Au Nigeria, l’heure est à la révolution numérique dans le secteur éducatif, du moins dans l’État septentrional de Katsina. C’est un événement d’envergure qui s’est joué ce mercredi 6 mai à Radda, la ville natale du gouverneur local, Malam Dikko Umaru Radda.
En présence du président de l’Association des gouverneurs du Nigeria et du ministre fédéral de l’Éducation, les autorités ont coupé le ruban d’un tout nouveau modèle de complexe scolaire. En effet, baptisé « Radda Special Model Smart School », cet établissement public de pointe — entièrement gratuit — ambitionne de briser le déterminisme social en offrant une éducation technologique de niveau mondial aux enfants les plus démunis.
Quarante-deux salles de classe connectées, six laboratoires de pointe spécialisés allant de l’agro-technologie à l’intelligence artificielle, deux immenses halls de conférence, et des infrastructures sportives flambant neuves. Ainsi, à Radda, petite localité du département de Charanchi, l’inauguration de cette « école intelligente » a des airs de bascule vers le futur pour le système éducatif public du Nord-Nigeria.
L’établissement accueille déjà près de 1 000 élèves boursiers. D’ailleurs, sa particularité est qu’il s’adresse exclusivement aux enfants issus de milieux ruraux et défavorisés, sélectionnés uniquement sur concours. Une manière de tordre le cou aux inégalités d’accès au savoir, comme l’explique le gouverneur de l’État de Katsina, Dikko Umaru Radda :
« Ce projet n’est pas un acte de charité, c’est un engagement ferme pour rendre l’excellence accessible à chaque enfant, peu importe son origine sociale. Nous créons un système qui traque le talent là où il se cache pour lui donner une chance de fleurir. Nos enfants doivent pouvoir rivaliser sur la scène mondiale d’ici 20 ou 30 ans. »
Dans une région historiquement marquée par un important retard scolaire vis‑à‑vis du Sud du pays, plus industrialisé et technologique, ce projet pilote est scruté de très près. L’enjeu est également sécuritaire : l’administration locale vient parallèlement d’adopter une politique d’écoles sécurisées pour protéger ces nouveaux sanctuaires du savoir contre la menace des bandes armées.
Pour la société civile nigériane, ce complexe doit servir de laboratoire à grande échelle. L’exécutif de Katsina promet déjà de dupliquer cette initiative dans les deux autres zones sénatoriales de l’État. Reste toutefois le défi de la durabilité : pour faire fonctionner ces « écoles du futur », il faudra garantir un approvisionnement énergétique continu et une maintenance coûteuse des outils numériques. Un premier pas audacieux, espèrent les observateurs, pour moderniser l’école publique dans le nord du géant ouest-africain.
Depuis le 4 mai 2026, la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA) mène une vaste opération de tri et de reconditionnement de son matériel post‑électoral. Dans les entrepôts de Cotonou, ses agents inspectent, classent et stockent lampes torches, marqueurs indélébiles, cachets de vote, rideaux d’isoloirs et chasubles orangées. Pendant dix jours, ils travaillent avec minutie pour atteindre un objectif clair : réduire le coût des prochains scrutins.
La Direction du matériel et des opérations supervise le processus. Les équipes regroupent les articles par catégorie, évaluent leur état, écartent ceux qui sont inutilisables et réservent ceux qui peuvent encore servir. Ainsi, chaque objet sauvé préserve de l’argent public. Dans un pays où les élections législatives, communales et présidentielles mobilisent des budgets conséquents, la réutilisation des équipements permet de réaliser des économies substantielles.
La CENA ne limite pas son ambition à ses propres besoins. Au contraire, elle prévoit de mettre une partie du matériel excédentaire à disposition d’autres institutions publiques, comme la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin (CCIB), la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) ou le ministère du Cadre de vie. En recyclant et en partageant ses ressources, elle s’inscrit dans une logique de mutualisation qui répond à un contexte budgétaire tendu et incite chaque administration à optimiser ses dépenses.
Depuis sa création en 1994, la CENA renforce progressivement ses capacités logistiques. En conséquence, en institutionnalisant des procédures post‑électorales standardisées, comme cette opération de tri, elle démontre une montée en compétence saluée par les observateurs internationaux. Par ailleurs, dans une Afrique où les contestations électorales naissent souvent de défaillances matérielles, l’exemple béninois attire l’attention.
