaux ne saurait constituer une zone de non‑droit. Le procès du 11 mai sera scruté de près par les défenseurs de la liberté d’expression et les partisans de la régulation numérique.

Bénin : Pourquoi la CRIET communique-t-elle si vite sur l’extradition de Kemi Seba ?

Quelques heures seulement après la comparution de l’activiste panafricaniste à Pretoria, le procureur spécial de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme a rompu un long mutisme. Une célérité qui souligne l’enjeu politique du dossier, alors que d’autres affaires sensibles restent plongées dans l’ombre.

 

À Cotonou, le contraste est saisissant. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), d’ordinaire si économe de ses mots, a fait preuve d’une rare réactivité. Le lundi 20 avril, dans la foulée de l’audience de Kémi Séba (Stellio Gilles Robert Capo Chichi) devant un tribunal de Pretoria, le parquet spécial a publié un communiqué détaillant les griefs accumulés contre l’activiste.

 

Blanchiment de capitaux, apologie de crime et incitation à la haine : l’arsenal juridique déployé par le Bénin est lourd. En officialisant les démarches d’extradition et les mandats d’arrêt émis dès 2025, la CRIET tente de ramener l’affaire sur un terrain strictement procédural. Mais cette soudaine transparence, dans un dossier aux résonances internationales, suscite autant de questions qu’elle n’apporte de précisions.

CRIET
© CRIET

La CRIET : une communication à géométrie variable

Ce qui interpelle l’opinion publique béninoise, c’est moins le fond du dossier que la vitesse de sa mise en lumière. Pourquoi une telle efficacité médiatique quand d’autres dossiers — comme celui impliquant l’ancien ministre Candide Azannaï ou certains opposants en exil — demeurent enveloppés dans un silence persistant ? Pour de nombreux observateurs, cette communication « sélective » risque de fragiliser la perception d’impartialité de la justice.

Cette asymétrie de traitement alimente le grief, récurrent chez les détracteurs du pouvoir, d’une justice qui « choisit ses moments ». En cadrant le récit judiciaire dès l’arrestation en Afrique du Sud, les autorités béninoises cherchent manifestement à prévenir toute victimisation excessive de l’activiste, dont le passeport diplomatique nigérien et les liens avec Moscou ajoutent une dimension géopolitique à l’imbroglio.

CRIET
© CRIET

Le verrou de l’asile politique

Cependant, l’offensive de Cotonou se heurte à une réalité juridique sud-africaine complexe. L’un des avocats de Kémi Séba a annoncé lundi que son client avait déposé une demande d’asile politique à Pretoria. En vertu du droit international et du principe de non-refoulement, cette démarche suspend de fait toute tentative d’extradition tant que les autorités administratives sud-africaines n’auront pas tranché.

Par ailleurs, si Pretoria poursuit l’activiste pour « séjour illégal » et des irrégularités migratoires — il aurait dépassé la durée de validité de son visa de deux mois —, la justice sud-africaine semble prendre son temps. Elle a renvoyé l’examen d’une possible libération sous caution au 29 avril, afin de vérifier l’authenticité de ses documents et les soupçons de blanchiment qui pèsent sur lui.

Entre une procédure d’extradition qui pourrait s’enliser et une communication judiciaire béninoise au zèle inhabituel, l’affaire Kémi Séba dépasse désormais le simple cadre du fait divers pour devenir un test de crédibilité pour les institutions des deux pays.

Bénin : Dandi Gnamou reçoit le Docteur Tossoukpè à la Haute Cour

                                     Dans les salons de la Haute Cour de Justice, la Présidente Dandi Gnamou a reçu, ce mercredi 8 avril 2026, le Docteur Tossoukpè. Au-delà des civilités d’usage entre un maître et son élève, cette rencontre souligne l’urgence d’une recherche académique connectée aux réalités politiques de l’Afrique de l’Ouest.

Dandi Gnamou
© Dandi Gnamou

Une analyse comparée au service de la démocratie

Le droit public béninois s’enrichit d’une nouvelle pierre angulaire. En effet, le Docteur Tossoukpè, fraîchement auréolé de son titre universitaire, a présenté ses travaux à la Présidente de la Haute Cour de Justice. Sa thèse, intitulée « Les partis politiques dans la jurisprudence constitutionnelle au Bénin et au Sénégal », explore les racines juridiques qui structurent la vie politique de deux nations phares de la sous-région.

Dandi Gnamou, qui a elle-même dirigé le jury de cette soutenance, a salué la profondeur et la discipline intellectuelle du jeune chercheur. Ce face-à-face symbolise la transmission du savoir au sommet de l’État. En effet, cette audience illustre la reconnaissance institutionnelle rare du savoir académique dans les plus hautes sphères de la République. Pour la juriste de haut vol, le parcours de son invité illustre également une rigueur devenue rare, nécessaire pour décrypter les mécanismes souvent complexes de nos institutions.

 

L’après-doctorat : le défi de la « place juste »

Loin des discours académiques austères, l’échange a pris une tournure quasi philosophique sur l’avenir des intellectuels béninois. « Un doctorat n’est pas une fin. C’est souvent le moment où les choses commencent vraiment », rappelle Dandi Gnamou.

Entre l’enseignement, la recherche pure et l’engagement citoyen, la présidente a tracé une feuille de route pour le nouveau docteur. Elle insiste aussi sur trois piliers fondamentaux :

  • La vigilance : rester à l’affût des opportunités dans un monde juridique en constante mutation.
  • L’humilité : cultiver le désir d’apprendre sans jamais se croire arrivé.
  • L’intégrité : maintenir aussi une exigence absolue dans la qualité du travail produit.

Ainsi, au-delà de la réussite académique, ce message s’adresse à toute une génération de jeunes chercheurs béninois invités à transformer leur savoir en engagement citoyen.

Dandi Gnamou
© Dandi Gnamou

Une expertise scientifique pour les réformes de demain

Le choix du sujet de thèse du Docteur Tossoukpè n’est pas anodin. Dans un contexte de réformes du système partisan au Bénin, l’analyse de la jurisprudence constitutionnelle apporte un éclairage scientifique précieux. En comparant le modèle béninois à celui du Sénégal, le chercheur offre ainsi aux décideurs des outils pour mieux appréhender la stabilité des institutions.

Par ailleurs, cette comparaison régionale ouvre une perspective ouest-africaine : elle permet de penser la démocratie non pas seulement à l’échelle nationale, mais comme un chantier partagé par plusieurs États. La Présidente Gnamou voit dans ce travail une contribution concrète à l’édifice juridique national.

 

L’université, antichambre de la gouvernance ?

Cette audience à la Haute Cour de Justice pose une question de fond : quelle place le Bénin réserve-t-il à ses hauts diplômés dans la gestion de la cité ? En recevant le Docteur Tossoukpè, Dandi Gnamou envoie un signal fort. Elle montre aussi que le savoir académique a droit de cité dans les plus hautes sphères de la République.

Dès lors, l’avenir du droit béninois repose sur cette capacité à lier la théorie des amphithéâtres à la pratique des tribunaux. La relève est prête, mais elle doit désormais « trouver sa place avec justesse », comme le suggère la présidente. Le défi pour ce jeune docteur sera de transformer son expertise en force de proposition pour les futures mutations constitutionnelles du pays.

En définitive, entre science et pouvoir, le Bénin trace les contours d’une gouvernance éclairée par le savoir, où la relève intellectuelle devient force de proposition pour les réformes de demain.

Bénin : un professeur condamné à 10 ans de prison pour viol sur mineure

Cotonou, 31 mars 2026 – La condamnation d’un enseignant-chercheur de l’université d’Abomey-Calavi pour viol sur mineure continue de provoquer une onde de choc dans le monde universitaire béninois. Au-delà du verdict judiciaire, l’affaire soulève des questions plus larges sur la responsabilité des enseignants, la protection des étudiants et l’éthique dans les institutions d’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest.

Le tribunal de première instance d’Abomey-Calavi a condamné le professeur Marcel Houinato à dix ans de réclusion criminelle, assortis d’une amende et de dommages et intérêts au profit de la victime. Une décision judiciaire qui marque la fin d’un procès particulièrement suivi par l’opinion publique.

 

Une affaire emblématique de violences sur mineurs

Selon les éléments du dossier judiciaire, les faits concernaient une mineure en situation de vulnérabilité. La position d’autorité de l’accusé et la situation personnelle de la victime ont constitué des circonstances aggravantes dans l’appréciation de l’affaire par la justice.

Cette affaire a été portée devant les tribunaux avec le soutien d’organisations de défense des droits des enfants et du ministère public, ce qui a contribué à en faire un dossier emblématique dans la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs au Bénin.

Le verdict rendu par la justice béninoise est perçu par plusieurs observateurs comme un signal fort contre l’impunité, notamment lorsque les accusations concernent des personnalités occupant des positions de responsabilité.

 

Une carrière universitaire brisée

Avant cette affaire judiciaire, le professeur exerçait à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi, l’une des principales institutions universitaires du Bénin. Il avait participé à plusieurs projets de recherche et encadré de nombreux étudiants en master et en doctorat.

Sa condamnation marque ainsi une chute brutale pour un universitaire jusque-là reconnu dans son domaine académique. Cette situation rappelle que la responsabilité des enseignants ne se limite pas à la transmission du savoir, mais inclut également une obligation d’exemplarité et de protection des étudiants.