En recyclant son matériel plutôt qu’en le renouvelant systématiquement, la CENA affirme que la démocratie a un coût, mais que ce coût peut être maîtrisé. En somme, pendant dix jours, ses agents ne se contentent pas de trier des stylos et des chasubles : ils consolident, par la rigueur quotidienne, les fondements matériels d’une démocratie qui veut durer.
À l’approche de l’investiture du nouveau chef de l’État, prévue le 24 mai à Porto-Novo, trois piliers historiques du pouvoir sortant annoncent leur retrait. Une manœuvre qui libère l’espace politique, mais accentue la pression sur la formation du prochain exécutif.
C’est Un séisme qui recompose l’architecture d’un régime sans en fissurer les fondations. À quelques semaines de la passation officielle de pouvoir au Bénin, l’appareil d’État s’apprête à acter une mutation d’envergure. Selon les révélations du média local Le Béninois Libéré, confirmées par plusieurs sources concordantes à Cotonou, trois figures tutélaires de la présidence de Patrice Talon s’apprêtent à quitter simultanément leurs fonctions : Abdoulaye Bio Tchané (Ministre d’État chargé du Plan), Pascal Irénée Koupaki (secrétaire général de la présidence) et José Tonato (Ministre du Cadre de vie).
Ce triple retrait volontaire, orchestré en parfaite symphonie avec le départ du président sortant, est d’abord décrypté comme l’ultime révérence de la « vieille garde ». En choisissant de lier leur destin politique à celui du chef de l’État, ces hommes clés, qui ont accompagné les réformes de l’exécutif depuis le premier gouvernement d’avril 2016, entendent donner corps au principe de l’alternance politique. Une posture de loyauté qui vise avant tout à fluidifier une transition inédite.
Un boulevard politique pour le dauphin
Pour le président élu Romuald Wadagni, largement vainqueur du scrutin du 12 avril dernier avec plus de 94 % des suffrages — dans un contexte marqué par l’absence des principaux partis d’opposition radicale —, ce démantèlement de l’appareil gouvernemental s’apparente à une aubaine. Jusqu’ici puissant ministre de l’Économie et des Finances, l’expert-comptable de 49 ans hérite d’une marge de manœuvre particulièrement rare sous les tropiques africains lors d’une succession au sein d’un même camp.
« En libérant ces ministères régaliens et stratégiques, les barons sortants évitent au nouveau président le piège de la cohabitation générationnelle ou de la dette politique trop lourde à porter », analyse un politologue basé à Cotonou.
Dès son investiture, le 24 mai prochain à Porto-Novo, Romuald Wadagni disposera ainsi des coudées franches pour imprimer sa propre marque, résolument tournée vers la jeunesse et la modernisation économique.
Entre rupture générationnelle et résistances internes
Toutefois, la composition du premier gouvernement de l’ère Wadagni s’annonce comme un exercice d’équilibriste de haute voltige. Si le départ du trio Bio Tchané-Koupaki-Tonato offre de l’oxygène au futur chef de l’État, le renouvellement de la classe dirigeante se heurte déjà à de sourdes résistances. En coulisses, plusieurs cadres et ministres de la gouvernance Talon ne cachent pas leur volonté de s’accrocher à leurs portefeuilles, arguant de la nécessité de maintenir une continuité technique et politique.
Le futur président devra donc trancher le premier grand nœud gordien de son mandat :
D’un côté, la tentation d’une rupture générationnelle nette, attendue par une jeunesse béninoise à laquelle il s’est largement adressé durant sa campagne.
De l’autre, l’impératif de préserver les grands équilibres géopolitiques régionaux (notamment entre le Nord et le Sud du pays) et de stabiliser les réformes économiques structurelles qui ont fait la réputation du Bénin ces dernières années.
À Cotonou, le compte à rebours est lancé. La fluidité apparente de cette passation de pouvoir masque à peine l’intense bataille d’influence qui se joue désormais pour l’attribution des portefeuilles ministériels de la future République.
Le 15 mai prochain, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) examinera le dossier de la jeune femme torturée par le feu. Si six prévenus sont sous les verrous, le principal instigateur présumé, un homme âgé, manque toujours à l’appel.
L’épilogue judiciaire de ce que l’opinion publique béninoise appelle désormais « l’infamie d’Ekpè » commence à se dessiner. Après l’incarcération de six suspects, le 29 avril dernier, une date est désormais inscrite au calendrier de la CRIET : le 15 mai 2026. Ce jour-là, la justice devra disséquer l’horreur d’une nuit de printemps où la raison a sombré dans la cruauté la plus archaïque.