 

L’université face aux questions d’éthique et de protection des étudiants

Au-delà du cas individuel, cette affaire relance le débat sur les mécanismes de protection des étudiants, en particulier des jeunes filles et des mineurs, dans les établissements d’enseignement supérieur. Plusieurs acteurs du monde éducatif estiment que les universités doivent renforcer les dispositifs de prévention, de signalement et de sanction en matière de harcèlement et de violences sexuelles.

Dans de nombreux pays africains, ces questions restent sensibles et souvent peu médiatisées. Toutefois, des affaires judiciaires comme celle-ci contribuent progressivement à libérer la parole et à renforcer les mécanismes de protection des victimes.

 

Une décision judiciaire aux répercussions sociales

La condamnation prononcée par la justice béninoise dépasse donc le cadre d’une simple affaire pénale. Elle envoie un message sur la protection des mineurs, la responsabilité des élites intellectuelles et la nécessité de lutter contre les violences sexuelles dans tous les milieux, y compris universitaires.

Pour de nombreux observateurs, cette décision pourrait marquer un tournant dans la manière dont les institutions académiques abordent les questions d’éthique, de pouvoir et de protection des étudiants.

Affaire Aurélie Guézo : Vers un dénouement judiciaire à la CRIET

À Porto-Novo, l’étau se desserre autour de la comédienne Aurélie Guézo. Poursuivie pour une présumée escroquerie via internet, l’actrice de la troupe « Sèmako » a vu le ministère public demander sa détention ce jeudi 26 mars 2026. Entre failles numériques et doutes judiciaires, le parquet spécial de la CRIET semble privilégier la prudence.

 

C’est un dossier qui tenait en haleine les fans de « Pipi Wobaho » et d’« Éléphant Mouillé ». Aurélie Guézo, figure familière du théâtre populaire béninois, entrevoit enfin le bout du tunnel judiciaire. Après des mois d’une procédure éprouvante, le représentant du parquet spécial a surpris l’auditoire en demandant une relaxe au bénéfice du doute.

 

Le piège de la carte SIM ?

Au cœur de cette affaire se trouve une problématique de plus en plus fréquente au Bénin : la responsabilité liée à l’enregistrement des cartes SIM. L’enquête, pilotée par le Centre national d’investigations numériques (CNIN), avait remonté la trace d’un numéro de téléphone impliqué dans une fraude ciblant une institution publique. Le hic est que ce numéro était enregistré au nom de la comédienne.

Cependant, lors de l’audience, la solidité des preuves a vacillé. Le signal est sans équivoque : le parquet estime désormais que les charges sont insuffisantes pour établir une culpabilité certaine.

« Parrainer une ligne téléphonique ne fait pas de vous, d’office, un cybercriminel », semble admettre à demi-mot l’accusation.

 

Une défense misant sur le « profil réel »

Pour Me Omer Tchiakpé, l’avocat de la défense, sa cliente est une victime collatérale d’un système qui la dépasse. Plaidant pour une relaxe pure et simple, le conseil a insisté sur un argument de poids : le décalage entre le niveau d’instruction de l’actrice et la sophistication technique nécessaire pour orchestrer une telle escroquerie en ligne.

En plus de l’abandon des poursuites, la défense exige la restitution de la caution de 500 000 FCFA versée en janvier dernier pour sa mise en liberté provisoire. Pour elle, Aurélie Guézo n’est qu’un nom associé à une fraude dont les véritables auteurs courent toujours dans l’ombre du web.

 

Un verdict attendu pour la fin avril

Bien que les réquisitions du parquet soient favorables à la prévenue, le dernier mot revient aux juges de la CRIET. La cour a mis le dossier en délibéré et rendra sa décision finale le 30 avril 2026.

Ce procès repose sur la question de la sécurité des données personnelles au Bénin. À l’heure où la lutte contre la cybercriminalité s’intensifie, cette affaire rappelle que la justice, même sous la pression de la répression numérique, sait faire preuve de discernement lorsque l’incertitude plane.

Au-delà du cas Aurélie Guézo, cette affaire met aussi en lumière les risques liés au parrainage et à l’enregistrement des cartes SIM. Avant de prêter votre nom ou vos documents pour un parrainage, assurez-vous de connaître les implications légales et de protéger vos données personnelles. La vigilance reste la meilleure protection pour éviter d’être associé, malgré vous, à des pratiques frauduleuses.

Bénin : procès Kansou à la CRIET, un test pour la liberté d’expression numérique

À CRIET, le silence de la salle d’audience tranche avec l’intensité des débats. Ce mardi 17 mars 2026, le procès de Julien Kandé Kansou, membre de la cellule de communication du parti Les Démocrates, a franchi une étape décisive. Le ministère public a requis deux ans de prison ferme et une amende de 10 millions de FCFA. En toile de fond : une question sensible, celle des limites de la parole politique à l’ère numérique.

Une affaire au croisement du politique et du numérique

Derrière les qualifications juridiques — harcèlement par voie électronique et incitation à la rébellion — se dessine un dossier éminemment politique. Selon l’accusation, les propos de l’intéressé s’inscriraient dans une dynamique de contestation susceptible de troubler l’ordre public.

Au cœur du dossier, des critiques adressées à un membre du gouvernement, notamment autour d’un projet de taxation de la connexion Internet. Des prises de position qui, pour le parquet, dépasseraient le cadre du simple commentaire pour relever d’une infraction pénale.

 

Le ministère public durcit le ton.

Dès l’ouverture de l’audience, le ton est donné. Le ministère public demande à la Cour de retenir le prévenu dans les liens de la prévention. Pour l’accusation, les faits reprochés ne souffrent d’aucune ambiguïté : ils constitueraient une utilisation abusive des outils numériques à des fins de pression et de mobilisation.

Dans une argumentation structurée, le parquet insiste sur la nécessité de réguler les dérives en ligne, dans un contexte où les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la formation de l’opinion publique.

 

La défense invoque le débat démocratique.

Face à ces réquisitions, la riposte des avocats ne se fait pas attendre. Me Barnabé Gbago et Me Augustin Aballo plaident la relaxe pure et simple.

Selon eux, leur client n’a fait qu’exercer un droit fondamental : celui de critiquer l’action gouvernementale. Ils s’appuient notamment sur les textes encadrant le statut de l’opposition au Bénin, qui garantissent la liberté d’expression dans le cadre du débat public.

Pour la défense, transformer une opinion politique en infraction pénale reviendrait à fragiliser l’équilibre démocratique.

 

Une parole personnelle qui humanise le dossier

Prenant brièvement la parole, Julien Kandé Kansou rappelle avoir déjà passé neuf mois en détention. Un élément qui, au-delà des considérations juridiques, introduit une dimension humaine dans une affaire hautement politisée.

Dans une salle attentive, il évoque l’éloignement familial et le poids du temps, donnant au procès une résonance plus intime.

 

Un verdict très attendu

Le délibéré est fixé au 28 avril 2026. D’ici là, l’affaire continuera d’alimenter les discussions, bien au-delà des murs du tribunal.

Car ce procès dépasse le seul cas de Julien Kandé Kansou. Il pose une question plus large : jusqu’où peut aller la critique politique dans l’espace numérique sans basculer dans l’illégalité ?

Dans un pays où le débat public se redessine à l’ère digitale, la décision de la CRIET pourrait bien faire jurisprudence.

État de droit : Quand la doctrine béninoise séduit l’espace francophone

À Cotonou, l’heure est à la célébration de « l’intelligence juridique ». Le lundi 2 mars 2026, la Professeure Dandi Gnamou a ouvert les portes de la Haute Cour de Justice au Dr Rostov Gilbert Kingbe. Derrière cette audience protocolaire se cache une victoire symbolique pour la recherche africaine : le sacre du premier prix « Président Mamadou Badio Camara ».

 

Dans le milieu feutré du droit public, les distinctions sont rares et chèrement acquises. En recevant le Dr Rostov Gilbert Kingbe, la présidente de la Haute Cour de Justice, Dandi Gnamou, n’a pas seulement apprécié un compatriote ; elle a aussi rendu hommage à une excellence académique qui dépasse désormais les frontières du Bénin pour rayonner sur l’ensemble de l’espace francophone.

La Haute Cour de Justice du Bénin
© La Haute Cour de Justice du Bénin

Le « Prix Badio Camara » : un baptême du feu réussi

Pour cette édition inaugurale lancée par l’Association Africaine des Hautes Juridictions Francophones (AA-HJF), le jury n’a pas fait dans la demi-mesure. Le lauréat, pur produit de l’Université d’Abomey-Calavi, a été récompensé pour une analyse pointue consacrée au quart de siècle de la Déclaration de Bamako.

Ainsi, ce prix souligne la pertinence des réflexions du Dr Kingbe sur les mécanismes de la démocratie et de l’État de droit en Afrique. D’autre part, il vient couronner un travail scientifique rigoureux, capable de proposer des solutions concrètes aux défis institutionnels du continent.

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© La Haute Cour de Justice du Bénin

Une synergie entre mentorat et mérite

L’audience de ce lundi revêtait une dimension particulière : celle de la reconnaissance. Le jeune docteur est venu présenter son trophée à celle qui incarne l’une des plus hautes instances juridiques du pays.

« Ce succès est le fruit d’un engagement sans faille pour l’intégrité et la rigueur », a souligné le Pré Dandi Gnamou .

Pour la Présidente, ce parcours doit servir de boussole à la jeunesse intellectuelle du continent. En encourageant le lauréat à persévérer dans cette voie, elle rappelle que le droit n’est pas qu’une affaire de textes, mais de conviction et de service public.