La banalité du mal en banlieue de Porto-Novo
L’instruction a permis de lever le voile sur le profil des agresseurs présumés. Loin des réseaux criminels organisés, les prévenus présentent le visage d’une précarité ordinaire : de jeunes hommes dans la vingtaine, jardiniers, maraîchers ou ouvriers, dont le quotidien s’est mué, le temps d’une nuit, en tribunal d’inquisition.
Leurs chefs d’accusation, particulièrement lourds, reflètent la multiplicité des sévices subis par la victime : viol, coups et blessures volontaires, ainsi qu’enregistrement et diffusion d’images relatives à la commission d’une infraction. En attendant de s’expliquer à la barre, les six individus écroués purgent actuellement leur détention à la prison civile d’Abomey-Calavi, loin de l’axe Cotonou-Porto-Novo où les faits ont eu lieu.
L’enquête apporte également un éclairage douloureux sur la victime. Âgée de 38 ans et mère de cinq enfants, cette femme — dont les proches signalent une fragilité psychologique latente — a été la cible d’une vindicte populaire déclenchée par un prétendu vol de téléphone portable. Un prétexte dérisoire pour un supplice qui a duré une partie de la nuit du 21 au 22 avril.
Suspendue, ligotée et exposée aux flammes, elle a survécu au feu, mais porte les stigmates indélébiles de cette agression. Sortie du centre de soins le 1ᵉʳ mai pour regagner son domicile, elle reste le témoin principal d’une tragédie qui a bien failli lui coûter la vie.
L’ombre du « patriarche » en fuite
Mais le dossier comporte encore une zone d’ombre majeure. Selon les déclarations de la victime et les premiers éléments de l’enquête, l’instigateur de cette scène de torture ne ferait pas partie des jeunes déjà arrêtés. Un septième suspect, un homme plus âgé désigné comme le donneur d’ordres, est toujours activement recherché par la Police républicaine.
Cette cavale pose une question de fond pour les autorités : comment un homme d’âge mûr a-t-il pu orchestrer une telle barbarie en mobilisant une main-d’œuvre locale pour brûler une femme sans défense ? L’absence de ce « vieux », comme le nomme la rumeur publique, laisse un goût d’inachevé aux prémices du procès.
Le 15 mai, au-delà du verdict, la CRIET aura la lourde tâche de panser une plaie nationale. Il ne s’agira pas seulement de juger des bourreaux, mais de réaffirmer qu’au Bénin, ni la suspicion de vol ni la folie des réseaux sociaux ne sauraient justifier le retour aux bûchers médiévaux.
Saisie par un juriste, la Cour constitutionnelle doit trancher une équation juridique complexe : comment faire prêter serment à Romuald Wadagni face à un Sénat encore inexistant, alors que la Loi fondamentale l’exige expressément ?
Ainsi, c’est le premier caillou dans la chaussure du président élu. À peine remis d’un scrutin présidentiel sans surprise le 12 avril dernier, où il l’a emporté de manière écrasante avec 94,27 % des suffrages, l’ancien ministre des finances Romuald Wadagni voit son calendrier institutionnel suspendu à une subtilité de procédure. En effet, les révisions constitutionnelles votées à la fin de l’année 2025 ont non seulement fait passer le mandat présidentiel à un septennat, mais ont également acté la création d’un Parlement bicaméral avec l’introduction d’un Sénat.
Un Sénat inexistant
C’est précisément ce bicamérisme naissant qui s’est retourné contre la mécanique bien huilée du pouvoir de Cotonou. Ce mardi 5 mai dans l’après‑midi, la Cour constitutionnelle a ouvert une audience à haute tension, consacrée à l’examen d’un recours qui interroge directement la validité matérielle de la passation de pouvoir prévue le 24 mai prochain.
À l’origine de ce séisme feutré se trouve Précieux Noël Dagan Midomiton. Juriste de profession, il a expliqué devant les sages de la haute juridiction avoir saisi la Cour en se fondant sur l’article 53 de la nouvelle Constitution. Celle‑ci stipule explicitement que la prestation de serment du chef de l’État doit s’effectuer devant la Cour constitutionnelle, l’Assemblée nationale et… le Sénat.
Cependant, dans les faits, cette seconde chambre législative n’est pas encore installée, et ne le sera pas avant la date fatidique de l’investiture. De ce fait, le requérant demande formellement à la Cour de constater cette « impossibilité matérielle et technique ».
« Ma démarche vise uniquement à clarifier la situation juridique. On ne peut pas inaugurer une nouvelle ère constitutionnelle en contournant d’emblée les règles que le législateur s’est lui‑même imposées », soutient en substance le requérant.