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© La Haute Cour de Justice du Bénin

Pourquoi cette distinction compte pour l’Afrique ?

À l’heure où les systèmes judiciaires africains cherchent à renforcer leur crédibilité, l’émergence de figures comme le Dr Kingbe constitue un signal fort. Elle prouve que les universités locales produisent des experts de classe mondiale, tandis que l’implication de l’AA-HJF renforce les ponts entre magistrats et théoriciens du droit. La Haute Cour de justice, en promouvant l’intégrité, place l’éthique au cœur de la réussite.

En définitive, cette rencontre entre une figure de proue de la magistrature et un brillant chercheur dessinant les contours d’une justice africaine plus décomplexée et résolument tournée vers l’avenir. Cotonou, par cette audience, confirme également son statut de laboratoire d’idées pour la gouvernance francophone.

Bénin : la famille de Candide Azannaï dénonce une détention arbitraire

Entre silence judiciaire et appel international, l’affaire Azannaï ravive le débat sur les libertés publiques.

À Cotonou comme dans plusieurs capitales africaines, les communiqués familiaux ne franchissent que rarement la barrière médiatique. Pourtant, celui rendu public par les proches de Candide Azannaï bouscule le silence ambiant.

Dans un texte publié ce matin, la famille affirme que les autorités détiennent l’ancien ministre depuis près de trois mois dans des conditions « contraires aux normes nationales et internationales ». Elle souligne que l’État n’a transmis aucune notification formelle d’accusation ni présenté le détenu devant un juge. Ses proches qualifient cette situation de « violation manifeste des droits fondamentaux ».

 

Une détention entourée de zones d’ombre

Selon les déclarations signées par Aaron Vinawadon Tolidji M. Azannaï, fils du détenu, l’homme de 67 ans serait maintenu en privation de liberté sans accès à une cellule conforme aux normes, ni aux conditions minimales d’hygiène et de repos.

Plus préoccupant encore, indique le communiqué, son état de santé fragile exige un suivi médical régulier, refusé à deux reprises par le procureur spécial compétent.

À ce stade, la famille assure qu’aucune charge précise n’a été officiellement notifiée, qu’aucune preuve n’a été présentée et qu’aucune date d’audience n’a été fixée. En conséquence, elle invoque le principe de présomption d’innocence, garanti par la Constitution béninoise et par plusieurs instruments juridiques internationaux.

 

Une affaire à forte portée politique

Au-delà du cas individuel, cette situation s’inscrit dans un contexte plus large marqué par des tensions récurrentes autour des libertés publiques au Bénin. Depuis plusieurs années, des organisations de défense des droits humains pointent des restrictions croissantes de l’espace civique, notamment en matière d’expression politique et médiatique.

Dès lors, l’affaire Azannaï prend une dimension symbolique. Pour ses soutiens, elle illustrerait un usage contesté de l’appareil judiciaire. Pour les autorités, en revanche, toute procédure relèverait du strict cadre légal.

En filigrane, une question demeure : comment concilier impératif sécuritaire, stabilité institutionnelle et respect scrupuleux des garanties fondamentales ?

 

Un appel à la communauté internationale

Face à ce qu’elle considère comme une détention arbitraire, la famille en appelle aux organisations internationales de défense des droits humains, aux représentations diplomatiques et aux instances régionales et onusiennes.

Elle demande, soit la libération immédiate de l’intéressé, soit sa comparution rapide devant une juridiction compétente, dans le respect d’un procès public et équitable. Elle insiste également sur l’accès immédiat aux soins médicaux adaptés à son âge.

Cette interpellation vise à internationaliser le débat, dans l’espoir d’accroître la vigilance autour du dossier.

 

L’État de droit à l’épreuve

Le Bénin demeure, dans les textes, un État de droit fondé sur la séparation des pouvoirs et la garantie des libertés fondamentales. Toutefois, chaque affaire sensible met à l’épreuve cet équilibre institutionnel.

En définitive, au-delà des positions partisanes, c’est la crédibilité de la justice et la confiance des citoyens dans les institutions qui se trouvent en jeu. Car dans toute démocratie, la légitimité du pouvoir repose autant sur les urnes que sur le respect des droits individuels. À ce stade, les observateurs nationaux et internationaux scrutent avec attention l’évolution de ce dossier.

Bénin : L’ex-député Sounon Boké maintenu en prison par la CRIET

PORTO-NOVO (Bénin), 24 février 2026 — Pour Soumaïla Sounon Boké, le cauchemar judiciaire se prolonge. Ce mardi 24 février 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a douché les espoirs de l’ancien parlementaire de l’opposition, confirmant son maintien en détention pour un message posté sur les réseaux sociaux.