Un vide juridique à combler en urgence
Pour le dauphin désigné de Patrice Talon, l’enjeu est de taille. Romuald Wadagni incarne la continuité d’un régime axé sur la rigueur de gestion et la modernisation macroéconomique. Le voir prêter serment dans des conditions juridiquement contestables entacherait le début de son septennat d’un soupçon d’illégitimité.
Par conséquent, la Cour constitutionnelle, désormais au pied du mur, se retrouve face à un exercice d’équilibrisme dont elle a le secret. Les observateurs de la vie politique béninoise s’interrogent déjà sur la parade que trouveront les sages. Vont‑ils invoquer une disposition transitoire implicite ?Prononcer un report technique de la date d’investiture ?Ou inventer une jurisprudence de circonstance pour sortir le pouvoir exécutif de cette impasse logistique ?
En somme, la décision, attendue à l’issue de délibérations fixées en fin d’après‑midi à 16 h 30, sera scrutée de très près par la classe politique. Elle dira si le Bénin est capable de concilier ses ambitions de réformes institutionnelles avec le respect rigoureux de son propre calendrier républicain.
Le coup d’envoi des travaux de la 23e édition de la Masse commune de l’UEMOA a été donné le 4 mai dans la capitale économique béninoise. Derrière le folklore des parieurs, ce mécanisme financier reste un discret mais puissant levier de solidarité communautaire.
Dans les bureaux de tabac et les kiosques colorés d’Abidjan, de Bamako ou de Ouagadougou, les parieurs ont déjà les yeux rivés sur le grand rendez-vous du jeudi 7 mai : la fameuse course du « 4+1 spécial ». Mais c’est à Cotonou, sous les verrières des grands hôtels de la côte béninoise, que se jouent les coulisses de ce gigantesque mécanisme financier.
Le lundi 4 mai, les directeurs généraux et les experts des sociétés de loterie d’Afrique de l’Ouest ont officiellement lancé les travaux de la Masse commune de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) 2026.
Après une 22ᵉ édition réussie à Abidjan l’an dernier, c’est au tour de la Loterie nationale du Bénin (LNB) de piloter ce grand brassage de capitaux populaires. Loin d’être un simple divertissement pour les parieurs en quête de fortune, l’événement s’est imposé au fil des ans comme un baromètre informel, mais très concret, de l’intégration économique régionale.
Le principe de la Masse commune est une prouesse technique et politique unique sur le continent : fusionner, le temps d’une semaine, les masses d’enjeux de huit pays de la sous-région pour proposer des cagnottes exceptionnelles – souvent supérieures à 100 millions de francs CFA (environ 150 000 euros) – qu’aucune loterie nationale ne pourrait assumer seule.
Pour les États membres, l’enjeu dépasse la simple redistribution de gains aux parieurs chanceux. Les sociétés d’État, comme la Lonaci en Côte d’Ivoire ou la Lonab au Burkina Faso, reversent une part substantielle de leurs bénéfices au Trésor public ou à des œuvres sociales. Dans un contexte macroéconomique régional tendu, marqué par les transitions politiques et la vie chère, ces flux financiers constituent une manne d’autant plus précieuse qu’elle est entièrement endogène.
Optimisation et sécurité des jeux à l’ère numérique
Pendant une semaine, les comités techniques vont se pencher sur la modernisation d’un secteur en pleine mutation. Face à la concurrence agressive des plateformes de paris en ligne clandestines et internationales, les institutions de l’UEMOA n’ont d’autre choix que d’accélérer leur transition numérique.
« L’enjeu de cette édition béninoise est d’harmoniser nos systèmes de contrôle et de sécuriser les canaux numériques », confie un cadre d’une loterie béninoise. « Le jeu doit rester un outil de développement national, pas une fuite de capitaux vers l’extérieur. »
Quand la loterie devient diplomatie
Au moment où les institutions politiques régionales traversent une crise de légitimité, bousculées par les fractures géopolitiques au sein du Sahel, la Masse commune offre un tout autre visage de la sous-région. Elle rappelle que, malgré les différends douaniers ou politiques, l’argent du jeu et l’espoir d’une vie meilleure continuent de circuler sans frontières, de Dakar à Cotonou.
Le tirage de jeudi fera office de révélateur. D’ici là, les experts réunis au Bénin s’emploient à démontrer que l’intégration régionale peut aussi se bâtir, très concrètement, au rythme des sabots des chevaux et du cliquetis des boules de loto.