L’image est forte et symbolise la chute brutale d’un homme de pouvoir. Devant la barre, dépouillé de son écharpe tricolore et revêtu de l’uniforme réglementaire des prisonniers, l’ex-député du parti Les Démocrates est resté impassible. En quelques minutes, la juge a tranché : pas de liberté provisoire. Par ailleurs, le dossier est renvoyé au 24 mars prochain, prolongeant une incarcération qui dure depuis le 23 décembre 2025.

« C’est la fête » : les trois mots qui ont tout fait basculer

Tout commence le 7 décembre 2025. Alors qu’une rumeur de coup d’État s’empare de Cotonou et plonge le pays dans l’incertitude, Sounon Boké publie un court message dans un groupe WhatsApp privé : « C’est la fête ».

Pour les autorités béninoises, ces propositions ne sont pas anodines. Ainsi, le ministère public y voit une célébration de la déstabilisation des institutions. L’ancien élu est aujourd’hui poursuivi pour deux chefs d’accusation graves :

  • Apologie de crime contre la sûreté de l’État ;
  • Incitation à la rébellion.

 

La défense plaide le malentendu, l’accusation reste de marbre.

Pourtant, Soumaïla Sounon Boké maintient une version radicalement différente. Lors de ses auditions précédentes, il a également rejeté toute connotation politique, affirmant que ses propositions faisaient référence à de simples rétrouvailles amicales prévues ce jour-là. « Je me vois mal louer un coup de force », s’était-il défendu en janvier dernier.

Ses avocats ont vainement tenté de convaincre la cour ce mardi. Ils ont mis en avant son statut d’élu et son engagement formel à se présenter à chaque convocation. Mais face à l’opposition ferme du ministère public, le juge a balayé les arguments de la défense sans délibération apparente, laissant planer l’ombre d’une justice inflexible sur les dossiers de sûreté de l’État.

Un procès test pour la liberté numérique

L’affaire Boké dépasse le cadre d’un simple fait divers judiciaire. Elle pose aussi la question brûlante de la surveillance des réseaux sociaux et de l’interprétation des échanges privés par la justice béninoise. À l’approche du 24 mars, les observateurs des droits de l’homme scruteront de près l’issue de ce procès, alors que la frontière entre opinion privée et menace publique semble de plus en plus poreuse au Bénin.

Soumaïla Sounon Boké a désormais regagné sa cellule de la prison de Missérété, où il attendra, pendant encore un mois, de savoir si ses trois mots sur WhatsApp scelleront définitivement son destin politique.

Porto-Novo : ouverture du procès sur le décès de Rebecca Dossou

À Porto-Novo, l’ouverture d’un procès très attendu marque un tournant dans une affaire qui a profondément ému l’opinion publique. En effet, le mercredi 18 février 2026, le tribunal de première instance de première classe a examiné le dossier du décès de Rebecca Dossou, survenu à la suite d’une césarienne au Centre hospitalier universitaire départemental de l’Ouémé.

Quatre professionnels de santé comparaissent devant la justice. Trois d’entre eux sont poursuivis pour homicide involontaire. Le quatrième est mis en cause pour non-assistance à personne en danger.

Au-delà des qualifications pénales, c’est la question sensible de la responsabilité médicale qui se retrouve au cœur des débats.

 

Une affaire devenue symbole

Le décès de la jeune femme, intervenu après une intervention chirurgicale, avait provoqué une vive réaction au sein de la population. La prise de parole publique de son époux, dénonçant des manquements et des négligences présumées, avait amplifié l’émotion collective.

Dans un pays où les affaires liées à d’éventuelles fautes médicales aboutissent rarement devant les juridictions, l’ouverture de ce procès est en effet un signal fort : celui d’une justice prête à examiner, sans tabou, la conduite des acteurs du système de santé.

Le dossier ne se limite donc pas à un contentieux individuel. Il interroge la qualité des soins, les procédures d’urgence et la culture de reddition des comptes dans les établissements hospitaliers publics.

 

L’audience reportée, la tension maintenue

L’audience, ouverte en milieu d’après-midi, devait permettre d’entrer dans l’examen du fond. Mais à la demande du plaignant, souhaitant se constituer un avocat, les juges ont décidé de reporter les débats au 25 février 2026.

Ce renvoi, technique en apparence, prolonge l’attente des familles et maintient la pression autour d’un dossier devenu emblématique. Les quatre prévenus devront revenir devant la juridiction pour répondre aux accusations portées contre eux.

 

Entre justice et confiance dans l’hôpital

Dans l’opinion, l’affaire soulève une interrogation plus large : comment concilier la protection des patients et la sérénité nécessaire à l’exercice médical ?

Les professionnels de santé rappellent que toute intervention comporte des risques, en particulier dans des contextes où les infrastructures et les moyens humains sont parfois sous tension. Les défenseurs des droits des patients, eux, insistent sur la nécessité d’établir clairement les responsabilités en cas de faute ou de négligence.

Ce procès pourrait ainsi contribuer à clarifier les obligations des praticiens et à renforcer la confiance entre les citoyens et les structures sanitaires.

 

Un test pour l’État de droit

De nombreux observateurs voient dans la comparution des agents mis en cause un signe clair : le principe d’égalité devant la loi s’applique à tous, y compris aux professions longtemps jugées difficiles à poursuivre.

La justice doit désormais accomplir son travail, en respectant les droits de la défense et la présomption d’innocence. Les acteurs du secteur attendent une décision dans les prochaines semaines, et ils la scruteront bien au-delà des murs du tribunal de Porto-Novo.

Au-delà du verdict, le système de santé béninois adressera un message à l’ensemble du pays : il exige plus de rigueur, de transparence et de responsabilité.

Bénin : procès d’un ex-militaire français pour faux permis à la CRIET

C’est un dossier inhabituel qui s’est ouvert le lundi 16 février 2026 devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) à Porto-Novo. En effet, un ancien commandant des forces spéciales françaises à la retraite a comparu pour son implication présumée dans un réseau de falsification de documents administratifs béninois.

 

L’enceinte de la CRIET a servi de cadre, lundi, à une audience correctionnelle aux profils singuliers. Au centre des débats : R. F., ancien officier d’élite de l’armée française, aujourd’hui poursuivi pour l’établissement de faux permis de conduire sur le territoire béninois. Détenu sous mandat de dépôt, l’ex-militaire a dû s’expliquer sur des activités bien éloignées de son prestigieux passé sous les drapeaux.

 

Un réseau de falsification à 150 000 FCFA le document

Selon les éléments présentés à l’audience, les faux documents étaient vendus aux alentours de 150 000 FCFA. Le principal prévenu aurait perçu des commissions sur ces transactions. Lors des perquisitions à son domicile, les enquêteurs ont mis la main sur du matériel informatique ainsi que des enregistrements vidéo montrant la confection technique de ces titres de conduite falsifiés.

À la barre, l’ancien commandant, installé au Bénin depuis trois ans pour des motifs professionnels, a fermement nié être le cerveau de l’opération. S’il reconnaît avoir servi de facilitateur, il pointe du doigt un tiers qui serait, selon ses dires, le véritable organisateur de ce trafic.

 

Des profils internationaux dans le box des accusés

L’affaire ne concerne pas seulement l’ancien officier français. La chambre correctionnelle a entendu deux autres ressortissants étrangers, laissés libres durant la procédure : un homme d’affaires russo-belge, qui a rejeté catégoriquement l’utilisation de documents frauduleux, et un jeune Français d’une trentaine d’années, qui a admis avoir détenu un tel permis tout en plaidant sa bonne foi, affirmant par ailleurs qu’il ignorait qu’il s’agissait d’une contrefaçon.

Procès renvoyé au mois de mars

Après une première phase d’échanges intenses sur les responsabilités de chacun, la Cour a décidé de renvoyer l’audience au 16 mars 2026. Ce délai doit permettre aux magistrats d’approfondir l’examen des preuves numériques saisies et de confronter les différentes versions des prévenus.

Pour le Bénin, ce procès illustre une nouvelle fois la détermination de la CRIET à traquer la petite et la grande fraude administrative, quel que soit le profil ou la nationalité des mis en cause.

Bénin : Affaire Éden Food et l’arnaque des 100 marmites au CNIN

Soupçonnée de malversations autour d’une vaste opération caritative, Love Anick Ploka, alias « Éden Food », a été longuement interrogée par le Centre national d’investigations numériques (CNIN). Entre promesses de solidarité et ombres sur la comptabilité, l’influenceuse joue désormais sa crédibilité devant les enquêteurs.

 

Au Bénin, la frontière entre l’influence caritative et l’arnaque numérique n’a jamais paru aussi poreuse. Ce lundi 16 février 2026, l’influenceuse culinaire Love Anick Ploka, plus connue sous son pseudonyme « Éden Food », doit se présenter à nouveau devant les enquêteurs du Centre national d’investigations numériques (CNIN). Ce rendez-vous judiciaire fait suite à une première audition musclée le vendredi 13 février, où la jeune femme a frôlé le placement en détention après plusieurs heures d’interrogatoire.

 

Le mirage des « 100 marmites »

Tout commence le 29 novembre 2025. Sur les réseaux sociaux, le projet est séduisant, presque titanesque : préparer cinq tonnes de nourriture pour offrir un repas chaud à près de 30 000 démunis. L’opération, baptisée « 100 marmites », suscite un élan de générosité immédiat. Des particuliers vident leur portefeuille, des entreprises livrent des tonnes de riz et de pâtes alimentaires.

Cependant, deux mois plus tard, la machine se grippe. Sur la toile, les louanges ont laissé place à un réquisitoire numérique. Les accusations pleuvent : certains bénéficiaires affirment avoir dû payer pour des plats censés être gratuits, tandis que des donateurs s’interrogent sur le décalage flagrant entre les montagnes de vivres collectées et la réalité des distributions sur le terrain.

 

Le CNIN aux fourneaux

Face à l’ampleur du tumulte, la justice béninoise a actionné son bras armé contre la cybercriminalité. Les policiers du CNIN cherchent désormais à percer le mystère de la traçabilité des dons. Où est passé l’argent ? Les stocks de nourriture ont-ils été détournés ?

L’influenceuse a été libérée de justesse à 23 heures vendredi dernier, après une garde à vue de fait. Mais la pression ne retombe pas : d’autres organisateurs de l’événement sont également dans le viseur des enquêteurs ce lundi.

 

Un test pour la confiance numérique

Cette affaire illustre le défi croissant auquel fait face le Bénin : la régulation de la générosité publique sur Internet. Pour les autorités, il s’agit de marquer le coup. Dans un pays où le gouvernement a fait de la lutte contre la cybercriminalité un cheval de bataille, l’exploitation de la précarité à des fins présumées d’enrichissement personnel est un dossier pris très au sérieux.

Pour Éden Food, l’enjeu est désormais d’apporter des preuves concrètes de sa bonne foi. Au-delà de sa liberté, c’est tout l’écosystème du « social media » béninois qui retient son souffle, craignant que cette affaire n’entache durablement les futurs appels à la solidarité nationale.

CRIET : le commissaire Bignon Kindjanhoundé face à la justice

Poursuivi pour des faits lourds, le commissaire Bignon Delcoz Kindjanhoundé s’est présenté devant la justice béninoise, revendiquant un acte citoyen là où l’accusation voit une dérive grave.

 

Le lundi 9 février 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a ouvert l’examen d’un dossier sensible mêlant sécurité, expression publique et responsabilité institutionnelle. À la barre : le commissaire de police Bignon Delcoz Kindjanhoundé, poursuivi notamment pour incitation à la haine et à la rébellion, ainsi que pour détention illégale d’armes à feu.

Les faits reprochés trouvent leur origine dans la diffusion d’une vidéo devenue virale au lendemain de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025. Dans cette séquence, l’officier de police, en tenue, s’adressait directement à la population béninoise. Une initiative qui, selon l’accusation, outrepasse le cadre légal et institutionnel assigné aux forces de sécurité.

Une défense fondée sur l’engagement citoyen

Face aux juges, le commissaire a plaidé non coupable. Il a expliqué avoir voulu lancer un appel à ce qu’il qualifie de « révolution démocratique », affirmant s’être exprimé non en tant que policier, mais comme simple citoyen préoccupé par l’avenir du pays.

Le président de la formation de jugement l’a alors interpellé sur la pertinence d’un tel message délivré par un homme en uniforme, dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu. Une question directe, à laquelle le prévenu a répondu sans détour, estimant son initiative légitime.

 

Le poids du terrain et des pertes humaines

Pour étayer sa démarche, Bignon Delcoz Kindjanhoundé a invoqué son expérience opérationnelle dans le nord du Bénin. Déployé fin 2023 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il affirme avoir été marqué par la mort de plusieurs soldats. Sa prise de parole publique serait, selon lui, motivée par le respect de « l’âme des morts » et par le sentiment d’une parole institutionnelle restée sans écho.

Il soutient avoir, en amont, adressé plusieurs notes hiérarchiques afin d’exprimer ses préoccupations, sans obtenir de réponse. Une absence de retour qui, selon sa version, l’aurait conduit à s’exprimer publiquement.

 

Un dossier aux implications institutionnelles

À l’issue de cette première audience, le président de céans a invité le prévenu à réserver la suite de ses explications pour la prochaine comparution. Le dossier, à la croisée du droit pénal, de la discipline administrative et de la liberté d’expression, s’annonce complexe.

Au-delà du cas individuel, cette affaire interroge les limites de la parole publique des agents en uniforme dans un État confronté à des défis sécuritaires majeurs. Elle met également en lumière les tensions entre devoir de réserve, engagement personnel et responsabilité institutionnelle, dans un contexte politique encore marqué par les secousses de décembre 2025.

La prochaine audience sera déterminante pour la suite de la procédure et pour l’éclairage judiciaire de cette affaire à forte portée symbolique.

La CRIET, souvent critiquée pour son rôle central dans les dossiers sensibles, se retrouve une fois de plus sous les projecteurs. Sa décision sera scrutée non seulement pour son fondement juridique, mais aussi pour son impact politique et institutionnel.